Revue – Compétition internationale – Praskova Praskovaa https://praskovaa.com Les voix précieuses Thu, 22 May 2025 15:50:54 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 https://i0.wp.com/praskovaa.com/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Logo.png?fit=32%2C32&ssl=1 Revue – Compétition internationale – Praskova Praskovaa https://praskovaa.com 32 32 210560557 V Concours international de Chefs d’orchestre Evgeny Svetlanov, du 2 au 5 juin 2022, auditorium Rainier III à Monaco https://praskovaa.com/2022/06/17/v-concours-international-de-chefs-dorchestre-evgeny-svetlanov-du-2-au-5-juin-2022-auditorium-rainier-iii-a-monaco/ Fri, 17 Jun 2022 09:41:23 +0000 https://praskovaa.com/?p=461

Valse de baguettes à Monte-Carlo

 

La principauté de Monaco a toujours soutenu la culture, et dans un moment de grande fragilité internationale, elle reçoit grâce au haut patronage de S.A.R., la princesse de Hanovre et ses partenaires, le V concours international de chefs d’orchestre Evgeny Svetlanov. C’est un honneur pour sa fondatrice et présidente Marina Bower qui œuvre avec passion, dans l’optique de faire connaître cette grande figure tutélaire de l’héritage musical russe, dont elle est légataire universel. Se dévouant corps et âme pour découvrir les baguettes prestigieuses de demain, elle nous offre un élan d’espoir à travers l’art et la beauté.

D’après René Koering, directeur artistique du concours, l’effeuillaison effectuée de 330 dossiers issus de 50 pays, pour 720 vidéos visionnées, annonce un niveau musical remarquable pour cette saison V. Cette mission lui laisse lors de son compte rendu, quelques anecdotes savoureuses en bouche : « Du combat de Kung Fu épuisant, à la marche altière des coulisses au podium. De l’enregistrement inaudible près des timbales, à la direction minimaliste d’un crayon à écouter sans regarder. »

Les dix-huit candidats retenus pour les trois épreuves éliminatoires qui se déroulent à l’Auditorium Rainier III, sont âgés de 23 à 38 ans. C’est le Philharmonique de Monaco sous la houlette de son directeur musical et artistique Kazuki Yamada, qui assiste ces jeunes prétendants au titre prestigieux de Baguette Svetlanov. Une vingtaine d’œuvres sont proposées afin de confronter leurs différences. Technique, musicalité et talent personnel sont analysés et appréciés par un jury international trié sur le volet, dont le président est le chef israélien Pinchas Steinberg.

La première épreuve de cette cinquième édition, confirme sa mutation par les nouvelles personnalités musicales qu’elle attire. Le niveau professionnel et artistique des candidats élus est prometteur, notamment au vu des CV. Néanmoins chaque protagoniste ne dispose que de 20 petites minutes pour établir un contact concluant avec l’orchestre. Des œuvres prédéfinies sont tirées au sort par le jury : Mozart – Ouverture de La Flûte enchantée, Mendelssohn – La Grotte de Fingal, Berlioz – Roméo et Juliette, Scherzo de la reine Mab, Tchaïkovski, Scherzo.

Malgré une diversité de caractères de premier plan, telle la cheffe polonaise audacieuse de 33 ans Barbara Dragan, les dés sont vite jetés. En effet, il ne suffit pas de convaincre l’orchestre, il faut aussi convaincre un jury d’experts. Huit chefs sont retenus.

Svetlanov 2022 - Harish Schankar, Samy Rachid, Hankyeol Yoon, Barbara Dragan | © Olga Aleksandrova

Harish Schankar, Samy Rachid, Hankyeol Yoon, Barbara Dragan | © Olga Aleksandrova

Dans la seconde épreuve éliminatoire de 40 minutes, où se dessine le potentiel plus identitaire de chacun. Deux œuvres sont au choix avec le super soliste violoncelliste, Thierry Amadi : Strauss, extrait de Don Quichotte opus 35, Bloch extrait de Shelomo, ainsi que 2 pièces symphoniques : Petrouchka de Stravinsky, et la Symphonie n°4 en si bémol Majeur opus 60, 1 Mt, de Beethoven.

Les difficultés s’amoncellent et vont déstabiliser certains, devant l’ampleur de la tâche. C’est le cas du jeune chef sud-coréen de 29 ans, Hankyeol Yoon. Très investi dans Don Quichotte, son approche demeure incertaine plutôt dans le flou et l’émotion. Il manque d’ancrage, malgré la délicatesse de ses estampes gestuelles imaginaires. Sa baguette restera sans âme et son Petrouchka carillonnant, trop enlevé.

E.B : « Ouvrez l’horizon, s’il vous plaît. »

 Elias Brown, 27 ans, marque son passage par la volonté d’être. En compétition avec lui-même, je le cite : « Il y’ a ici un très bon orchestre, un très bon jury et chacun à sa chance ». Ce caractère déterminé porte en lui une vision didactique de la musique, tout en l’exprimant dans un champs artistique pur. Il développe ses acquis avec sincérité, en les enveloppant d’une respiration vivifiante qui vient de l’intérieur. Son aura magnétique inspire et respire : « Ouvrez l’horizon, s’il vous plaît ! ».

S.R : « Pour les attaques, c’est un peu long, moins de vibrato, plus dix-neuvième siècle, s’il vous plaît. »

Samy Rachid est un chef français de 29 ans à la personnalité lumineuse. Avec un parcours assez fulgurant, il souhaiterait ouvrir ses espérances vers de grandes formations. Sa direction très naturelle est une invitation au plaisir. Il nous découvre sa pensée dans une Grotte de Fingal miroitante. Une perception impressionniste pour l’oreille, mais dans une émission sobre et classique. Élancé tel un danseur, raffiné dans sa gestuelle, il impulse l’ardeur aux musiciens tout en leur proposant des solutions à la manière d’un orfèvre. Dans Don Quichotte, il calque sa cadence au plus près du soliste, magnifiant l’atmosphère en s’appuyant sur les vagues denses des tutti, qui s’animent sous la cohérence de son tempo. Son Petroucka, quoi qu’un peu vif, est scandé par les éclaboussures étincelantes des archets ou des vents. Visant certaines précisions techniques, il fera cette remarque aux cuivres et aux archets lors de pizzicati cotonneux : « Pour les attaques, c’est un peu trop long, moins de vibrato, plus dix-neuvième siècle, s’il vous plaît ! »

H.S : « Mais non, je ne suis pas si triste, plus simple !»

