Dans la loge de… – Praskova Praskovaa https://praskovaa.com Les voix précieuses Mon, 31 Aug 2026 15:58:57 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 https://i0.wp.com/praskovaa.com/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Logo.png?fit=32%2C32&ssl=1 Dans la loge de… – Praskova Praskovaa https://praskovaa.com 32 32 210560557 Cent cinquantenaire du Festival de Bayreuth 2026, « Rienzi, ou le dernier des tribuns » de Richard Wagner. Stutzmann/ Parditka, Szemerdy. Schäger, Scherer, Kanabas, Holloway, Nagy, Stier, Kowaljow. Le 26 août 2026 https://praskovaa.com/2026/08/31/cent-cinquantenaire-du-festival-de-bayreuth-2026-rienzi-ou-le-dernier-des-tribuns-de-richard-wagner-stutzmann-parditka-szemerdy-schager-scherer-kanabas-holloway-nagy-stier-ko/ Mon, 31 Aug 2026 15:24:54 +0000 https://praskovaa.com/?p=2530 Rienzi, un pavé musical prémonitoire : Richard avant Wagner

 

Coup de projecteur et clap de fin pour les 150 ans du Festival de Bayreuth 2026. C’était une première, Rienzi, le dernier des tribuns était à l’affiche de l’auguste temple ! Cet opéra titanesque du jeune Wagner, qu’il dépréciait en le surnommant « Son braillard », fut banni par lui-même des œuvres canon de sa production et de la colline verte. Un vrai paradoxe pour l’institution qui a déployé tous ses actifs pour une mise en vedette ponctuelle et détonante de cet opéra mal aimé.

En effet, on comprend vite que le livret de Wagner qui narre l’ascension et la déchéance d’un tribun romain du XIVème siècle, Rienzi, adapté du roman d’Edward Bulwer-Lyton ne fut qu’un prétexte littéraire. A vrai dire, le fringuant compositeur de 19 ans souhaitait créer une grande fresque musicale révolutionnaire. Cependant, on ne peut négliger le fait qu’Hitler s’identifia au tribun, et qu’il hérita du manuscrit original (jamais récupéré à ce jour), et que le rejet du maitre pour sa création dégage des effluves prémonitoires…

Sujet à polémiques, le parcours incertain de cet opéra, bien que relevant de succès flamboyants, notamment lors de sa création en 1842 à Dresde, a légitimé nombre de coupures de l’œuvre, et bien des tentations scéniques propagandistes fascisantes jusqu’en 1914, lui conférant une popularité aléatoire.

Quel orgueil pour le jeune Richard qui pensait faire « grand tapage » d’un peut-être chef-d’œuvre, dont il sembla finalement ne pas faire grand cas. Je le cite : « Il vaut mieux une chute retentissante qu’un succès douteux. »

 La structure justement, qui adopte les formes stylistiques de l’époque, (Marche, fanfare, ballet, récitatif, aria, duo …) parait, aujourd’hui en 2026 étrangement surannée, face à l’élaboration de sa production future.

Pour la mise en œuvre et la crédibilité de cet événement audacieux, le Festspiel se devait de relever deux défis majeurs :  écourter le synopsis, et détourner légèrement l’attention auditive des auditeurs, au profit d’un hypnotisme visuelle.

En effet, le flot musical très éloignée du flux harmonique wagnérien auquel nous sommes accoutumés est particulièrement déroutant.

 

 © Bayreuther Festspiel 2026 / Enrico Nawrath

 

La mise en scène a donc été confiée à un duo d’expertes : Alexandra Szemerédy et Magdolna Parditka. Ces metteuses en scène hongroises dans l’air du temps ont présenté une version contemporaine modulable. Le cadre prend racine dans une société romaine politisée et sur médiatisée en décrépitude : un choix ingénieux qui stigmatise le drame jusque dans son iconographie très réussie.

Dès la célèbre ouverture, on est saisi par l’arrogante tenue de l’orchestre maintenue avec souplesse par l’excellente cheffe Nathalie Stutzmann. Cette personnalité musicale appréciée qui a dirigé ici l’an passé un superbe Tannhäuser, manie avec dextérité l’imposant Orchestre du Festival. Faisant preuve d’une grande quiétude, elle aborde les notes puissantes de cette tragédie avec sérénité. Elle échappe d’ailleurs au côté martial et pompier de cette marche initiale, dont l’écriture triomphaliste finale s’offre une débauche clinquante de cuivres. Grâce à la tempérance de son tempo et à l’étirement mélodique discret des archets, elle pondère avec tact cet élan d’artificiers alors qu’un enfant se meurt sur scène. Néanmoins, on succombe vite à l’acoustique enclavée du Festspielhaus, inégalable, pour se fondre dans la texture divine de la masse instrumentale qui capture nos sens.

 

Une mise en abime électrique

 

Sur le plateau, deux blocs d’immeuble vétustes sont éclairés par des écrans de télés. Dans l’un, un couple incestueux s’ébat (Rienzi avec sa sœur Irène), dans l’autre un enfant malade trépasse. Ce premier impact visuel, déjà câblé, donne une sorte de malaise. Il n’est pas sans rappeler les constructions misérables de l’Europe de l’Est, ou s’ajoute ce deuil scabreux, présumé filial ; pierre angulaire de ce drame remixé qui enclenche le destin de Colas Rienzi.

La difficulté de ce livret en 5 actes, est de mettre en scène une action complexe qui se déverse sur des formes musicales multiples dites classiques, mais dont l’articulation parait quasi indomptable. Elle est constituée de passages symphoniques tonitruants, de chœurs grandioses à la manière des tragédies grecques, et du passage des solistes qui chevauchent ce joug sonore ininterrompu. Le discours narratif se déploie sur des Récitatifs mordants, ponctués de salves d’accords philarmoniques claquants ; tantôt adoucit par de charmantes Arias dolce aux influences verdiennes avérées. L’ensemble est suppléé par la masse chorale en liesse qui envahit le décor dans un patriotisme exalté. Chaque choriste connecté à son smartphone, est aussi accroché à l’écran géant qui diffuse les débats télévisés. Éprouvant, mais perçu comme une performance artistique générale, qui va du compositeur à la mise en scène qui parvient à rendre crédible ce patchwork stupéfiant.

 

 © Bayreuther Festspiel 2026 / Enrico Nawrath

 

Dans cette atmosphère dis topique, la scénographie cadre le peuple dans une tonalité grisâtre qui l’uniformise. Cela donne un sentiment de froideur, d’anonymat, voire d’emprisonnement. La barre d’immeuble modulable en taille qui émerge du plancher, est composée de box exigus pourvus d’escaliers et de balcons en ferraille noire. Elle est envahie par des écrans qui déversent leur soupe médiatique. On subit ici les affres de la surmédiatisation par une projection saturée d’éléments lumineux qui clignotent et s’insinuent en nous. Un des moments phares de ce spectacle est certainement le traditionnel ballet de l’acte II. Afin de sauver ce passage musical insipide et démodé, ces dames organisent une représentation théâtrale dans le théâtre à la limite du cartoon : un défilé loufoque hilarant de personnages de la saga wagnérienne, dirigé par la statuette dorée sautillante du sculpteur Ottmar Horl.

Sans faire plus de détails du visuel qui allège beaucoup cette pièce d’au moins quatre heures après coupures, il faut rendre hommage au grand architecte de ce Ring politique dévastateur, dont on perçoit déjà, les bribes d’un flux orchestral continu reliant orchestre et voix. Ici et là, émerge aussi des syllabes magiques, des notes rédemptrices, des leitmotivs simples et entêtants, des chœurs inoubliables déjà au point, et des bouts de conversations épars aux lignes mélodiques marquantes.

Même l’aspect corps de garde qui s’insinue dans l’instrumentation par moment, se meut en un souffle épique lourd qui sied au personnage de Rienzi passant du héros, au dictateur perclus de remords, jusqu’au suicide. Au cœur de ce chaos, l’amour peut-être, et Rome, cette Babylone païenne, anarchique, assourdissante, où tout se délite : le peuple, les immeubles insalubres et poisseux, la tribune de foot en tapis rouge : capitole de l’anéantissement. Comme aurait dit Fouquet à Louis XIV : « Je suis tombé, mais j’ai fait du bruit en tombant. »

Il faut reconnaitre le courage des artistes pour mettre en place ce monstre opératique dont l’exigence technique demande une somme de travail considérable à l’ensemble des exécutants. Voire, à ceux qui écoute. Le niveau général des intervenants et des choristes, particularité constante de Bayreuth, est très élevé. On notera les scènes admirables du second acte, le duo d’affrontement poignant entre Rienzi et Adriano, la prière des chœurs au III acte, ou le choral extraordinaire du IV acte, pour ce puzzle qui s’étire sans répit. Seule la baguette impeccable et le flegme de Nathalie Stutzmann dompte ce brouhaha ambiant. Par ailleurs, sa vigilance reste chevillée aux solistes. Elle respire avec eux, en eux, car le chant vit en elle. Par l’intégrité libératrice de sa puissance émotionnelle qu’elle ordonne, elle s’avère impressionnante de justesse.

