Dans la loge de … Vadim Repin, à l’occasion de son concert salle Pleyel à Paris les 13 et 14 octobre 2010.

Vadim Repin, violoniste | © Kasskara/Deutsche Grammpohon

Ecrit par Praskova Praskovaa

Oct 2010

Repin, l’Archet des nuées

 

C’est à l’occasion de la rentrée musicale parisienne du violoniste Vadim Repin à la Salle Pleyel, les 13 et 14 octobre 2010, avec l’orchestre de Paris sous la direction de Paavo Järvi, que j’ai pu rencontrer ce soliste fascinant. Artiste sans frontières, il sillonne la planète pour nous offrir son talent. Avec autorité et audace, il nous fascine par son agilité et nous bouleverse par ses interprétations singulières et chatoyantes. Elancé, souriant, à l’écoute, au regard laser, si dense qu’il paraît interne.

Praskova – Quels sont vos règles de vie pour avoir autant d’énergie et cette foi constante dans votre travail ?

Vadim Repin – La vie en elle-même me régénère, le rêve, le sport comme la course à pied, le tennis et le ski que j’adore, m’apporte cette fluidité physique qui m’est nécessaire. J’adore la vitesse et je skie à la manière d’un aigle ! La musique aussi est une source d’inspiration continuelle. Premièrement, je ne joue que les pièces que j’adore et assez peu de musique baroque. Bach, bien entendu, c’est essentiel pour la technique, primordial pour l’âme. Les créations et autres œuvres, je les joue une ou deux fois en concert et après…

Praskova – Comment organisez-vous votre pratique ?

Vadim Repin – Parfois, c’est le mauvais côté de ce métier, mais je travaille environ cinq heures par jour techniquement parlant. Lorsque je suis en déplacement, je prends un jour de liberté, mais je dois y retourner absolument le lendemain. Vous savez, j’ai un fils de 4 ans, il fait du football, c’est si dur la musique, vous essayez d’être le meilleur, c’est un défi permanent. A ce propos, lorsque je suis allé au concours Reine- Elisabeth, c’était pour gagner. Je ne pouvais imaginer autre chose que de remporter le prix à l’unanimité. C’était dans l’esprit de l’éducation soviétique, je n’avais pas d’autre choix et de toute manière, j’étais porté par les miens. C’est une forme de jeu politique, vous ne le faites pas pour vous mais pour le pays, et il faut dire que cela correspondait aussi à ma force de caractère. Je faisais l’impossible, j’étais concentré au maximum m’exerçant neuf heures par jour, j’en oubliais la vie pendant plusieurs mois. Je suis orthodoxe et je pense donc qu’il n’ya rien par chance, seulement des connexions. « Ce qui arrivera sera le mieux ! » C’est de moi.

Praskova – Sur quel instrument jouez-vous ?

Vadim Repin – J’ai changé mon Stradivarius Ruby 1708 contre un Guarnérius Del Gesù von Szerdahely 1736, c’est plus réel dans le toucher, bien que ce soit un violon céleste. Le son est plus concentré, il permet de jouer différemment, avec plus de précision et de concentration, d’une manière pleine et concrète plus personnelle. La sonorité est supérieure à celle du Stradivarius, qui est plus terrestre et nécessite beaucoup de soutien.

Praskova – Concernant votre agenda et vos choix artistiques ?

Vadim Repin – Je joue avant tout pour le plaisir musical, quelquefois le prestige et parfois l’amitié. Si les trois conditions sont réunies, c’est parfait. Mon agent propose, et je choisis ce qu’il ya de plus attractif. Je donne aussi un choix de programme qui correspond à l’importance du public où au lieu de la performance. Bien entendu, je propose plusieurs pièces, mais finalement, c’est souvent la pièce du moment que je préfère interpréter. D’ailleurs, si je la joue à l’instant, c’est qu’elle est ma préférée. Par ailleurs, tout dépend des opportunités et de mon programme annuel. Par exemple, avec Kent Nagano j’ai enregistré le Concerto n°2 de Prokofiev il y a 20 ans, et je vais enregistrer le n°1 dans deux ans. J’adore aussi le répertoire français : Debussy et Ravel, qui est en symbiose avec la peinture française. Néanmoins, le morceau qui me porte le plus est le Concerto de Brahms, une œuvre romantique et bouleversante. Je ne m’en lasse jamais, et chaque jour je trouve de nouvelles choses à l’intérieur.