 Le cas de Harish Shankar est un peu décevant. Plébiscité avec soulagement en fin de parcours par l’orchestre, il obtient un prix spécial pour le travail accompli avec les musiciens. Âgé de 38 ans, réitérant le concours après un échec en 2018 (reconnu de sa part), Harish tenait à faire valoir son évolution. Je le cite : « Le jury avait raison, c’était trop rapide et j’étais sous pression. Leur verdict était juste. ». Pourvu d’une battue dynamique très personnelle, voire créative, cet épicurien de la vie se réalise dans la joie et le partage. Guidant les musiciens avec ferveur, il distribue ses conseils avec fougue, les accompagnant parfois d’images éloquentes : « C’est comme une chanson écossaise, mettez du whisky dans votre son !». Dans Shelomo, en osmose avec la ligne prenante du super soliste, mais voyant le tempo décliner, il relance l’action avec cette exclamation : « Mais non, je ne suis pas si triste, plus simple ! ». Il fera avec la Symphonie n°4, une superbe séance de travail. Une étude remarquable du style Beethovénien, permettant aux instrumentistes de progresser et d’affirmer leur jeu. C’est à propos de l’inflexion de sforzandi incertains qu’il dira : « Moins de longueur sur les embouchures des vents. Bassons et trompettes staccato, s’il vous plaît ! ».

Malgré ces séances captivantes, le jury ne retiendra que quatre baguettes pour l’épreuve finale d’une heure vingt. Deux œuvres sont au programme : Evgeny Svetlanov, Rapsodie n°1, Tableaux d’Espagne, et Initiales ES de René Koering. Cette pièce technique complexe de six minutes, composée pour le concours, est envoyée 1h 30 avant le passage. La dernière œuvre reste au choix du candidat.

Svetlznov - Ilya Ram - Diplôme et prix du public - Euan Shields, diplôme | © Olga Aleksandrovaà

Ilya Ram – Diplôme et prix du public – Euan Shields, diplôme | © Olga Aleksandrova

Euan Shield de 23 ans, toujours en course, entame les hostilités et confie alors l’objectif de sa venue : « Pour l’expérience. ». Son parcours est saisissant. Avec lui, l’évidence du premier éliminatoire paraît une formalité. En dépit de sa précocité, son attitude sereine impressionne, et c’est avec sa proposition d’une grande subtilité de Shelomo, qu’il nous offre une interprétation de toute beauté dans un climat visionnaire aérien. Il laisse alors tout loisir au violoncelliste solo de s’épanouir sur des traits bouleversants d’intensité, qu’il déverse sur un canevas de soie. Son Petrouchka moins saisissant, est un filage métronomique où l’orchestre se déplie sans reliefs particuliers. Lors des finales, il propose une version mitigée de la Rhapsodie n°1 de Svetlanov, dont l’ambiance escomptée reste fade, et ne marque pas suffisamment le caractère Ibérique de cette orchestration chatoyante. Son déchiffrage d’Initiales ES est abordé avec une grande prudence, et on s’y perd un peu. Son choix la Mer de Debussy, pièce connue comme un écueil de direction, semble présomptueux, car son enthousiasme par trop cérébrale dénote une forme d’anxiété physique fébrile. Ce sera sans appel, une mer sans terre ! Pour ce jeune surdoué de la direction, un contraste surprenant persiste, celui d’un potentiel inouï pour sa compréhension spirituelle de la musique, et celle de son application sonore dans sa pleine réalité auditive.

I.R : « C’est assez Romantique mais j’aimerais que l’on joue cela plus Baroque. »

Le chef israélien de 31 ans Ilya Ram est ici pour le challenge. Il profite de cette superbe opportunité pour rencontrer des gens du métier, travailler des œuvres différentes, se préparer mentalement, physiquement, être dans le moment et respirer… D’une allure bohème avenante, il inspire le respect et le calme. Sa Grotte de Fingal résonne d’échos fluctuants. Elle est perçue comme un kaléidoscope polychrome dont il contient le flux vibratoire haletant : « C’est assez Romantique, mais j’aimerais que l’on joue cela plus Baroque ». Avec Bloch, dans un registre plus sensitif, il offre la pièce à l’inspiration précieuse du soliste, et aux qualités des musiciens afin qu’ils s’épanouissent sans interruption. C’est un peu comme s’ils ne le suivaient pas, mais que leur musique le suivait : « Tout était parfait. Reprenons depuis le début ! » Très fluide dans la Symphonie n°4, d’une belle vivacité, il puise de la force dans les silences, en maniant l’ensemble un peu comme s’il était sourd. C’est dans une énergie bourrue, qu’il procure aux accents forte de la surprise et du volume.

I.R : « Ici c’est le moment le plus Rock and roll de la Symphonie. »

Sa version concert de la Rhapsodie espagnole est ardente. L’esprit de l’œuvre est là, elle révèle tout son potentiel allégorique d’apparitions hispaniques. Dans Initiales ES, le résultat est moins probant, c’est avec tact qu’il fait bon usage des embûches. Il tente néanmoins d’apporter une unité à la pièce en célébrant sa dualité d’arrachements orchestraux, entre salves poignantes et douces espérances, apportées par la mélodie soyeuse du violoncelle solo.
Le choix de l’œuvre de Strauss Mort et Transfiguration, ne fut réalisable qu’à travers l’investissement fantastique de l’O.P.C.M. À ce niveau de compétition, en présence d’une phalange autant impliquée, notamment sous les impulsions volontaires du 1er violon David Lefèvre, et du super soliste violoncelliste Thierry Amadi, les pupitres mêmes épuisés, se démènent pour défendre la quintessence de leur art. Chaque musicien emporté par cette musique sublime, l’aura et la présence charnelle de ce jeune chef intrépide, se surpasse pour accomplir une conversation d’âmes à âmes, et perpétuer un moment sacré. Après un vote, il obtient le Prix du public.

J.S : « Pas mal ! »

Jesko Sirvend est un solide gaillard de 35 ans au visage affable. Il a l’attitude pondérée d’un connaisseur, et se présente ici avec bonheur après deux ans de pandémie, afin de relancer sa carrière. Doté d’une forte personnalité, également favori, il est aussitôt adopté par l’orchestre du fait de la plénitude de sa direction, et de la certitude de ses intentions, voire de ses connaissances.

Il livre un Don Quichotte ample et attentif, après avoir repris la phalange en main avec souplesse. D’une grande fiabilité, il émane de lui une énergie puissante et sereine, qui permet aux musiciens de valoriser leur labeur en se confiant à lui. La lecture de Petrouchka est un feu d’artifice, et mis à part quelques traits rythmiques qu’il recadre vocalement, tout semble évident, simple, écrit, lu, produit, percutant et revigorant.

Pour les Images d’Espagne de Svetlanov, vêtu d’un frac seyant, Jesko Sirvend apparaît sur le plateau souriant, avec une belle assurance. Il offre au public une version concert magnifiée, expressive, subtile et inventive, sans alourdir la riche orchestration du compositeur russe, tel une offrande en sa mémoire.
Il apporte à l’œuvre de René Koering une mouture rythmique et harmonique stable, qui permet de se libérer des pièges de cette pièce. Fondant l’ensemble des flux sonores, il réalise un moment d’éternité sensorielle rompu par le seul temps du joug implacable des cloches, mettant fin à cette épisode troublant.
C’est avec la Symphonie n° 2 de Schumann, que ce chef charismatique complète sa prestation. Tel un Choral de Bach contemplatif, il amorce le 1er mouvement d’un légato quasi religieux. Absorbé par l’action créative, hors concours, public, concert ou autre, il propose son bras rassurant à un orchestre attentif. En fin de course. Remerciant le Philharmonique d’un : « Pas mal ! », chuchoté, il déclenche l’hilarité de tous, enfin presque… Des prétentions légitimes pour cet artiste qui vise haut. Sa baguette fascinante, légère, impérative, tournoie quand nécessaire, en corrélation avec sa main gauche qui sculpte une pâte orchestrale et porte l’expression. La phalange hypnotisée suit l’harmonie déployée en un souffle, accomplissant une lecture rayonnante est juste de l’œuvre.