La masse chorale conduite par Thomas Eilter-de Lint rassemble un composite de timbres enivrants, et les nombreux chœurs de la partition sont exécutés avec ferveur. Parfois en coulisse, A Capella. Ils sont emprunts de solennité et de nuances sublimes, jusqu’aux prières radieuses qui s’étendent sur des « piani » sans fin, offerts à un auditoire bouche-bée happé par cette atmosphère mystique.

 

© Bayreuther Festspiel 2026 / Enrico Nawrath

Des solistes renversants

 

Sur scène, le rôle-titre de Colas Rienzi a été confié au ténor autrichien Andréas Schäger. Cet artiste lyrique charismatique est idéal pour interpréter ce rôle écrasant de héros déchu. Ultra athlétique, il est doté d’un sens artistique inné et enthousiaste qui lui permet d’accomplir des prouesses. Tout en exécutant sans discontinuer les fulgurants éclats de bravoure d’une tessiture vaillante et acérée, il parvient même à hisser ses inflexions périlleuses dans une sorte de transport visionnaire. Pour la fameuse prière de l’acte IV, il s’évapore dans une couleur sensorielle translucide pianissimo, qu’il chuchote au public proche de la rupture vocale. Bien que sa quête de tribun le dénature en un être versatile et tyrannique, il affiche à contrario une constance sobre dans son expertise professionnelle pour ce personnage particulier qui a lancé sa carrière à Meiningen il y a 14 ans. Habitué de Bayreuth, il est un Illustre Parsifal qu’il chante ici en alternance avec Rienzi. Souriant, infaillible, impassible, il nous fait l’offrande de sa tessiture éblouissante de Helder ténor qui touche par sa clarté, et la virilité de son émission. Ses aptitudes musicales et scéniques réunies, lui procurent une liberté de jeu qu’il partage avec le public dans un panache péremptoire qui le propulse au rang de tribun divin.

© Bayreuther Festspiel 2026 / Enrico Nawrath

 

A ses côtés, la magnifique soprano américaine au velours de mezzo, Jennifer Holloway campe ici un Adriano amoureux, plus ou moins éconduit, entêté et inefficace. Cette paire d’artistes s’affronte dans un acharnement stérile : l’un pour le pouvoir, l’autre dans son amour fantasmé pour la sœur de Rienzi. Rivaux, ils forment une joute vocale comparable en intensité. C’est pourtant dans un autre registre plus enveloppant, crédible dans son jeu au masculin qu’Adriano exploite une palette d’émotions subtiles, voire déchirantes auprès de son amour impossible. Irène, sœur de Rienzi, Gabriela Scherer. Par contraste, la soprano suisse qui dans cette mise en scène est une femme fragile sous l’emprise de Rienzi, a su adapter son émission luxueuse et ardente à un timbre plus suave. Cette couleur rauque convient parfaitement à ses ambiguïtés incestueuses, et ses atermoiements douteux pour Adriano, et pour d’autres passages dramatiques de la partition.

 

Les autres artistes, figures incontournables de ce Festival

La basse ukrainienne Vitali Kowaljow’s campe un Cardinal hiératique à la voix obscure. Le duo de politiciens corrompus Mikael Nagy baryton, Orsini, et Andréas Bauer Kanabas basse, Colonna, partagent leur complicité vocale pour conspirer. Baroncelli, le ténor suisse Matthias Stier, nous ravit de son timbre coloré en pleine évolution, et le baryton Mikael Kupfer-Radecky en Cecco del Vecchio clos cette distribution  tout à fait homogène, sans oublier l’ange de la soirée: Victoria Randem, messager de la paix, au timbre de cristal à suivre…

 

© Bayreuther Festspiel 2026 / Enrico Nawrath

 

Après ce spectacle d’une qualité exceptionnelle, je me pose la question ?

Peut-on dire que cette œuvre considérable de Richard m’a conquise ? Oui.

Et la partition ?  –  …

Je n’en suis pas sure, car monter ce Rienzi à Bayreuth, relève presque d’un acte d’indulgence, sinon de miséricorde artistique. Il a fallu toute la démesure et les moyens optimales du Festival pour ériger, ce qui tient à mes yeux d’une provocation esthétique. L’œuvre est emphatique, redondante, spectaculaire dans ses excès, magnifiée par des moyens disproportionnés : la monumentalité est là, mais pas encore les notes éternelles, ni la pâte harmonique orchestrale, ni la texture singulière, insondable de Wagner qui fera la modernité de sa musique.

Que l’on ne se méprenne pas, et cela ne préjuge en rien du devenir de cette expérience, mais plutôt de la pérennité de cette pièce qui témoigne du génie que l’on vénère, mais aussi des décisions de Wagner envers sa propre création ; celle d’un instinct avant-coureur à pressentir de cette tragédie un avenir funeste.

Enfin, sachez-le, dans l’ordre il vaut mieux aller écouter Rienzi avant Parsifal, car sous le pavé de Richard, il y a tout de même pas mal de Wagner.

 

Praskova Praskovaa

 

150 ans du Festival de Bayreuth

Rienzi, le dernier des tribuns 

 

Musique et livret de Richard Wagner

Opéra en cinq actes créer le 20 octobre 1842 au Théâtre de la Cour Royale de Dresde

Nouvelle édition du Festival de Bayreuth 2026

Direction musicale :  Nathalie Stutzmann

Mise en scène, scénographie, costumes : Alexandra Szemerédy, Magdolna Parditka

Lumières: Bernd Gallasch

Video: Leonard Koch

Dramaturgie : Markus Kiesel

Distribution 

Rienzi : Andréas Schäger

Irène : Gabriela Scherer

Adriano : Jennifer Holloway

Colonna : Andreas Bauer Kanabas

Orsini : Michael Nagy

Cardinal Raimondo : Vitalij Kowaljow

Baroncelli: Matthias Stier

Cecco del Vecchio: Michael Kupfer-Radecky

Messager de la paix : Victoria Randem

 

Chœurs du Festival de Bayreuth

Chef de chœur : Thomas Eitler-de Lint

Orchestre du Festival de Bayreuth

Lundi 26 aout 2026, 16 H

 

 

 

 

 

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Théâtre des Arts de Rouen. Le vaisseau fantôme de Richard Wagner. Glassberg / Signeyrole. Duhamel, Aalto, Shkarupa,Wilson. Le 27 janvier 2026 https://praskovaa.com/2026/02/14/theatre-des-arts-de-rouen-le-vaisseau-fantome-de-richard-wagner-glassberg-signeyrole-duhamelaaltoshkarupawilson-le-27-janvier-2026/ Sat, 14 Feb 2026 08:22:21 +0000 https://praskovaa.com/?p=2462

Naufrage de migrants à Bayreuth sur Seine

 

Rouen, « Die frist ist um » … Un froid tenace fige l’atmosphère.

Pour ce nouvel Opus wagnérien rouennais, l’appel du « Vaisseau Fantôme » qui s’annonce à bien des attraits :  un casting vocal d’exception, dont la prise du rôle-titre par l’intrépide baryton Alexandre Duhamel, « Les adieux » annoncés de Ben Glassberg au poste de directeur musical du Théâtre des Arts et, une mise en scène engagée de Marie-Ève Signeyrole à découvrir.

Barge de migrants © Caroline Doutre 

Barge de migrants                                                                         

Avec son parcours d’auteure cinéaste, la metteuse en scène Marie-Ève Signeyrole a radicalement transformé l’œuvre de Richard Wagner en un manifeste social lié à l’exil… Jadis symbole de légende, d’ombres tutélaires, de héros romantiques et de salut, Le Hollandais volant converti en passeur de migrants exhibe ici une lecture contemporaine discutable de cet opéra.

Une barge de migrants en péril jauge le public. Sans amoindrir la mise en œuvre complexe de ce choix et l’esthétique soignée alléchante du projet, cette vision surréaliste éclabousse mal à propos l’orchestre. Filmée et projetée sur écran, elle provoque une distorsion du lieu à l’aide de flots marins écrasants donnant une illusion de tangage et d’étouffement. Dans ce climat de forte pression, un petit groupe de figurants actifs à cette submersion, chanteurs du chœur Accentus et de l’Opéra de Normandie Rouen vivent la noyade en live : cris, hurlements, écartèlement de l’embarcation, grincements de cordes, effusions déchirantes, visages déformés, chocs divers, jusqu’aux mimes excessifs de vomissements. Une théâtralité aléatoire et bruyante qui brouille l’attention et impose un déséquilibre sonore navrant entre l’orchestre et la scène.

Par contraste, la scénographie sobre et crédible de Fabien Teigné évolue dans une noirceur soutenue afin de concentrer ses lumières sur les artistes, et une estrade de bois noir amovible extensible qui représente chaque lieu de vie : bateau divers, maison de Daland, place de village, etc. Seule, au pied du ponton, une petite flaque d’eau évoque l’océan. Le monde parallèle de migrants s’infiltre là par touches symboliques, mais marque encore un décalage musical certain avec le livret : cadavre échoué, fillette seule à l’arrêt, ou détails anodins sans réelle connexion avec l’action en cours, etc.   