Praskova – A propos de la France ?

Vadim Repin – Oui, je fais de nombreux concerts en France, à Paris Pleyel en octobre pour cette rentrée, mais aussi Montpellier cet été avec Radio France ou avant ça, en Avignon avec un Orchestre plus modeste. Cette soirée-là d’ailleurs fut très conviviale, car il n’est pas important finalement que l’orchestre soit grand ou petit. Nous faisons de la musique ensemble et, au moment du concert, nous essayons de partager et d’offrir le meilleur de nous-mêmes. Pour citer, entre autres, le chef Alexander Vakoulski, il possède une inspiration personnelle et professionnelle très adéquate. Au moment du concert que nous avons fait ensemble, nous avons partagé nos vues et ça a été une expérience enrichissante.

Praskova – Quels sont les grands artistes qui vous émeuvent ?

Vadim Repin – En réalité beaucoup d’artistes m’impressionnent, mais c’est Heifetz qui est mon roi de cœur. Il prend votre âme et vous habite. J’espère lui ressembler, certains le disent ! Il est intense, et avec lui en tête, vous ne pouvez jamais vous relâcher.

Praskova – Quels sont les grands orchestres et les chefs que vous appréciez ?

Vadim Repin – J’aime les phalanges de Berlin, Vienne, Boston car leur son d’orchestre est fantastique et cela reste primordial. Mais, j’aime aussi m’intégrer dans n’importe quelle formation faisant corps avec sa pâte instrumentale. Tout est bon pour s’entraîner, progresser, trouver l’intensité des couleurs et leur dénouement, d’un simple piano aux ensembles divers. Concernant les chefs, j’adore Muti, ou ce jeune chef Yamada qui confirme la règle, mais il y a toujours des exceptions. J’étais tellement excité de travailler avec lui cette année. J’aime aussi Gergiev, nous nous comprenons. Il aime faire des projets complets. Vous pouvez enregistrer avec l’orchestre et rester dans l’humeur et le style d’un même compositeur ou d’œuvres comparables, et cela me semble important. Parfois, comme pour les victoires de la musique classique en France, à Montpellier en Février 2010, nous n’avons répété qu’une demi-heure. C’était peu pour attaquer le second mouvement du Concerto de Brahms, mais il faut s’adapter. Il ya aussi Barenboim, je n’ai jamais joué avec lui, mais il est unique car il sait faire les deux : jouer du piano merveilleusement et diriger à talent égal, c’est assez rare ; Il est fantastique.

Praskova – Quel serait le diner idéal ?

Vadim Repin – Tous les diners sont parfaits, mais vraiment Oscar Wilde, … Schérazade, bien sûr…

Praskova – Une phrase qui vous porte ?

Vadim Repin – « De vivre c’est bon, mais de vivre bien, c’est mieux ! » ¶  

 

Praskova Praskovaa

Les Trois Coups

 

 

Concerts de l’Orchestre de Paris

Paavo Järvi, direction

Vadim Repin, violon

  • Paul Dukas, l’Apprenti sorcier
  • Camille Saint-Saëns, Concerto pour violon n°3
  • Serguei Rachmaninov, Symphonie n°2

Salle Pleyel – 252, rue du Faubourg Saint-honoré – 75008 Paris

Les 13 et 14 octobre à 20 heures

Tarifs 85 € – 10 €

www.sallepleyel.fr

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