Une fois de plus, l’annonce des résultats fait place à la stupeur générale. Pas de Premier prix, ni de troisième prix. On rappelle qu’il n’y eut qu’une seule baguette Svetlanov en 20 ans, décernée au letton de 29 ans Andris Poga en 2010. Malgré l’évolution étonnante du niveau de ce concours, la ligne directrice de son mentor persiste dans l’esprit du jury : « Il n’y a aucune limite à la recherche de la perfection. »  Evgeny Svetlanov. 

Praskova Praskovaa

 

Compétition internationale de chefs d’orchestre Evgeny Svetlanov, du 2 au 5 juin 2022

Auditorium Rainier III, Monaco

Les résultats :
Premier Prix – Non attribué

Deuxième Prix ex-æquo –
Henri Christofer Aavik, Estonie, 27 ans
Jesko Sirvend, Allemagne, 35 ans
Troisième Prix – Non attribué
Diplôme et Prix du public
Ilya Ram, Israel / Etats -Unis, 31 ans
Diplôme – Euan Shields, Etats- Unis, 23 ans
Comité exécutif du concours Svetlanov
Marina Bower, présidente

Membres

Rene Koering, directeur artistique
Didier de Cottignies, conseiller artistique
Olga Aleksandrova, coordinatrice
Lionel Colombel, administrateur
Gamins Goloubova, responsable média
Comité d’honneur
Myung-Whum-Chung, chef d’orchestre
Vladimir Ashkenazy, chef d’orchestre
Ricardo Muti, chef d’orchestre
Evgeny Kissin, pianiste
Jury
Pinchas Steinberg, président

Membres

Antony Fogg
Tatjana Kandel
Daishin Kashimoto
Dimitri Liss
David Whelton
Kazuki Yamada
Attachées de presse

Presse française et internationale
Aline Pote
Cécile Vienne

Orchestre philharmonique de Monte-Carlo
Kasuki Yamada, direction musicale et artistique

Auditorium Rainier III
Bd Louis II, 98000 Monaco
Dimanche 5 juin 2022
Épreuve finale ouverte au public

La seconde épreuve et l’épreuve finale sont diffusées en DIRECT et en REPLAY sur
Svetlanov-Evgeny.com, Medici.tv et TV Man Union Japon.

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Concours international de chef d’orchestre Evgeny-Svetlanov. Auditorium de Radio-France du 4 au 8 septembre 2018 (Reportage pour Radio France). https://praskovaa.com/2018/09/09/concours-international-de-chefs-dorchestre-evgeny-svetlanov-du-4-au-8-septembre-2018-auditorium-de-radio-france-reportage-pour-radio-france/ Sun, 09 Sep 2018 15:23:20 +0000 https://praskovaa.com/?p=336

L’Attribut des chefs

 

Pas de nouveau chef élu chez les chefs. Malgré un véritable engouement pour la 4ème édition de ce concours prestigieux qui anime l’effervescence musicale de cette rentrée, le jury n’a pu décerner le titre suprême compte tenu d’un niveau ambiant trop éclectique. Voir : « La horde des chefs » de 2014. Néanmoins, afin de rendre hommage au démiurge Svetlanov né en 1928, et pour ses 90 ans de suprématie musicale, un concert a été donné en son honneur dans une atmosphère quasi mystique. Il réunissait des artistes russes d’exceptions à la phalange de Radio France sous la Baguette Svetlanov d’Andris Poga. Voir : « Le combat des chefs » de 2010.

Tout commence à la rentrée 2017. C’est un long labeur qui échoue à René Koering, directeur artistique de cette compétition. Il démarre avec 365 dossiers pour n’en retenir que 18. « C’est un peu comme chercher Dieu, dira-t-il. ». Marina Bower, l’âme vibrante de cette manifestation ne cesse de repousser les limites de sa créativité. Elle prépare notamment le Festival « Univers, Svetlanov » à Moscou le 10-11- 2018  https://www.svetlanov-evgeny.com/ , et veille à l’ensemble de ce concours dans le respect des vœux de Nina Svetlanova présidente, épouse du feu maestro. Pour la seconde fois la Philharmonie de Radio France sous l’égide éclairée de Jean Marc Bador son délégué, accueille les candidats dans son nouvel auditorium boisé à l’acoustique miroitante. N’oublions pas que cet investissement culturel consenti par Radio France, donne la possibilité à ce concours international de se dérouler dans des conditions professionnelles optimales. Il déclenche depuis sa création un véritable enthousiasme chez les jeunes chefs désirant propulser leurs carrières musicales. En corrélation avec un jury d’éminents musiciens, présidé par le chef de renom Alexander Vedernikov, la phalange a montré une fois de plus toute l’étendue de son professionnalisme, sa bienveillance, et la qualité vibratoire de sa consistance sonore, dont l’évolution n’est pas étrangère à son directeur musical actuel Mikko Franck.

 L’épreuve éliminatoire voit défiler 18 candidats pour un temps éclair de 20 minutes, dont dix sont immédiatement recalés. Le choix du Jury pour Beethoven est technique. Il nécessite une direction impeccable combinant équilibre, rigueur, intériorité, et paradoxalement un certain panache sans débordement émotionnel. L’une de ces 3 ouvertures est tirée au sort : EgmontCoriolan, ou Léonore n°3. A cet effet, la diversité des profils voit se produire des niveaux disparates, où l’état de stress, la malchance écarte parfois un candidat valeureux Glatard Antoine (France, 34 ans), Segal Yaniv (USA / Pologne, 37 ans), Teychenné Gabriella (Grande Bretagne, 25 ans), Cherednichenko Ivan (Ukraine, 31 ans), Gudefin Jordan (France, 29 ans), Pitkänen Joonas (Finlande, 31 ans), Petrenko Pavel (Russie, 37 ans), Ahokas Lauri (Finlande, 34 ans), Yashima Erina (Japon, 32 ans) Mirian Khukhunaihvili (Géorgien, 28 ans).

More contact ! 

Premier de la liste à se perdre, le français attentif Antoine Glatard qui, avec un tempo prudent, mettra quelques minutes de trop à éveiller les musiciens. Idem pour l’évanescent Yaniv Segal qui sculpte mains libres le lyrisme de sa pensée dont lui seul à la vision :  » More contact! », Souffle-t-il, éperdu. La jeune cheffe attractive Gabriela Teychenné, propose un filage fluide d’Eléonore 3, mais par trop aérien:  » D’ont hang too much! », il en est de même pour Mirian Khukhunaihvili à la fougue orageuse qui dans Eléonore 3, encourage le timbalier: « Every notes, please! ». Certains côtoient même Beethoven dans une conception trop originale et décalée, qui ne convient guère à ce classicisme de la direction. Bien qu’ayant reçu le même genre de formation, ces aspirants chefs sont étonnements marqués par leurs origines. Ils s’égarent par moment dans un style musical inapproprié, perturbés par le challenge et la passion qui les enflamment, face à une formation de cette intensité et de cette renommée.