    

L'océan | © Caroline DoutreL’océan. Alexandre Duhamel © Caroline Doutre

 

Ben Glassberg, la respiration onirique du drame

Après un début précipité et confus de l’Ouverture, Ben Glassberg s’emploie à apaiser la tenue de sa phalange. Il mène sa propre barque en dépit du fracas scénique. Rien n’affecte l’inspiration et l’ascendant de ce très bon directeur musical sur l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen et celui de l’Opéra national de Lorraine. Dans l’ensemble, malgré une acoustique un peu soft de ce théâtre moyen pour du Wagner, l’audace de cette formation cadrée avec discernement tisse une palette de couleurs instrumentales miroitantes dans une version fluide et résolue de l’œuvre. En affinant sa gestuelle d’une élégance particulière, le chef concentre son attention sur les voix par un savant dosage de nuances et de malléabilité des tempi. Le drame respire. Les solistes soutenus s’appuient sur cette ligne dense et profonde et exprime le texte avec ferveur. Chœurs généreux et enthousiastes compris.

 

Direction: Ben Glassberg | © Praskova PraskovaaDirection: Ben Glassberg, Alexandre Duhamel, Robert Lewis © Praskova Praskovaa

 

Sauvetage des migrants par le casting vocal

En effet, c’est grâce à la distribution chatoyante de voix fraîches, résistantes et pulpeuses pour ce type de répertoire, que le public a pu être rassuré et comblé. C’est également par le choix de timbres marquants, idéales pour chaque rôle, et de projections vocales similaires compatibles, que les artistes lyriques se sont surpassés dans une homogénéité soyeuse. Un bonheur.

Pour son premier défi chez Wagner Alexandre Duhamel incarne Le Hollandais avec une humanité rare. Il crée une figure authentique et inspirante dans son errance de damnation éternelle. Fait pour ce personnage romanesque tourmenté, son chant dévoile l’invisible et dévaste la scène. Encapuchonné, il erre perdu dans un long ciré noir dégoulinant qui alourdi sa silhouette. Lorsqu’il découvre son visage, il prend racine et cristallise tout l’espace en quatre notes : « Die frist ist um ». La somptueuse évocation mélancolique qui précède dure douze minutes. Long, mais l’artiste se révèle et nous enveloppe de son timbre clair-obscur, percutant et liquide. Il donne à sa ligne de chant les inflexions abyssales des grands fonds, et flatte les mots de caresses moelleuses tel un bain de plumes. Son émission vocale flexible, sans heurts, rend le texte allemand parfaitement compréhensible. Poignant dans sa vigueur et sa virilité vocale, il affiche son intention dramatique et assume ce rôle comme s’il l’avait toujours chanté. Ce sera un Amfortas unique ! A ses côtés, l’ardente soprano finlandaise Silja Aalto aux accents colorés prometteurs de jeune dramatique, (future Kundry) fait des merveilles. Elle a à sa disposition le physique, et l’envergure vocale au-delà du rôle. Elle complète sa prestation par une profusion d’intonations qu’elle grave dans les modulations de son incarnation. Tantôt tendre, tantôt altière, elle se raconte et transcende par des suraigus de diamant impérieux la lame orchestrale fabuleuse rythmée de sursauts et d’abandons. Le duo d’amour entre ces deux artistes en osmose, l’un socle de l’autre, laissera l’autre exposer la tension mélodique d’une ligne vocale passagère pour mieux réapparaître. C’est à mon sens le vrai moment de grâce de cette soirée.

 

Robert Lewis - Eric Silya Aalto | © CarolineSilja Aalto, Robert Lewis © Caroline Doutre

 

Dans un autre registre, c’est avec morgue et panache que la basse Grigori Shkarupa en Daland projette un timbre vigoureux, robuste et mordant pour révéler ses volontés insidieuses. On lui concède d’ailleurs quelques attaques un peu agressives, voire basses d’émission. Le rôle souvent ingrat d’Erik, l’amoureux éconduit, a trouvé ici aux vues de son engagement vocal et dramatique superbe, la voix exaltante du jeune anglais Robert Lewis, d’une expressivité de tout premier ordre. La mezzo française Héloïse Mas n’est pas en reste avec l’exploitation fiable et chaleureuse de son timbre ambré. Tenant sa partie avec conviction, elle campe une Mairie vigilante adéquate. Le seul bémol à ce plateau homogène reste le pilote de Daland, Julian Hubbard. Malgré un cabotinage scénique habile qui le remet sur les rails, ce n’est pas son soir, ou le bon répertoire.      

 

Alexandre Duhamel, Grigory Shkarupa,Julian Hubbard | © Caroline DoutreAlexandre Duhamel, Grigory Shkarupa, Julian Hubbard © Caroline Doutre 

 

Richard Wagner

Là, où Richard Wagner élève le chant au pinacle de l’extase dans un marasme sonore d’éternité, quel peut-être la place accordée à un message politico-sociale ? En quête d’un public de connaisseurs, c’est dans cette optique renouvelée que le Théâtre des Arts défend son agora. Précurseur du culte wagnérien, il produit ses opéras en français depuis 1891, brave la censure d’après-guerre, et réhabilite les livrets allemands au rythme d’une production par saison jusqu’en 1998. Cette institution normande devient alors le vestibule poétique de ses pairs,       et mérite ce soir, son titre honorifique de Bayreuth… sur scène.

                                                    Praskova Praskovaa

 
En partenariat avec classiquenews.com

 

Richard Wagner Der Fliegende Höllander

Opéra en trois actes

Livret de Richard Wagner

Créer à Dresde en 1843

Direction musicale Ben Glassberg
Mise en scène, conception vidéo Marie-Ève Signeyrole
Assistanat à la mise en scène Katja Krüger
Scénographie Fabien Teigné
Costumes Yashi
Lumières Philippe Berthomé
Vidéo Céline Baril
Dramaturgie Louis Geisler
Chefs de chant Kate Golla, Matthew Fletcher
Chef de chœur Gareth Hancock
Pianiste des chœurs Philip Richardson

Le Hollandais Alexandre Duhamel
Daland, un marin norvégien Grigory Shkarupa
Senta, sa fille Silja Aalto
Erik, un chasseur Robert Lewis
Mary, nourrice de Senta Héloïse Mas
Le Pilote de Daland Julian Hubbard

Coproduction Opéra Orchestre Normandie Rouen, Opéra national de Lorraine

Chœur Accentus / Opéra Orchestre Normandie Rouen

Théâtre des Arts

Mardi 27 janvier 2026 à 20h00

Vendredi 30 janvier 2026 à 20h00

Dimanche 1 février 2026 à 16h00

Audiodescription – Tarif famille

Mardi 3 février 2026 à 20h00 – Gilets vibrants

Durée

2h20, sans entracte

En allemand, surtitres en français

Tarif A

De 10 à 85 €

 

 

 

 

 

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Dans la loge de Kazuki Yamada.. Le chef d’orchestre deviendra à compter de la saison 2026/2027, chef principal et directeur artistique du Deutches Symphonie-Orchester Berlin ( DSO) pour une durée de trois ans. https://praskovaa.com/2025/10/01/dans-la-loge-de-kazuki-yamada-le-chef-dorchestre-deviendra-a-compter-de-la-saison-2026-2027-chef-principal-et-directeur-artistique-du-deutches-symphonie-orchester-berlin-dso-pour-une-duree-de/ Wed, 01 Oct 2025 07:46:02 +0000 https://praskovaa.com/?p=2337

Un rêve minuscule

 

C’est à l’occasion de la cinquième édition du concours international de chefs d’orchestre Evgeny Svetlanov à Monte-Carlo, que nous rencontrons Kazuki Yamada directeur musical et artistique de la Philharmonie. Ce chef, très apprécié des scènes internationales qui cumule nombre de fonctions, a connu un parcours exceptionnel. Il se présente ici comme un membre du jury à l’écoute de jeunes chefs talentueux qui concourent. Chef permanent de l’orchestre Philharmonique du Japon, directeur musical du Yokohama Sinfonietta et directeur musical du Chœur Philharmonique de Tokyo, il sera conseiller artistique et directeur principal de l’Orchestre de Birmingham en 2023.

Réservé mais accueillant, il s’exprime d’un ton feutré dans un sourire énigmatique désarmant. Dans son visage clair comme celui d’un enfant, percent des yeux pétillants. Altruiste c’est avec générosité qu’il dévoile peu à peu la ferveur de son tempérament et l’engagement de sa quête artistique.

Praskova – Maestro bonjour, actuellement jury du concours international de chefs d’orchestre Evgeny Svetlanov , que pensez-vous du rayonnement de cette manifestation et du niveau des 18 candidats retenus ?

Kazuki Yamada – C’est un bonheur. Au tout début, j’ai été un peu surpris du niveau des candidats d’une très grande qualité. Vraiment attractif. Les 18 participants ont chacun leur manière de faire, leur propre technique et leur propre conception musicale. Je l’ai constaté. Ils ont eu un laps de temps très court. Durant 20 minutes, même les moins performants ont pu montrer comment ils créaient la musique et comment ils installaient la confiance entre eux et l’orchestre.