Les huit demi-finalistes, ont choisi deux œuvres sur un temps imparti de 30 minutes, dont quatre seront éliminés : Murat Cem Ohran (Turquie, 37 ans), Harish Shankar (Allemagne, 34 ans), Anna Rakitina (Russe, 29 ans). Bruno Campo (Guatemala, 36 ans).

Svetlanov, demie-finale - Bruno Campo, Harish Shankar, Anna Rakitina, Murat Cem Ohran | © Dominique Boutin

Bruno Campo, Harish Shankar, Anna Rakitina, Murat Cem Ohran | © Dominique Boutin

Au programme : le Concerto pour violon et orchestre en ré majeur opus 47 (1er Mvt), de Sibelius, interprété huit fois par l’éblouissant soliste violoniste Marc Bouchkov, et la Pathétique, Symphonie n°6 en si mineur opus 74, 1er Mvt,de Tchaïkovski.

En phase avec Beethoven lors de son premier tour, Murat Cem Ohran partage avec les instrumentistes son écoute intérieure:  » Not crescendo but expressivo. ». Il ne parvient pourtant pas, malgré son attention d’apporter des couleurs, à relâcher sa battue, apportant à ces deux pièces au souffle épique une forme de raideur et un manque d’oxygène:  » Alegretto moderato, more breathing please. ». Il est suivi par Harish Shankar un chef exalté et prodigue qui partage dans Egmont un moment chaleureux avec les musiciens:  » Bonjour everybody! ». Il propose alors un travail d’orchestre captivant et efficace:  » D’ont go off strings! Deep and dark sound. ». Son retour sur scène est plus hésitant:  » I have a request, go back to… » –  » I love the weith you are, but, i need more rhythm. Poco accelerando will be great. ». En dépit de lui-même, il déverse une forme d’acharnement dans la Pathétique qui ne lui laissera aucune chance.

There’s a difference between piano, and deep piano!

Au second tour, la cheffe Russe Anna Rakitina, seule rescapée féminine des éliminatoires, soulève quelques remous. D’un caractère bien trempé, exigeante sur la qualité de l’émission que ce soit dans Beethoven avec un certain brio:  » For my taste it’s not enough. », ou dans son Sibelius qui manque néanmoins de souplesse pour une oeuvre aussi sensuelle, n’ouvrant pas vraiment la voie royale au soliste:  » There’s a difference between piano and deep piano. ». Son choix pour la Pathétique lui sera fatal. Il aurait été plus judicieux de prendre la Symphonie N°2, de Schumann proposé par le jury.

Very, very soft like air!

C’est enfin l’apparition lumineuse de Bruno Campo, impressionnant face à la Philharmonie lors de sa première prestation dans Coriolan. Lors de son passage après le déjeuner, fort délicat à négocier car présageant un peu de relâchement, c’est avec exactitude, force et talent campé dans une implantation solaire galvanisante, qu’il transmet son message. Il parvient dès la première note à transcender l’harmonie dans une intention personnelle intuitive et habitée, allouant une sonorité dense, pulpeuse et parfaitement sertie qui met en valeur la consistance harmonique de l’orchestre sans l’appesantir. Harnachant la phalange, il coordonne ses intentions avec authenticité:  » With a lot of stength. » ou,  » Let’s play together. ». En demi-finale, en résonance avec la partition translucide du sublime concerto de violon de Sibelius, il élève sa direction dans un souffle épuré, en symbiose avec la ligne émotionnelle et les tempi du violon soliste:  » Very, very soft like air. ».  A mon grand regret, tétanisé dans Tchaïkovski, il ne parvient pas à relâcher cette tension extrême qui l’a emporté au bout de lui.

L’épreuve finale d’une heure vingt réuni les quatre derniers concurrents.
Fuad Ibrahimov (Azerbaïdjan, 36 ans) Wilson NG (Hong Kong, 29 ans), Dmitry Filatov (Russie, 39 ans), Haoran Li (Chine, 32 ans). Elle se compose de 2 œuvres imposées. Daugava, poème symphonique d’Evgeny Svetlanov envoyé par mail aux candidats sélectionnés, et de Svetlanov Planet d’Olga Victorova, (Co-commande du concours et de Radio France). Une pièce contemporaine de 6 minutes à monter en 15 minutes, ainsi qu’une des trois œuvres choisies lors de l’inscription.

Trumpet’s especially for the Egmont, sun shine… 

Fuad Ibrahimov est un chef à fleur de peau, confirmé dans sa maturité. Il expose directement le final d’Egmont dans une battue resserrée au tempo exaltant:  » It’s not enough. ». Il chine la limpidité rythmique et acoustique des exécutants, dont le résultat sonore escompté est immédiat et perceptible:  » The idea is clear. »,   » Trumpet’s, especially for the Egmont, like a sun shine, Shiine… ».  L’héroïsme physique des trompettistes après une dizaine d’Egmont en prendra effectivement la mesure… Doté d’un caractère vif, fébrile, il laisse s’exprimer la phalange dans une forme de liberté attentive qui lui permet de se détendre, déposant également son intention sur la qualité voluptueuse des silences. Ses explications émises avec certitude impliquent de vraies connaissances qui lui permettent de fixer sa direction. Il déverse alors par salve une vélocité soudaine étourdissante sur un calme apparent:  » I want to ask you the quality of sound, piu mysterious. »,  » Not to fat please, we have always to lesson. ». C’est avec minutie qu’il met en place dans le concerto de violon de Sibelius la justesse du quatuor de solistes, installant un climat doux propice afin de rejoindre l’ardeur vibratoire du super soliste. Cette assurance vivace et brulante va lui permettre de tenir nerveusement dans le concerto pour orchestre opus 116 de Bela Bartok. Happé par la tension excessive de l’œuvre, à l’écoute, il s’empare du son avec bravoure le gardant contre lui, du cœur à l’auditoire, un bonheur, un exploit.

This music smells the happiness!

D’une allure svelte et élancée Wilson NG épanouit langoureusement son Eléonore 3 dans une pulsation envoûtante soutenue par un bras droit magnétique. Il effleure l’espace sonore et pousse ce mime d’harmonies dans la jubilation jusqu’à l’éclatement du geste :  » Bravo! « , dira-t-il ! Heureux d’être avec cette phalange précieuse, il se nourrit de ses éclats, arguant le talent de chacun par une proposition musicale inventive et riche d’intuition. Il s’incarne dans le concerto pour violon de Sibelius créant une vibration divine qui illumine son aura et celle du soliste:   » Un son plus transparent avant de vraiment jouer. ». C’est avec le poème symphonique Daugavaa, composition merveilleuse de Svetlanov, que le jeune maître éveille nos sens et ceux de l’orchestre:  » It’s a dream of nature. ». Il suggère sans imposer, soutenant la pression effervescente du crescendo, en de larges vagues d’archets frémissantes. Enivré, on respire la fragrance musicale. (This music smells the happiness!). La précision des nuances magnifie la pièce de Svetlanov dans toute sa richesse harmonique, proche d’un impressionnisme – romantique ce qui paraît contradictoire. Dans le déchiffrage, prévenant, il félicite les musiciens lors d’une cassure rythmique brusque. Ayant parfaitement capté la structure musicale de la pièce en quinze minutes, il murmure dans un souffle hypnotique:  » Plus lent, c’est presque comme une cadence. ». En entamant la Symphonie n°2 de Sibelius, une fabuleuse ferveur s’empare de ce jeune chef à l’aube d’une grande carrière. Elle est de l’ordre du plaisir qu’il exhale avec fulgurance, dans une liberté singulière proche du transport:  » Give me a proud sound. »

Marcato, pas crescendo ! 

Déterminé, Dmitry Filatov est un personnage rigoureux, avec des traits forts en relief, et une stature qui en impose. Discret au premier tour, il manœuvre dans l’assurance et la sobriété, mettant l’orchestre en confiance:  » You where very good. ». Peu d’interruptions et de paroles, si ce n’est quelques exigences demandées au premier violon. Enraciné, il ceint l’orchestre d’une impulsion formidable qui lui donne un son éclatant.:  » Like a sun rise ». D’un bras souverain immédiatement compris par les musiciens, il revêt alors un autre charisme dans le concerto de Sibelius soutenant le lyrisme exacerbé du soliste,

tout en faisant claquer les passages d’orchestre avec maestria dès que nécessaire. Malgré une froideur apparente, ce chef fait pour de grandes formations va livrer dans la Symphonie n°6 de Tchaïkovski son tempérament impétueux par l’ardeur de sa prestation. Sans basculer dans le tragique, il domine l’œuvre. Son andante, d’une justesse d’intention sans écarts, revêt alors une nostalgie pure étincelante. Aux finales, il confirme son niveau avec les œuvres imposées, prenant d’un bras irréductible l’orchestre en main dans une majesté impérative. Il forge un son plein avec sa baguette qui gifle l’air, gravant sa conception sans états d’âme. (Marcato, pas crescendo !). C’est avec la Symphonie en ré mineur de César Frank qu’il manque sa quête, n’obtenant qu’un second prix. Hors style, nourrissant cette musique romantique mais tellement française de trop d’épaisseur, il perd l’élégance de la ligne, et le simple côté rayonnant sans emphase de cette musique.

Haoran Li - Prix de l'Orchestre de Radio France. Prix du public Marc Bouchkov – Violon | © Olga Alexandrova

Haoran Li – Prix de l’Orchestre de Radio France. Prix du public – Marc Bouchkov – Violon | © Olga Alexandrova

C’est le chef aimable et sensible Haoran Li qui termine les épreuves. Prodigue avec les musiciens et l’auditoire, il est très présent à chaque tour accomplissant son art avec simplicité et clairvoyance. Dans une connexion charnelle avec le son, il étreint l’orchestre, animant les nuances et les départs de sa main gauche, dans une expressivité marquée par un jeu pianistique évident. Son ancrage et sa dignité mue par l’émancipation de son instinct, déclenche le romantisme incandescent de Beethoven. Porté par le poème musical d’Evgeny Svetlanov, il tisse un canevas de couleurs chatoyantes:  » It’s almost a very long run, be more conducting. ». Beaucoup de lyrisme avec modestie ! Sa lecture à vue de Svetlanov Planet parait comme un détail entre ses mains expressives qui font littéralement danser l’orchestre. Détendant l’atmosphère, il clôt avec délicatesse ce combat de chefs avec l’avenante Symphonie n°8 de Dvorak, sans vibrato exacerbé aux archets:  » Lessons to the cellos, don’t play too much. ».

Un frémissement d’incompréhension balaye l’auditoire et les lauréats perplexes. Pas de premier prix, ni de troisième prix. Un verdict sans appel dont les fondements ont été dictés par Evgeny Svetlanov lui-même dans ses écrits. « Une bonne interprétation par un chef c’est quand l’auditeur comprend ce que le compositeur veut lui dire. Une très bonne interprétation c’est quand il comprend les moyens qu’il a employé, et comment il a fait pour le dire. »

Ces quelques lignes résument l’ambiance électrique de cette compétition magistrale, mais combien de ces prétendants au titre de « Baguette Svetlanov » ont vraiment conscience du niveau qu’elle implique. Allons chefs…

 

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Radio France

 

https://www.svetlanov-evgeny.com/
https://www.francemusique.com/
https://www.medici.tv/fr/

Concours international de Chefs d’Orchestre Evgeny Svetlanov

Comité exécutif du concours Svetlanov
Nina Svetlanova, Présidente

Membres
Marina Bower, directrice générale
René Koering, directeur artistique
Olga Aleksandrova, coordinatrice
Elena Khabi, chargée des relations extérieures
Comité d’honneur
Vladimir Ashkenazy
Myung-Whun Chung
Valery Gergiev
Riccardo Muti
Zubin Mehta
Evgeny Kissin
Jury
Alexander Vedernikov, président
Membres
Andrey Boreyo
Mauro Bucarelli
Gidon Kremer
Jorma Panula
Cristina Rocca
Nathalie Stutzmann
Artistes invités
Vadim Repin,
Dmitri Makthin,
Alexandre Kniazev,
Boris Berëzovski,
Andrei Korobeinikov.
Orchestre philarmonique de Radio France
Mikko Franck, direction musicale
Jean-Marc Bador, Délégué général

Les résultats

Premier Prix – non attribué
Deuxième Prix – Dmitry Filatov, Russie, 39 ans
Deuxième Prix – Fuad Ibrahimov, Azerbaïdjan, 36 ans
Troisième Prix – non attribué
Diplôme – Wilson Ng, Hong Kong, 29 ans
Diplôme – Haoran Li, Chine, 32 ans
Prix de l’Orchestre Philharmonique de Radio France – Haoran Li
Prix du public – Haoran Li

Concert hommage à Evgeny Svetlanov
(Né il y a 90 ans, jour pour jour, le 6/09/1918)
Auditorium de Radio France
Jeudi 6 septembre 2018 à 20 h
Orchestre Philarmonique de Radio France

Direction: Andris Poga

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Concours international de chef d’orchestre Evgeny-Svetlanov, du 25 au 28 juin 2014, Salle Pleyel, Paris. https://praskovaa.com/2014/07/07/1397/ Mon, 07 Jul 2014 06:42:03 +0000 https://praskovaa.com/?p=1397

La Horde des Chefs

 

En osmose avec le philharmonique de Radio France et un jury de prestige présidé par Vladimir Ashkenazy, c’est à Paris que s’est déroulé la 3e édition du concours international de direction d’orchestre Evgeny Svetlanov. Le succès incroyable de cette compétition, due à l’envolée de ses ex-lauréats, (voir « Le combat des Chefs » de 2010), a déclenché un véritable raz de marée. Malgré une lutte acharnée, pas de Premier Prix pour cette promotion 2014 qui n’a pas trouvé sa baguette magique !