C’était vraiment intéressant, parfois étonnant mais en tant que jury nous devions choisir et ce ne fut pas si facile. Je me réjouis d’ailleurs de suivre la suite, nous verrons qui choisir.

Praskova – Que pensez-vous de cette opportunité pour la phalange de Monaco et de son interaction dans ce contexte particulier ?

kazuki Yamada – A vrai dire , maintenant c’est un peu comme un supplice, mais l’orchestre accomplit un travail fantastique. Les musiciens se démènent, voulant suivre et supporter les candidats à 100/100.

Il faut comprendre que pendant cette compétition ce ne sont pas uniquement les candidats qui progressent, mais l’orchestre aussi, qui s’adapte et se développe. Comment réagir aux différentes façons de diriger, comment changer immédiatement d’énergie, sentir la profondeur d’une ligne mélodique, mais pas trop et tout ce genre de choses. En définitive, je suis très fière du résultat et d’une telle flexibilité de la part des musiciens. C’est un beau projet qui se réalise, c’est très encourageant pour nous tous. Je suis touché par leur implication.

Praskova – En 2009, vous remportez le 51 Concours de chefs d’orchestre de Besançon, quel est la nécessité de tels concours et quel impact peuvent-ils avoir sur une carrière ?

Kazuki Yamada – Si je me rappelle avec justesse, l’un des candidats actuel François Lôpez – Ferrer a également gagné cette compétition il y a une dizaine d’année. Aujourd’hui, au premier tour il n’a pas été retenu par le jury. Une situation très délicate, mais que cela peut-il vouloir dire. Un exemple dont il faut tirer un enseignement. Normalement beaucoup de jeunes chefs pensent que s’ils remportent un concours, ils vont diriger dans la foulée de grands orchestres étrangers. Ce n’est pas certain. Ainsi, lors de ma propre expérience, ce ne fut pas le cas et malgré ce beau challenge envers moi-même et l’aide apportée par le concours de Besançon, cadeaux et concerts, il n’y avait pas vraiment de travail. Les concours n’étant qu’une étape d’un cheminement certain, J’ai pu comprendre que pour faire cette carrière il est impératif de trouver quelqu’un qui croit en vous. Un agent sur, afin d’être soutenu.

Praskova – Quelles sont, selon vous, les taches et les responsabilités auxquelles un chef doit faire face et les qualités nécessaires pour faire ce métier ?

Kazuki Yamada – Bien sûr, le travail de chef d’orchestre est très prenant et très varié. Vous créez la musique et il faut toujours s’améliorer. Par moment vous devez trouver la bonne atmosphère, pas uniquement pour la musique, mais aussi pour aider les musiciens qui peuvent être fatigués. Comment générer cette motivation pour faire évoluer l’orchestre ? Cela est une des tâches d’un directeur musical et tout cela est normal. Cependant cela devient plus délicat lorsque nous devons trouver des partenariats ou des sponsors. Aux États-Unis par exemple, la vie des chefs est très dure. Après chaque concert, il y a des fêtes avec du beau monde ou vous devez vous rendre pour trouver des financements.
Ici à Monaco, tout est tellement plus rassurant et fluide, bien que je sois très occupé. Il faut penser et faire. Maintenant c’est le temps de la compétition Svetlanov, je suis membre du jury, concentré sur la prestation des candidats.
Finalement, ce qu’il y a de plus simple est de préparer un concert. C’est évidemment un point essentiel, car nous devons réaliser cela. Nous connecter et appréhender quelque chose de magique pendant les répétitions. Trouver la chimie idéale.

Pour cela, nous devons beaucoup apprendre et pas seulement en musique. Lire des partitions avec attention, ce qu’il y a plus simple, mais également nous cultiver. Cela demande beaucoup de connaissances sur la nature, la science, la société et la philosophie. Tout ça peut nous connecter à la musique. C’est ma façon de voir les choses, celle de me fondre dans un autre espace. Je dis toujours que j’ai besoin de ressentir la température, le parfum et la couleur de la musique qui a besoin de ces trois éléments. Mais comment l’obtenir alors que la partition n’est faite que de blanc et de noir. Ceci vient à mon sens en cultivant la curiosité, afin d’exprimer la personnalité de chacun. En percevant ces choses, cela peut peut-être marcher. Tout ce qui concerne l’orchestre est réglable. C’est le bon tempo, oui, non… c’est trop vite, pas assez, piano, forte etc. Cependant je veux aller plus loin et entendre de cette octave un arc en ciel… Bien sûr, il est possible de diriger totalement d’une manière didactique, mais pour moi-même il me faut de la fantaisie. En définitive, je veux faire un miracle, mais pas seulement pour moi-même, car il y a d’immenses chefs comme Abbado à Berlin, Zubin Metha ou Herbert Blomstedt qui le font parfois pour eux-mêmes. Moi, je ne peux pas, j’ai besoin du feeling de l’orchestre, de sa puissance et aussi du public pour y parvenir. Personne d’ailleurs ne sait comment y arriver, mais je veux toujours essayer.

Avant de faire tout ça, je réalise pendant cette compétition que la musique devrait être une conversation d’âmes à âmes. Si le chef montre son esprit et son cœur à la phalange, il aura en retour sa sympathie issue de Symphonie. Elle lui dévoile alors son esprit et son cœur et cela crée une conversation. C’est ma philosophie, mais comment lire ou découvrir cette atmosphère mystique ?

Praskova – Quel genre d’enfant musicien étiez-vous, quel fut votre premier émoi musical ?

Kazuki Yamada – Au tout début il y avait un piano à la maison et j’étais probablement curieux. J’ai commencé à apprendre vers 5 ans. J’étais aussi dans un chœur d’enfant et j’adorais chanter c’était inné, mais alors que j’adorais le piano je détestais le travailler. Après avoir mué vers 15 ans, ce qui est la destinée des hommes et même si je voulais continuer, je ne pouvais plus rester dans le chœur car ma voix s’élargissait dans le grave. Mon professeur voyant mes difficultés m’a dit simplement « Dirigez, s’il vous plaît… Je suis fatiguée de le faire ». Ce fut une bonne chose, car j’ai commencé à diriger le chœur. À cette époque, j’étais plus mûre et j’ai vraiment voulu m’engager dans la musique… J’ai pris des cours de piano, et cette fois je me suis beaucoup investi. Après, lors de mes études supérieures, il y avait un club avec une Harmonie dont je suis devenu percussionniste. Je n’étais pas extraordinaire mais j’ai beaucoup appris. Je jouais de la batterie, des timbales, du xylophone, du vibraphone, des cloches, des congas et du Marimba. L’Harmonie était toujours dirigée par les étudiants et chaque année il fallait sélectionner un nouveau chef. Je suis donc aussi devenu le chef d’une Harmonie. Je ne pensais pas devenir musicien car je savais que cette vie-là était très difficile pour survivre financièrement. Peu de gens y arrivent, mais j’imagine qu’ils n’ont pas assez de talent. J’avais donc 17 ans lorsque le professeur du chœur me proposa de diriger un orchestre pour un temps très court. : « Puisque vous dirigez aussi une fanfare, pourquoi ne pas essayer un orchestre ? » On me proposait 10 minutes d’intervention à la fin d’un concert lors d’un rappel de rideau nécessaire pour le chef principal. C’était un petit orchestre mais très professionnel et j’avais dix minutes. Dix minutes de trac, dans une sorte d’extase sans vraiment toucher le sol. Mais je pensais, peut-être, peut être que je pourrais devenir chef d’orchestre. Et j’ai travaillé. Ce fut une expérience miraculeuse.

Praskova – En 2023 vous prendrez la direction de l’orchestre de Birmingham, quelle sera la couleur de votre programmation ?

Kazuki Yamada – Là, Oui Birmingham est un orchestre inouï. C’est un rêve. Seigneur, Simon Rattle, Sakharov, Nelsons y étaient et à présent c’est moi ! J’ai immédiatement réalisé que je prenais la direction d’un des meilleurs orchestres du monde. C’est un peu comme si vous alliez au bal, ou quelque chose en ce sens. Nous pourrions aborder beaucoup de répertoires, mais nous n’en ferons pas autant que ça. Je fais du répertoire anglais : Helgar, Holst, Britten, car débutant avec eux comme chef, j’ai vraiment besoin de me plonger dans leur culture.

Praskova – Quels sont vos liens de prédilections avec la France ?

Kazuki Yamada – Réellement, J’aime la France, mais comment expliquer cette sensation. J’aime l’esprit français qui n’est pas l’esprit anglais qui lui est le « Spirit ». Ce n’est pas du tout la même chose pour moi, ce n’est pas le même mot. L’esprit français inclus beaucoup de lignes mystérieuses. Je peux apprécier la culture française et son histoire qui a de véritables connexions avec l’histoire du Japon de la moitié du dix-neuvième siècle qui se déversa aussi sur l’Europe. C’est pourquoi Puccini écrivit Mme Butterfly et Debussy fut inspiré par les impressionnistes. Cela a été effectué de la culture japonaise vers la culture française. C’est donc ici qu’apparaît le fondement de mon esprit. Après, Ravel et Debussy ont fait l’effort de se tourner vers les États-Unis et le Jazz. C’est une chose absolument merveilleuse ces interactions entre les cultures japonaise, française, américaine qui se mélangent et de revenir par la suite sur la culture africaine. Ce pot-pourri de couleurs et de sensations est très important pour diriger des œuvres et notamment la musique française. Malgré tout, même si un chef n’a pas exactement le bon esprit mais que l’orchestre l’a, il peut réussir. Par exemple, je suis japonais, je n’ai pas toujours le bon esprit mais je peux le ressentir et parvenir à l’obtenir de l’orchestre. C’est l’harmonie du sang.

 Praskova – Avez-vous un rêve maestro ?

Kazuki Yamada – Toujours, … Oui, pour moi, peut-être un jour Bayreuth, Berlin ou le Philharmonique de Vienne, Pelléas, ce genre de choses, mais c’est si loin.

Non. Maintenant, nous ne pouvons pas penser qu’à nous, il y a plus important. La musique doit réellement apporter l’harmonie, quelquefois même de pays à pays. Pour la Russie et l’Ukraine c’est très difficile, on est parfaitement d’accord, mais il y a d’autres endroits qui vivent les mêmes peines : l’Inde et le Pakistan, Israël, le Japon et la Corée etc. L’harmonie, elle, n’a pas de frontières on peut la vivre à travers la musique. D’ailleurs quand les gens ont une expérience extraordinaire avec la musique, il n’y a plus aucune ligne de démarcation. Mon approche n’est pas politique et mon rêve est minuscule. Partageons et gardons cette harmonie. Et de mon autre main, je dirais : « Take it easy ! ».

 

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Dans la loge de Jean Menconi pour la venue du Pape Francescu en Corse https://praskovaa.com/2024/12/13/dans-la-loge-de-jean-menconi-2/ Fri, 13 Dec 2024 15:32:16 +0000 https://praskovaa.com/?p=2160

Musset le dit si bien

 

 » C’est cette voix du coeur qui seule au coeur arrive »

 

Consacré comme une des plus belles voix corse, Jean Menconi demeure un artiste atypique dans le paysage musical insulaire. De sa carrière rayonnante, souvent hors Showbiz, il ne doit la reconnaissance de son art qu’au don permanent de lui-même qu’il met en exergue lors de ses nombreuses prestations.

De son allure, il possède le charme et l’élégance de ses origines italiennes et celle d’une voix de ténor lyrique dont il a hérité. Ces yeux d’un noir profond révèlent d’autres sources créatrices qui animent un caractère fidèle, impulsif et celui d’une volonté immuable.

Chanteur à tout heure, il déploie une étendue vocale remarquable dont l’éclat d’une puissance rare est magnifié par un timbre charnel et soyeux qu’il a su dompter et adapter à l’éclectisme de son répertoire. Par ailleurs, musicien autodidacte, batteur émérite, guitariste chevronné, il reste avant tout un homme de scène, aimé et respecté.

Afin de générer son propre univers, fervent défenseur de l’identité corse et de sa culture, il s’est approprié un mixte envoutant de chants rauques traditionnels qu’il a mélangé au groove coloré des sonorités anglo-saxonnes, dépassant par leurs décibels les effluves survoltées du Rock dans lequel il excelle.

Ouvert sur le monde et sa mixité, n’hésitant jamais à bousculer les styles, il revisite parfois les standards de la variété internationale. C’est le cas notamment d’un de ses succès plébiscités : une reprise de l’Alléluia de Léonard Cohen traduit en langue corse, qu’il se plait à donner sur scène avec un gospel.

C’est lors d’une révélation musicale quasi mystique, qu’il compose un Ave Maria corse. Un hymne à la Vierge pour ce croyant inspiré qu’il chantera le 15 décembre 2024 à Ajaccio lors de la venue du Saint père sur l’île, et à Paris à Notre-Dame, le 20 février 2025 pour la première messe corse donnée dans la cathédrale.

Ce travailleur acharné pourvu d’une résilience physique et mentale hors du commun, est un véritable troubadour des temps modernes. Il se produit inlassablement et partout avec la même générosité d’âme. Passant d’une place de village ou l’on danse, à un Zénith bondé et bouleversé ou l’on pleure. Il sillonne ainsi la France et l’Europe afin de faire triompher la quintessence de son art et celui de la chanson corse.

Fait pour le live des grandes scènes, il galvanise son auditoire par l’effusion de ses émotions et la fougue impétueuse qu’il révèle dans son savoir-faire. Que ce soit en déployant ses riffs impérieux de guitare, où en élevant sa créativité vocale dans une palette de couleurs flamboyantes. Lors de ses concerts, il partage cette passion renouvelée avec ses musiciens en symbiose avec son charisme intemporel, et celle d’un public de tout âge, bien souvent d’aficionados, qu’il rend toujours heureux.

 

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Dans la loge de Jean Menconi pour la venue du Pape Francescu en Corse

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Dans la loge de… Andris Poga, jeune chef letton invité du Festival de Radio – France, Montpellier. https://praskovaa.com/2016/07/12/dans-la-loge-de-andris-poga-jeune-chef-letton-invite-du-festival-de-radio-france-a-montpellier/ Tue, 12 Jul 2016 13:21:00 +0000 https://praskovaa.com/?p=312

Andris Poga, la baguette du destin

 

Lors du dernier concert de l’Orchestre de Paris à Pleyel, j’ai rencontré Andris Poga, jeune chef letton, authentique et talentueux. Après avoir reçu en 2010 la consécration ultime au concours Svetlanov de chef d’orchestre, il mène depuis une carrière internationale dans un élan irrésistible ! Son allure altière lui confère une autorité affable, mais son regard acéré sur l’orchestre, et l’amplitude aérienne de sa direction tel un aigle royal, souligne avec ferveur le dessein de sa quête.

Praskova – Maestro, combien de langues parlez-vous ?

Andris Poga – Je parle letton, et très bien le russe puisque c’est ma seconde langue. Anglais, un peu de français, et un peu plus d’allemand ayant passé un an à Vienne pour mes études. En tout cas, suffisamment pour pouvoir travailler avec un orchestre. Pour les gens de l’Europe du nord le français est plus ardu. Pour des latins, le parler et l’inverse paraît assez évident ; Cependant, pour nous c’est plus complexe, car les règles sont très contraignantes. En comparaison, l’anglais moderne est une langue plus sèche comme simplifiée. C’est plus un langage direct de communication.

Praskova – Quel genre d’enfant musicien étiez-vous, et quelle a été votre première exaltation musicale ?

Andris Poga – Vous savez, beaucoup de gens originaires de Lettonie abordent la musique à travers le chant, la chorale, ou des formations vocales diverses de chœurs professionnels ou non. Toutes ces choses, mais pas moi, jamais ! Lorsque j’étais enfant, ma première expérience fut avec la musique instrumentale. Au début, j’ai appris à jouer un peu de piano comme tout gamin, mais j’ai vite changé pour les instruments à vent. D’ailleurs, même si j’étais trompettiste à l’origine, j’ai eu besoin de tester tous les autres vents, et les pratiquer afin de mieux les connaître. Cela m’a permis d’établir ma pensée, car chaque approche instrumentale est bien distincte. La mienne, s’est érigée sur l’étude des vents, bien que similaire à celle de chanter, mais elle a fixé ma vision instrumentale du travail d’orchestre. J’avais dix ans environ lorsque j’ai rejoint le monde de la musique, je jouais d’un instrument dans l’orchestre de mon école, et cela m’a tant passionné, que j’ai décidé que ce serait ma voie.

Praskova – Quel est votre point de vue sur les tâches et les responsabilités auxquelles un chef d’orchestre se doit ?

Andris Poga – C’est une question compliquée actuellement, car mon point de vue et mes pensées à ce sujet ont beaucoup évolué. Plus vous embrassez cette profession de chef, plus vous en comprenez le fonctionnement. Mon professeur disait : “ Dans cette profession, il y a un sérieux gâchis dû inévitablement à un environnement, mais cet environnement pour un chef d’orchestre professionnel est comme un océan infini ». Plus vous explorez cet océan, plus vous en découvrez ces richesses ou ces leurres, et avant d’atteindre l’horizon, même si vous en avez les capacités, vous n’êtes jamais tout à fait prêt. Pour moi, la beauté de cette profession est d’explorer continuellement. Ce n’est pas comme dans d’autres métiers plus directs où vous attendez la fin d’un processus, pour avoir des réponses en toutes choses. Pour nous, la profession de chef d’orchestre est plus comme une philosophie. Il y a beaucoup plus de questions que de réponses ! Lorsque vous travaillez un programme avec un orchestre ou un soliste, il y a un certain nombre d’éléments qui sont purement professionnels. Vous devez mettre en place certaines choses, suivre certaines directions, et vous devez finaliser la demande. Vous êtes dans l’obligation de vous répondre à vous-même et aux musiciens, tout en étant confronté à des décisions incertaines. Parfois, à la fin de la journée, certaines de ces décisions n’ont pas été les bonnes mais vous devez les garder. C’est assez malaisé, et cela dépend en grande partie de l’orchestre et de la musique que vous dirigez. Il y a beaucoup de chefs, disons spécialisés, qui dirigent du Baroque, et il y a une vraie science à connaître pour le Baroque. Aussi, je préfère rester prudent avec cela, je ne m’y aventure pas. Même si j’adore Bach, je préfère l’écouter plutôt que de le diriger. L’instinct qui me guide n’est pas suffisant pour ce répertoire, n’ayant pas les connaissances suffisantes. Quand je pense par exemple à la Passion selon saint Matthieu, une œuvre renversante, je pourrai peut-être l’aborder un jour.  Ce sera un vrai challenge. Émotionnellement, instinctivement oui, mais pour l’instant je préfère m’abstenir. Et puis, quand c’est le bon moment, vous essayez !