C’est là que tout commence pour le 85e anniversaire de maestro Svetlanov. L’attrait qu’offre la participation au concours sonne comme un évènement majeur pour notre monde musical international, mais cela devient aussi une tâche titanesque pour les organisateurs. C’est à René Koering, personnalité musicale incontournable, que revient la lourde charge du tri de 507 dossiers et D.V.D. à visionner pour n’en retenir que 18. Marina Bower, directrice générale du concours, conduit par son omniprésence enthousiaste la ligne mélodique et idéologique de cette compétition. Je la cite : « l’espoir de voir ces artistes triompher des difficultés techniques nous confirme dans la belle idée que fut le projet de Nina Svetlanova… » https://www.svetlanov-evgeny.com/

Il faut saluer également le professionnalisme, la passion et le sang-froid des musiciens de Radio–France qui se sont pliés avec cohérence et patience aux demandes musicales diverses et répétitives des participants. Cette phalange pleine de ressource est d’ailleurs rompue à ce genre d’exercice avec un directeur musical tel que Myung-Whun Chung. Que dire par exemple, des courageux cuivres après huit ouvertures du Freischütz et de Coriolan ? Une semaine d’écoute donc, exaltante mais épuisante également pour un jury attentif et parfaitement en accord. Bienveillant mais clairvoyant, chacun ici s’investit dans une mission d’excellence pour ne point trahir l’élan musical impérieux des œuvres, et la mémoire ardente du Maestro Svetlanov. Celui qui a porté pendant 35 ans l’Orchestre symphonique d’Etat de l’U.R.S.S. pour en faire un des meilleurs du monde, celui qui incarne à la perfection la figure mythique du chef d’orchestre charismatique et exigeant.

La première épreuve éliminatoire se tient en huis clos au studio 104 de la Maison de la Radio, et chaque candidat n’a que vingt minutes pour présenter une des quatre œuvres imposées. Mozart, Don Juan, Ouverture K. 527, Beethoven, Coriolan, Ouverture opus 62, Egmont, Ouverture opus 84 et Weber, Freischütz. C’est une grande exaltation de découvrir ces jeunes chefs venant d’horizons culturels différents et marquants, imprimant à leur travail une gestuelle propre, avec ou sans baguette, propulsés par des tempéraments divers. Ils sont de grands artistes musiciens, déjà, filles ou garçons qui ont la même quête : celle de s’approprier une partition dans le respect technique et la tradition, mais toujours dans l’espoir de transcender l’œuvre pour déclencher l’émotion.

 Pas d’affect sur la corde !

Bien que disparate, le niveau d’apprentissage est très élevé et les parcours de chacun impressionnants. La présence de deux de nos jeunes chefs français retenus parmi tant de dossiers est une bonne nouvelle.  Julien Masmondet, et plus encore Quentin Hindley, dont la battue souple et vibrante ne manquait pas de caractère dans Coriolan. Je cite ce dernier : « … pas d’affect sur la corde ! ». D’autres noms, venus pour la plupart de Russie : Alexey Kirillov, Vassily Valitov, Ksenia Zharko, Ayyub Guliev, Ivan Cherednichenko ; D’autres de Pologne : Marzena Diakun ; De Serbie : Vladimir Kulenovic ; De Corée : Ena Shin, n’ont pas trouvé les bonnes solutions pour passer ce premier round. Une femme m’a impressionnée lors de cette première salve, Chen Lin, chinoise de 36 ans. Elle a grimpé jusqu’en demi-finale sans baguette, avec une mise en œuvre formidable de l’ouverture du Freischütz. Une prestation émouvante d’un grand raffinement, malencontreusement, son Pétrouchka du second tour ne sera pas aussi convaincant. On sait aussi que le dernier enregistrement de Svetlanov avec le Philarmonique de Radio France fut Petrouchka mettant ainsi avec cette pièce la barre très haute.

En demi-finale, huitcandidats ont été qualifiés : Chen Lin, donc, Stanislav Kochanovsky (Russie, 32 ans), Leandro Carvahlo (Brésil / Italie, 38 ans), Andris Rasmanis (Lettonie, 29 ans), Samuel Burstin (Grande Bretagne, 33 ans), Lio Kuokman (Macau, 33 ans), Kalle Kuusava (Finlande 33 ans), Mihhail Gerts (Estonie, 30 ans). Dans un programme de trente minutes, chacun expose une des trois pièces suivantes qu’il cjoisit : Brahms, Symphonie n°1 en do mineur Op.68, Tchaïkovski, Symphonie n°5 en mi mineur et Stravinsky Petrouchka. Il faut saluer lors de cette seconde épreuve, la prestation du plus jeune chef de 29 ans, Andris Rasmanis, qui se livre corps et âme dans le premier mouvement de la Symphonie de Brahms. Ses accords abyssaux du début s’épanouissent dans une intériorité contenue renversante, le légato des archets, en un souffle, s’écoule avec ferveur et se déverse tel le Rhin au studio 104 dans une fluidité sereine. C’est beau, d’une maturité touchante. Je le cite : « We have to reach together, we need a tension… ». « Nous devons nous élever ensemble, nous avons besoin de tension. »

Même si le bras et les yeux d’un chef sont explicites, tel le fougueux Mihhael Gerts qui rend par son approche technique et musicale ses musiciens heureux, ou le plus secret, le ténébreux Kalle Kuusava dont la rigueur vertigineuse sans affect visible revêt l’élégance d’un cygne (je le cite « Scary, dark… »), c’est probablement à travers les phrases éparses recueillies pendant les prestations de chacun que percent les caractères, et se dessinent les figures emblématiques du concours. Immédiatement détectables, à mon sens. Samuel Burstin (« I want to start immediately with the sens of story »), Stanislas Kochnakovsky (“A little sound, direct, very stable”).

Un sens inné des couleurs

Pendant ce second tour apparait aussi les grandes potentialités, notamment celle de Lio Kuokmann dont la main exprime l’essentiel. D’un tempérament aimable, sa version de Brahms exprime pourtant une autorité lumineuse à travers la fusion de ses capacités. Il parvient même à se détacher de la rigidité des tempi pour s’élancer dans l’expressivité et l’émotion sobre de la ligne mélodique, avec un sens inné des couleurs. Un véritable interprète maniant l’orchestre telle « la harpe merveilleuse » Richard Wagner. Connecté à l’indicible grâce, c’est à ce moment précis qu’il s’impose comme évidence pour la finale à Pleyel, où ils ne seront plus que quatre, mais…

La dernière épreuve (durée une heure et demie) s’articule autour de deux morceaux imposés :  Svetlanov : Poème pour violon et orchestre en hommage à Oïstrakh avec Svetlin Roussev en soliste, suivit de deux minutes de musique contemporaine à monter en dix minutes, et d’une pièce libre. Pour chacun des concurrents, le poème de Svetlanov ne présente pas de grandes difficultés techniques, et c’est un moment d’interprétation où chacun apporte sa lumière au cœur de la nostalgie qui se dégage de cette pièce lyrique. Tendre et sensitif pour Burstin, plus réservé et dense pour Kuusava, poignant et subtil tout en portant le soliste pour Gerts, envoûtant, précis, sans fioritures exagérées pour Kuokman. Chacun règle la pièce contemporaine un peu comme un simple exercice de style.