Praskova – Aujourd’hui, vous dirigez le dernier concert de l’année à Pleyel avec l’Orchestre de Paris, vous avez été assistant de Paavo Jarvi pendant trois saisons après l’engagement du concours Svetlanov, comment s’est passé votre collaboration avec le maître et l’orchestre ? Voir « Le Combat des chefs » de 2010

Andris Poga – Avant tout, je suis vraiment heureux d’avoir été capable de travailler avec Paavo pendant trois saisons. Il m’a appris beaucoup, car j’ai assisté à ses répétitions avec l’orchestre, et dans des répertoires très divers. Chaque programme que j’ai pu aborder avec lui a été d’un riche enseignement. J’ai eu notamment la possibilité de voir et de comprendre, comment se forme une interprétation. Si vous assistez à un concert, ou regardez un D.V. D., vous ne voyez que le résultat final. Si vous vous impliquez dans un processus, vous comprenez comment parvenir à ce résultat. C’est une expérience bien plus enrichissante pour un chef. En outre, d’avoir assisté au développement de cette relation entre Paavo et l’Orchestre de Paris était très formateur. C’est un peu comme dans une relation humaine, vous donnez et vous prenez. Lorsque Paavo et ses musiciens sont en connexion et en symbiose avec le répertoire, cela crée une réelle explosion musicale. Ils sont si enthousiastes, que lorsqu’ils aiment une œuvre, ils l’explorent vraiment sur scène. J’ai vécu cette expérience avec eux au moment où les musiciens s’investissent pleinement, et où ce travaille en tant que jeune chef devient magique. Pour atteindre cette qualité là, vous devez être dans l’action pour anticiper ce qui arrive, et constater ce qui fonctionne ou non. D’ailleurs, où que ce soit, quand vous passez un certain temps avec un orchestre, c’est un peu comme si on vous offre un diamant. Comment dire, chaque formation a ses propres lois, et vous devez parvenir à les saisir pour construire une relation de confiance valable. A l’orchestre de Paris, les musiciens ont été d’excellents supporters avec moi, et j’ai vraiment ressenti leur appui dans tout ce que nous avons fait ensemble. Durant notre saison j’ai remplacé deux chefs : Georges Prêtre et Mikko Franck. J’ai eu beaucoup de chance ou finalement pas tant que ça, car pour Mikko, ce fut vraiment au tout dernier moment, soit horriblement stressant. Vous savez, dans ce cas extrême, l’orchestre vous aide toujours. Même s’ils ont besoin de vous, car ils ont besoin d’un chef, il faut être assez intelligent pour les laisser jouer, car là, ça peut vraiment fonctionner. Cet orchestre est composé de fortes personnalités. C’est un orchestre de solistes. Parfois même, lorsque vous leur demandez un peu plus de discipline dans leur jeu, cela peut leur donner quelques difficultés, même dans le cas d’un vrai solo. Cette individualité artistique est délicate à gérer, mais tellement française. Bien que j’aie déjà dirigé une douzaine de phalanges dans ce pays, l’Orchestre de Paris reste la plus fameuse formation de direction de personnalités que j’aie eu à régir. Comme ils sont de vrais bons instrumentistes, ce n’est pas si facile de dealer avec eux, et pour tous chefs j’imagine. Mais, à la fin, si vous les autorisez à jouer et surtout comme ils veulent, cela peut devenir merveilleux.

 A propos de la Lettonie

 

Praskova – Depuis 2013 vous êtes le directeur musical de l’Orchestre national symphonique letton. Comment le faites-vous évoluer et à travers quelle programmation ?

Andris Poga – Oui tout à fait. Cet orchestre a une riche tradition d’archets. Il possède d’excellents instrumentistes venant d’une école russe de cordes très connue, développant chez eux un son riche et expressif. C’est un orchestre national, le premier orchestre de notre pays, et il se doit d’assumer cette responsabilité. Il joue beaucoup, et aborde tous les spectres de musique symphonique. Cela va de la musique nationale, à tout ce que vous devrez faire habituellement : Beethoven, Brahms, Mahler, des opéras occidentaux, pas mal de contemporain. Enfin, toute la musique symphonique russe, très confortable pour eux, ayant depuis longtemps leur lot de tradition russe. Durant la saison, nous essayons vraiment d’équilibrer tous ces répertoires. Pour moi-même, j’essaye de prendre des œuvres dans lesquelles je me sens juste. En engageant les meilleurs chefs possibles, notamment dans le répertoire classique, viennois ou la musique russe, je me sens rassuré d’avoir de grands professionnels pour faire travailler nos musiciens. Pourtant, ce n’est pas toujours facile, et cela coûte cher, mais nous le faisons pour faire progresser l’orchestre. Quelquefois, nous rappelons même des chefs avec qui nous avons déjà collaboré, car nos musiciens souhaitent qu’ils reviennent. En qualité de jeune chef d’orchestre et de premier directeur de programmation, il est de mon devoir de ne pas toujours être sur scène pour préparer des concerts. Je dois aussi suivre artistiquement ce qui se passe en arrière-plan, veiller au niveau de nos instrumentistes, et à celui de nos chefs invités. Je dois également planifier des programmes musicaux attractifs ou éducatifs pour le public et m’occuper du jeune public. Cette tâche reste une des lignes prioritaires éducatives à suivre pour chaque orchestre, mais il je dois encore organiser des tournées à l’étranger.

Praskova – On parle d’excellence au sujet des chœurs lettons, qu’en est-il ?

Andris Poga – En Lettonie, il y a une vraie tradition chorale, et nous avons des chœurs magnifiques. La plupart du temps, ils sont constitués de chanteurs professionnels, et ils sonnent professionnels. On les demande partout, ils voyagent partout, et ont de très bonnes relations avec les grands orchestres : le Concertgebouw, le Bayerischer Rundfunk, le Philarmonique de Hambourg, et également plusieurs orchestres russes comme le Symphonique d’état de Russie, etc. Ils sont spécialisés dans le grand répertoire symphonique ; les Carmina Burana, les grands Oratorios comme Jeanne au bûcher d’Honegger, le Requiem de Mozart, de Verdi, des œuvres de Berlioz, Dvorak, Britten, etc. Je les ai dirigés deux fois l’an passé, et vraiment apprécié qu’ils aient un son si particulier. Leur qualité et leur niveau d’expression n’est pas seulement professionnel, parce que nous avons cette tradition, mais, même au niveau professionnel, ils sont au plus haut niveau qui soit.

Praskova – Vous serez à Paris le 18 mai 2015 pour le Requiem de Verdi au Théâtre des Champs Élysées, accompagné de l’Orchestre et du chœur national Letton, comment abordez-vous la direction de cette pièce religieuse inclassable ?

Andris Poga – Concernant mon approche du Requiem de Verdi, il y a cette phrase connue : « Le Requiem de Verdi, est le plus grand opéra que Verdi n’ait jamais écrit ! ». C’est une expression avec laquelle je ne suis pas tout à fait d’accord, car le sujet et la structure de ce Requiem en sont très différents. Il est vrai aussi que la partie mélodique, et plusieurs parties orchestrales, sont très semblables à ce que Verdi a écrit dans Aida ou Macbeth. On le ressent dans le rythme, le caractère de l’orchestration, et l’atmosphère qui en est semblable. Verdi ayant été un compositeur d’opéras, je ne suis pas convaincu que l’ampleur du développement orchestral d’origine, a vraiment été conçue pour une église, mais plutôt pour une salle de concert. C’est une création originale à part, qui transporte le religieux hors de l’église. Même si le sujet exprime à travers chacune de ces phrases une signification mystique, la musique de Verdi, elle, lui donne une autre perspective vibratoire. Dans une vision parfaitement démocratique, je dirai que son message s’adresse à beaucoup plus de gens, que ceux qui vont à l’église. C’est un message universel. Il y a d’ailleurs une similitude frappante avec la fin de la neuvième Symphonie de Beethoven. Bien que le sujet et le message soient différents, l’idée et la vision sont semblables.

Praskova – Vous serez à nouveau en France au Touquet en août 2015, l’invité d’Yvan Offroy pour son festival “Piano Folies”, avec l’Orchestre Svetlanov, et enchaînerez avec le festival de la Roque d’Anthéron. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Andris Poga – C’est effectivement à l’occasion d’une tournée que nous faisons avec l’Orchestre Svetlanov, pour une première collaboration avec cette formation, que nous avons l’honneur d’être invité par Yvan Offroy dans son festival. Ce qui est très important pour moi en tant que chef élevé à ce rang lors du concours Svetlanov, c’est qu’à ce concert nous jouerons La quatrième Symphonie de Tchaïkovski. Une des plus difficiles, celle avec laquelle j’ai remporté cette compétition. C’est donc une lourde responsabilité, car l’orchestre me connait de réputation. Nous avons déjà commencé à travailler, et c’est un fait, ils attendent beaucoup de moi. Concernant la symphonie de Tchaïkovski, je la dirige trois ou quatre fois par saison. Nous l’avons d’ailleurs fait à Riga dernièrement, et ce sera le troisième orchestre russe avec lequel je la dirige. Il y a eu aussi l’Orchestre national symphonique Fedoseyev-Tchaïkovski à Moscou. Malgré cette responsabilité supplémentaire. je suis très heureux de pouvoir commencer cette tournée en France au Touquet, Et, d’enchaîner avec la Roque-d’Anthéron, avec deux concerts, dont celui de clôture du festival. Nous jouerons deux programmes distincts qui ne sont pas encore établis n’étant pas le seul à décider. C’est une chance de pouvoir engager cette relation en France, afin de voir ce qui se passera, puisque je serai l’invité de ce même orchestre à Moscou en février 2016.

L’opportunité de l’année

 

Praskova – Depuis 2013 vous êtes le directeur musical de l’Orchestre national symphonique letton. Comment le faites-vous évoluer et à travers quelle programmation ?

Andris Poga – Oui, c’était un concours de circonstances imprévisibles qui m’a offert cette occasion inespérée. Pour un jeune chef d’être invité à ce niveau-là, avec un orchestre d’une telle notoriété, et qui a tant de traditions, ce fut un vrai défi. Cependant, je n’aurais jamais pu imaginer que notre connexion aurait pu être si bonne. Une telle possibilité pour un jeune chef peut vite devenir amère, et vous propulser dans une situation pitoyable. Dans mon cas, j’ai essayé d’être préparé au maximum. J’ai tout de suite réalisé que je pouvais faire de mon mieux, mais que je ne pouvais pas faire mieux. Alors, j’ai fait comme j’ai pu. Si cela marchait c’était bien, si cela ne marchait pas, « c’est la vie ! ». Les premières répétitions furent laborieuses des deux côtés. Pourtant, dès la seconde fois, j’ai pu expérimenter ce dont je m’étais m’imprégné à la première écoute, et ce que j’avais pu comprendre au premier abord. Les musiciens, n’avaient jamais entendu parler de ce nom là en tant que chef, ils ne me connaissaient pas, mais, ils s’appliquaient. Par la suite, j’ai appris d’un journaliste allemand, qu’ils étaient très sceptiques au tout début. Malgré cela, ils n’étaient pas trop inquiets, connaissant parfaitement leur répertoire Strauss : un met traditionnel de l’orchestre de Munich. Finalement, après cette seconde répétition, j’ai pu établir une bonne connexion avec eux, et cela m’a rendu confiant. Nous avions trois programmes différents pour quatre concerts. Le dernier concert eut lieu à Taipei, dans une salle fantastique à la sonorité et à l’atmosphère irréelle. Nous fîmes un programme Strauss inhabituel à la demande des organisateurs, avec : Ainsi parla Zarathoustra suivi de la Symphonie Alpestre, après l’entracte. C’était captivant, et totalement inusuel de faire cette combinaison « mortelle », une tâche colossale pour les instrumentistes, qui demandait tant. Mais tout le monde y survécut. Durant ce concert, j’ai vraiment ressenti que nous pourrions développer tout cela. Ayant reçu depuis une invitation des musiciens pour la saison prochaine, je suis comblé, car apparemment ils ont pensé comme moi. Ce sera une joie de les retrouver dans d’autres répertoires, pour un retour prometteur, je l’espère !

Praskova – Avez-vous d’autres projets en Allemagne ?

Andris Poga – Oui, d’autres concerts se profilent. En octobre 2015 avec le magnifique Orchestre de Hambourg que je n’ai pas encore dirigé, et un autre orchestre admirable, celui de Leipzig en mars 2016. Pour un jeune chef, c’est un véritable rêve, bien que j’essaye de rester les pieds sur terre ! Lorsque vous travaillez avec ce type de phalanges, il n’est pas suffisant de connaître l’œuvre. Vous devez apporter quelque chose d’autre, une idée. Pas neuve bien sûre, car on ne peut jamais dire qu’on apporte quelque chose de neuf quand on dirige du Dvorak, mais, l’on doit y apporter sa vision, c’est essentiel. Quelque chose de personnel, c’est exactement ça ! Si vous prenez une partition, vous ne direz jamais : « Ce n’est pas du Beethoven », « c’est du moi ! ». C’est idiot et prétentieux, car vous dépendez aussi de l’orchestre. Si l’on prend des orchestres de catégorie A, comme ceux de Paris, Munich, Leipzig, Berlin Dresde, Vienne, vous devez leur apporter quelque chose de consistant, de riche. Mais, s’ils ne sont pas d’accord, ou s’ils ne comprennent pas votre version, ça devient très dangereux. Ce ne sont pas des machines mais des êtres humains avec lesquels il faut argumenter, et lorsque vous devez parlementer avec des individus de ce niveau, il ne faut pas se tromper de répertoire ! Ce message s’adresse surtout aux jeunes chefs qui reçoivent beaucoup de propositions, car il est préférable de ne pas tout accepter, si l’on ne se sent pas à la hauteur. En prenant tout et n’importe quoi, on se fait vite une mauvaise réputation !

Praskova – A propos, vous êtes toujours en corrélation avec l’organisation du concours Svetlanov, peut-être avez-vous quelques mots à dire sur cette édition de 2014 ? Voir « La Horde des chefs »

 Andris Poga – C’est exact, j’ai suivi avec attention les noms des jeunes chefs, et j’en connaissais quelques-uns, notamment Lio Kookmann qui fut le lauréat. La saison dernière, il était mon assistant à l’Orchestre de Boston. Il me semble aussi qu’au dernier tour il y avait un estonien impliqué, Mihhail Gerts, et un jeune compatriote Andris Rasmanis. J’ai suivi les résultats avec attention, et nous avons discuté avec les organisateurs de qui était qui, comment était le niveau, comment étaient les participants, etc. Vous savez, lorsque vous êtes chef, vous avez besoin de talent, de travail, mais aussi de succès. C’est très important, car il y a beaucoup de gens capables qui n’ont jamais la possibilité de montrer qu’ils ont du talent. Moi-même, j’ai eu cette chance avec le concours Svetlanov. Je souhaite donc succès et réussite à tous ces jeunes chefs qui s’investissent dans des compétitions.

Praskova – Maestro avez – vous un rêve ?

Andris Poga – Je ne sais pas, c’est si loin. J’ai déjà accompli des choses que je ne pouvais pas imaginer faire, même si ce n’était qu’un rêve. Mais je ne peux pas rêver. C’est dangereux de rêver ! Je dois me concentrer, et être conscient de tout ce qui arrive. Cette saison était très chargée, mais celle de 2015 / 2016 l’est encore plus. Je dois préparer du répertoire, travailler avec différents orchestres de mentalités différentes, et me rendre dans différents endroits. Tout cela est au présent, l’avenir aussi ! ¶   

            

 Praskova Praskovaa

 

Orchestre National du Capitole de Toulouse

Direction musicale : Andris Poga

Piano : Lucas Debargue

Programme :

Ravel – Concerto en sol

Berlioz – Symphonie fantastique

Salle Pleyel, Paris

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Dans la loge de… Andris Poga. Chef d’orchestre, pour le 7ème Festival des « Piano-Folies » au Touquet. du 15 au 23 août 2015. https://praskovaa.com/2015/06/05/dans-la-loge-de-andris-poga-chef-dorchestre-pour-le-7eme-festival-des-piano-folies-au-touquet-paris-plage-du-15-au-23-aout-2015/ Fri, 05 Jun 2015 13:52:38 +0000 https://praskovaa.com/?p=322

Zoom sur Andris Poga, invité surprise des « Piano-Folies »

 

Plus de 60 concerts pour cette nouvelle édition des festivités estivales musicales du Touquet. Un calendrier insolent pour « Les Pianos Folies », avec la promesse de voir défiler plus d’une centaine d’artistes internationaux, dont une salve pianistique de noms slaves illustres : Lugansky, Berezovsky, Tsybakov, Mangova, etc. Afin de magnifier son festival de musique classique dédié à l’art du clavier, Yvan Offroy a souhaité inviter cette année l’Orchestre Symphonique national de Lettonie dirigé par Andris Poga, son incroyable directeur musical. Le maestro et sa phalange se produiront le 17 Août au palais des congrès à 20h30, dans un concert d’exception, aux côtés de la fougueuse pianiste Evelyne Berëzovski. A cette occasion, nous avons pu rencontrer ce jeune chef fascinant, afin qu’il nous parle de son travail, après, notamment, la représentation bouleversante du Requiem de Verdi au Théâtre des Champs-Élysées.