Néanmoins, il semble que ce soit Gerts par son approche auditive concise qui en ait donné la meilleure version, avec des plans sonores équilibrés et un certain relief. Dans une aisance sympathique, Burstin s’élance vers la dernière épreuve, avec un flegme britannique parfaitement approprié. Il livre la partition de la 5e symphonie de Beethoven avec simplicité, dans une rigueur galvanisante. Sa prestation est construite et fluide, il est au point ! Suit Kalle Kuusava qui, du bout de sa baguette nordique, les yeux au-dessus des difficultés, aborde la Symphonie nº 2 de Sibelius avec cette noblesse qui rappelle un petit rien de Karajan, révélant l’émotion d’un bout à l’autre dans un élan créatif visionnaire. Il est en état de concert, ce qui pouvait aussi se concevoir pour cette finale en public. Son avantage est de connaître un peu l’orchestre, ayant été assistant de Mikko Franck aux Chorégies d’Orange dernièrement.

 Une apothéose finale

Mihhail Gerts nous offre la Symphonie nº 5 de Sibelius, qu’il dirige avec ardeur. L’orientation de la mise en place de l’œuvre sur les différents pupitres le fait applaudir. S’attardant sur deux passages clefs, il donne le ton aux instrumentistes et tire doucement l’orchestre vers la partition. Peu de paroles mais un regard affirmé, une pulsation anticipée qui rend claire cette longue partition, jusqu’à une apothéose finale.

Lio kuokman ( second prix) | © Olga aleksandrova

C’est à Lio Kuokman que revient la Symphonie nº 4 de Tchaïkovski, dont il travaillera le premier mouvement jusqu’à l’excès, avec des musiciens quelque peu épuisés. Son pouvoir fulgurant à établir une consistance sonore pleine immédiatement, sans écarts d’émotion, lui permet de tenir sa phalange en haleine et lui confère une aura mystérieuse. Une seule respiration pour ce premier mouvement, dont il semble que chacun soit hypnotisé par le geste incroyable de cette baguette magique. Le prix du Public, lui est attribué, mais il n’obtient pas du jury le Premier Prix, s’étant concentré par choix sur un seul mouvement et n’ayant pas égalé, à mon sens, l’ampleur sonore de la prestation du dernier vainqueur de 2010 Andris Poga. Il s’est perdu dans une nasse dont il ne s’est pas dépêtré, et où s’est certainement jouée la première place. Il obtient le Deuxième Prix et, bien que Myung-Whun Chung ne lui ait pas attribué le prix de Jeune Chef associé, Kuokman dirigera tout de même ce même orchestre le 26 septembre 2014 dans des œuvres de Svetlanov, Youssoupov et Chostakovich, avec la participation de Vadim Repin (violon).

Samuel Burstin obtient le Troisième Prix, Mikhail Gerts et Kalle Kuusava reçoivent le diplôme du IIIe Concours Svetlanov. Ces titres, bien qu’honorifiques, ont surtout pour but d’offrir un tremplin à ces chefs magnifiques. Ils leur permettent de travailler avec des orchestres différents et favorisent l’éclosion des directions majeures de demain. Celles qui portent en elles la tradition et la fluidité créatrice du talent et de l’instant présent. ¶   

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Les Trois Coups

 

Concours international de chef d’orchestre Evgeny Svetlanov, du 25 au 28 juin 2014

Comité exécutive :

Nina Svetlanova, Marina Bower, René Koering, Lionel Colombel, Caty Sarfati, Olivier Beiboutov, Olga Aleksandrova.

Attachée de presse de Radio France : Laurence Paillot-Lesné

Comité d’honneur :

Myung-Whun Chung, Valery Gergiev, Ricardo Mutti, Zubin Mehta, Evgeny Kissin

Président du jury :

Vladimir Ashkenasy, pianiste, chef d’orchestre, chef principal de l’Orchestre de Sydney, directeur de l’Orchestre des jeunes de l’Union européenne, principal chef d’orchestre invité de l’Orchestre symphonique d’Islande.

Membres du jury :

Michael Fine : producteur indépendant en audio-visuel, conseiller principal et responsable du planning artistique de l’Orchestre Philarmonique de Séoul.

Jesus Lopez-Cobos : chef émérite de l’Orchestre symphonique de Cincinnati, ex Directeur musical du Teatro Real de Madrid.

Jukka- Pekka Saraste/ Chef principal de la WDR de Cologne, Chef lauréat de L’Orchestre philarmonique d’Oslo, Fondateur et directeur artistique de l’Orchestre de chambre de Finlande, Fondateur et Directeur artistique du Festival Tammisaari.

Chad Smith : Directeur de l’Orchestre philarmonique de Los Angeles

Alexander Vedernikov : Chef principal de l’Orchestre d’Odense du Danemark, ex-directeur musical et Chef principal du Théâtre Bolchoi de Moscou.

Daviv Whelton : Directeur du Philarmonia Orchestra de Londres.

Les Candidats :

Stanislav Kochanovsky, Mihhail Gerts, Ayyub Guliyev,Quentin Hindley,Alexey Kirillov,  Andris Rasmanis, Samuel Burstin, Lio Kuokman, Kalle Kuusava, Leandro Carvalho, Marzena Diakun, Alexey Kirillov, Ivan Cherednichenko , Vasily Valitov, Vladimir Kulenovic, Chen Lin, Julien Masmondet, Ena Shin, Ksenia Zharko.

Du 25 au 28 juin 2014 à Paris

Epreuve finale ouvert au public le 28 juin 2014

de 14 heures à 17 heures et de 18h30 à 21h30.

Salle Pleyel • 252 rue du Faubourg Saint-Honoré • 75008 Paris

Tel : 01 42 56 13 13

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II Concours international de Chef d’Orchestre Evgeny Svetlanov, du 10 au 15 mai 2010. Opéra Berlioz de Montpellier https://praskovaa.com/2010/05/27/concours-international-de-chef-dorchestre-evgeny-svetlanov-du-10-au-15-mai-2010-a-lopera-berlioz-de-montpellier/ Thu, 27 May 2010 14:57:03 +0000 https://praskovaa.com/?p=330

Le combat des chefs

 

 

Baguette Svetlanov 2010 - Andris Poga, chef d'orchestre | © Marc Ginot

Andris Poga, le gagnant | © Marc Ginot

Montpellier accueille, dans le cadre de l’année Franco-Russe, le Concours international de direction d’orchestre Evgeny-Svetlanov. En effet, sur une initiative de René Koering, surintendant de la musique, soutenu par Georges Frêches, la cité rend hommage à une grande figure du monde musical slave. Ayant dirigé ici même avec ferveur une production de « Madame Butterfly » en 2002, c’est en témoignage à son talent que cette compétition s’installe en nos murs. Chef de l’Orchestre d’État de Russie, compositeur et pianiste, contemporain de Chostakovitch, ce chef au parcours exceptionnel possède une belle discographie, dont une anthologie de la musique russe faisant toujours référence.

La compétition qui a reçu 354 dossiers, n’en a retenu que 30, et 18 candidats pour concourir à son prestigieux challenge. C’est dire l’enjeu… Une semaine, marathon pour l’Orchestre national de Montpellier, qui s’est prêté avec attention à cet exercice périlleux couronnant ses efforts par un concert de gala de lauréats. Ce sont les chefs de demain, ceux qui portent la tradition et l’élan novateur nécessaire au rayonnement des grands orchestres symphoniques de ce monde…

Les épreuves se déroulent en présence de Nina Svetlanova, épouse du chef disparu, et avec l’attention optimale d’un jury international trié sur le volet, présidé par Vladimir Ashkenazy. Malgré le rythme infernal, et sous le joug de baguettes différentes, l’O.N.M. très impliqué fait preuve de docilité, d’allégresse et de patience. Les musiciens de l’orchestre démontrent sans rechigner l’excellence de leur niveau, la beauté de leurs interventions et la marge de progression constante du son de leur phalange.

Compte tenu des particularités techniques de cet art, les épreuves finales ouvertes au public n’ont attiré qu’un petit noyau de connaisseurs. Pendant ces auditions, on aura beaucoup entendu de scolaire, du fragile, du désincarné, du stressé et soudain de la vie, de la musique qui vole, du sublime. C’est étonnant comme un vrai chef frôle le divin, il a ce pouvoir incroyable de faire vivre le son ou de le faire mourir. A travers une sonorité purement physique, il contrôle la propagation sonore d’une œuvre, et nous entraîne dans une dimension métaphysique. Ce fut le cas des cinq finalistes d’un niveau d’exception qui nous ont soumis à ces moments d’une rare intensité.

En une heure et quarante minutes, hormis les œuvres imposées – Tableaux d’Espagne de Svetlanov, et le premier mouvement de la 4e Symphonie de Tchaïkovski, les candidats disposaient d’une œuvre au choix pour démontrer leur professionnalisme et la quintessence de leurs aptitudes.

Robert Trevino, chef américain de 26 ans, doté d’une grande distinction gestuelle, possède déjà une maturité avérée adaptée au lyrique. C’est avec brio qu’il a produit une lecture à vue du Don Juan de Strauss dans un allant ronflant adapté à cette œuvre phare. Domingo Hindoyan, vénézuélien de 30 ans, l’ange fougueux déchu de cette compétition, a exalté son panache et ses connaissances à travers l’Oiseau de feu de Stravinsky.En partant d’une cellule rythmique et du respect de son exécution, il a proposé une séance de travail perfectible sur des extraits de la Danse infernale en démontrant que ce l’on n’entend n’est pas le tempo, mais le contenu habité de la musique à une certaine vitesse.

Daniel Cohen, Israélien de 26 ans, troisième lauréat, plus aérien, a présenté la 2e Symphonie de Beethoven avec beaucoup d’intelligence, dans une clarté sonore galvanisante. Il devrait être excellent dans le contemporain, le baroque et la musique de film. Christophe Altstaedt, Allemand de 30 ans, second lauréat, prix également du public et de l’orchestre, a interprété la 1re Symphonie de Schumann dite « Printemps » et son Concerto de piano avec Ciccolini lors du gala. Sa direction précise, attentionnée, vive, rassemble les goûts les plus divers. C’est un chef multi répertoire au talent raffiné.

Svetlanov - Finalistes 2010 - Poga, Trevino,, Cohen, Alstaedt, Domingo | © Praskova

Les finalistes | © Praskova

Andris Poga, Letton de 30 ans, vainqueur magnifique de cette joute musicale, est le chef céleste de ce ring. Sobre, puissant, connecté au sol, il a donné une version colorée et resplendissante des Danses symphoniques de Rachmaninov… L’amplitude de sa gestuelle étonnante paraît contenir l’espace dans son aura, il n’y a pas de chair dans cette battue-là, juste une volonté musicale pure qui vise l’infini. Quand il relâche sa baguette, ou la pose pour se fondre dans un mouvement optimal entre respiration corporelle et masse orchestrale, sa volonté musicale paraît sans limites, même s’il se heurte encore à des détails techniques, intellectuels ou auditifs. Un immense talent qui fait l’unanimité. Sa version de la 4e symphonie de Tchaïkovski lors du gala rappelle, par l’ampleur de sa générosité et son identité de Letton, celle des grandes baguettes slaves de notre siècle, Mariinsky, Temirkanov, Gergiev et le maestro Svetlanov. 

Praskova Praskovaa

Les Trois Coups

 

Concours international de chef d’orchestre Evgeny Svetlanov, du 10 au 15 Mai 2010

Nina Svetlanova, Georges Frêche, Marina Bower, René Koering, Hélène Mandroux

Membres du jury

Président du jury : Vladimir Ashkenasy : pianiste, chef principal et conseiller artistique de l’Orchestre symphonique de Sydney, directeur musical de l’Orchestre des jeunes de l’Union européenne, chef principal de l’orchestre honoraire du Philarmonia Orchestra, N.H.K Symphony Orchestra et de l’Orchestre symphonique d’Islande.

Membres

Numa Bischof Ullmann : directeur de l’Orchestre Symphonique de Lucerne

Jean-Claude Casadessus : chef d’Orchestre, fondateur et directeur de l’Orchestre national de Lille, directeur du Lille Piano(s)-festival, président de Musique Nouvelle en Liberté.

Antony Fogg : directeur artistique de l’Opéra et Orchestre de Boston et du Festival de musique de Tanglewood.

Lawrence Foster : directeur musical de l’Opéra et de l’Orchestre national de Montpellier-Languedoc-Roussillon et directeur musical de l’Orchestre de la Fondation Gulbenkian.

Stephan Gehmacher : directeur de l’Orchestre Bayerischer Rundfunk.

Alexander Valkouski : chef d’Orchestre invité

Candidats :

Christoph Altstaedt, Victor Aviat, Jakub Chrenowicz, Daniel Cohen, Ilya Gaisin, Dominic Grier, Domingo Hindoyan, Jansen Knud, Stamatia Karampini, Yoshinao Kihara, Mikhail Leontyev, Benjamin Levy, Andris Poga, Anna Skryleva, Robert Trevino, Robert Tuohy, Bruno Weinmeister, Michael Young

Concert de Gala le samedi 15 Mai 2010, 20H00.

Le Corum- Opéra Berlioz à 20 heures, entrée libre

Orchestre National de Montpellier Languedoc –Roussillon

Piano :  Aldo Ciccolini

Œuvres
  • Evgeny Svetlanov : Tableaux d’Espagne

Direction : troisième lauréat, Daniel Cohen

  • Robert Schumann : Concerto pour piano et orchestre en la mineur Op 54

Direction : second lauréat, Christoph Altstaedt

  • Piotr Ilitch Tchaïkovski : Symphonie n°4 en fa mineur Op 36

Direction : premier lauréat, Andris Poga

Renseignements : 04 67 60 19 99

http://www.orchestre-montpellier.com/

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