Praskova – Quel éblouissement musical ! Comment faites-vous pour diriger avec tant d’aisance, cette pièce religieuse inclassable de Verdi ?

Andris Poga – Vous savez, le Requiem de Verdi est le plus grand opéra que Verdi n’ait jamais écrit. Et même, si je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette phrase, car le sujet et la structure de ce Requiem sont très différents. La partie mélodique et plusieurs parties orchestrales, sont très semblables à ce que Verdi a écrit dans Aida ou Macbeth. On le ressent dans le rythme, le caractère de l’orchestration, et l’atmosphère qui en est semblable. Verdi ayant été un compositeur d’opéras, je ne suis pas convaincu que l’ampleur du développement orchestral d’origine ait été vraiment conçue pour une église. Mais plutôt, pour une salle de concert. C’est une création originale à part qui transporte le religieux hors de l’église. Même si le sujet exprime à travers chacune de ces phrases une signification mystique, la musique de Verdi, elle, lui donne une autre perspective vibratoire. Dans une vision démocratique, je dirai que son message s’adresse à beaucoup plus de gens que ceux qui vont à l’église. C’est un message universel. Il y a d’ailleurs une similitude frappante avec la fin de La neuvième Symphonie de Beethoven, bien que le sujet et le message soient très différents, mais l’idée et la vision sont semblables.

Praskova –  Maestro, vous serez l’invité d’Yvan Offroy avec l’Orchestre Symphonique national de Lettonie pour son festival des Piano Folies en août 2015, pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Andris Poga – C’est une chance de pouvoir engager cette relation en France pour une première collaboration avec Yvan Offroy, dans son festival, les Pianos Folies. Nous aurons l’honneur de nous produire dans un concert de musique russe, où nous présenterons trois œuvres phares de trois compositeurs Russes célèbres : l’Ouverture de Ruslan et Ludmila de Glinka, le Concerto de piano n°3 de Rachmaninov avec la talentueuse Evelyne Berezovsky, et la Symphonie n° 4 de Tchaïkovski. Ce qui est très important pour moi en tant que chef élevé à ce rang lors du concours Svetlanov, c’est que nous jouerons cette Symphonie n°4 de Tchaïkovski, une des plus difficiles, celle avec laquelle j’ai remporté cette compétition. Concernant cette symphonie, je la dirige 3 ou 4 fois par saison, nous l’avons joué dernièrement à Riga, et aussi avec l’Orchestre national symphonique Fedoseyev -Tchaïkovski à Moscou. Notre phalange a l’habitude de jouer traditionnellement de la musique Russe. Nous avons pas mal d’instrumentistes aguerris, qui savent parfaitement comment jouer cette musique, l’aborder, et la comprendre. Ce type même de musique est ancré dans les profondeurs de notre Orchestre. Elle parle à l’âme, et chaque musicien ici sera heureux de la jouer, afin de partager ses émotions avec le public du Touquet.

A propos de l’Orchestre Symphonique national de Lettonie

 

Praskova – Depuis 2013 vous en êtes le directeur musical à Riga, c’est presque un engagement patriotique, comment faites-vous évoluer cette phalange qui vous ai chère et à travers quelle programmation ?

Andris Poga – Oui tout à fait. Cet orchestre a une riche tradition d’archets. Il possède d’excellents instrumentistes venant d’une école russe de cordes très connue qui développe chez eux un son riche et expressif. C’est un orchestre national, le premier orchestre de notre pays et il se doit d’assumer cette responsabilité. Il joue beaucoup, et aborde tous les spectres de musique symphonique. Cela va de la musique nationale, à tout ce que vous devrez faire habituellement : Beethoven, Brahms, Mahler, des opéras occidentaux, pas mal de contemporain, enfin, toute la musique symphonique russe très confortable pour eux, ayant depuis longtemps leur lot de tradition russe. Durant la saison, nous essayons vraiment d’équilibrer tous ces répertoires. Pour moi-même, j’essaye de prendre des œuvres dans lesquelles je me sens juste. En engageant les meilleurs chefs possibles, notamment dans le répertoire classique, viennois ou la musique russe, je me sens rassuré d’avoir de grands professionnels pour faire travailler nos musiciens. Pourtant, ce n’est pas toujours facile, et cela coûte cher, mais nous le faisons pour faire progresser l’orchestre. En qualité de jeune chef d’orchestre, et de premier directeur de programmation, il est de mon devoir de ne pas toujours être sur scène pour préparer des concerts. Je dois aussi suivre artistiquement ce qui se passe en arrière-plan, veiller au niveau de nos instrumentistes, et à celui de nos chefs invités. Je dois également planifier des programmes musicaux attractifs ou éducatifs pour le public, m’occuper du jeune public. Cela, reste une des lignes prioritaires éducatives à suivre pour chaque orchestre. Enfin, organiser des tournées à l’étranger.

Praskova – Maestro, je suis intriguée, combien de langues parlez-vous ?

Andris Poga – Je parle letton et très bien le russe puisque c’est ma seconde langue. Anglais, un peu de français, et un peu plus d’allemand ayant passé un an à Vienne pour mes études. En tout cas, suffisamment pour pouvoir travailler avec un orchestre. Pour les gens de l’Europe du nord, le français est plus ardu. Pour des latins, le parler et l’inverse paraît assez évident, mais pour nous, c’est plus complexe car les règles sont très contraignantes. En comparaison, l’anglais moderne est une langue plus sèche comme simplifiée. C’est plus un langage direct de communication.

Praskova – Quel genre d’enfant musicien étiez-vous ?

Andris Poga – Vous savez, beaucoup de Lettons abordent la musique à travers le chant, la chorale ou des formations vocales diverses de chœurs professionnels ou non. Moi, jamais ! Enfant, ma première expérience fut avec la musique instrumentale. Au début, je jouais un peu de piano comme tout gamin, mais, j’ai vite changé pour les instruments à vent. D’ailleurs, même si j’étais trompettiste à l’origine, j’ai eu besoin de tester tous les autres vents, et les pratiquer afin de mieux les connaître. Cela m’a permis d’établir ma pensée, car chaque approche instrumentale est bien distincte. La mienne, s’est érigée sur l’étude des vents, bien que similaire à celle de chanter, mais elle a fixé ma vision instrumentale du travail d’orchestre. J’avais dix ans environ lorsque j’ai rejoint le monde de la musique. Je jouais d’un instrument dans l’orchestre de mon école et cela m’a tant passionné que j’ai décidé que ce serait ma voie.

Praskova – En 2010 vous avez remporté le Concours Svetlanov des chefs d’orchestre, cela vous a t’il aidé ? Voir « Le Combat des chefs »

Andris Poga – Oui, c’est exact. Vous savez, lorsque vous êtes chef, vous avez besoin de talent, de travail, mais aussi de succès. C’est très important car il y a beaucoup de gens capables qui n’ont jamais la possibilité de montrer qu’ils ont du talent. Moi-même, j’ai eu cette chance avec le Concours Svetlanov. Je souhaite donc succès et réussite à tous ces jeunes chefs qui s’investissent dans des compétitions.

Praskova – Quel est votre point de vue sur les tâches et les responsabilités auxquelles un chef d’orchestre se doit ?

Andris Poga – C’est une question compliquée à l’heure actuelle, car mon point de vue et mes pensées à ce sujet évoluent sans cesse. Plus vous embrassez cette profession de chef, plus vous en comprenez le fonctionnement. Mon professeur disait : “ Dans cette profession, il y a un sérieux gâchis dû inévitablement à l’environnement, mais cet environnement, pour un chef d’orchestre professionnel, est comme un océan infini ». Plus vous explorez cet océan, plus vous en découvrez ces richesses ou ces leurres. Mais, avant d’atteindre l’horizon, même si vous en avez les capacités, vous n’êtes jamais tout à fait prêt. Pour moi, la beauté de cette profession est d’explorer continuellement. Ce n’est pas comme dans d’autres métiers plus directs, ou, vous attendez la fin d’un processus pour avoir des réponses en toutes choses. Pour nous, la profession de chef d’orchestre est plus comme une philosophie. Il y a beaucoup plus de questions que de réponses ! Lorsque vous travaillez un programme avec un orchestre, ou un soliste, il y a un certain nombre d’éléments qui sont purement professionnels. Vous devez mettre en place certaines choses, suivre certaines directions, et vous devez finaliser la demande. Vous êtes dans l’obligation de vous répondre à vous-même et aux musiciens, tout en étant confronté à des décisions incertaines. Parfois, à la fin de la journée, certaines de ces décisions n’ont pas été les bonnes mais vous devez les garder. C’est assez malaisé, et cela dépend en grande partie de l’orchestre et de la musique que vous dirigez. Par exemple, il y a de nombreux chefs disons spécialisés, qui dirigent du Baroque, et il y a une vraie science à connaître pour le Baroque. Me concernant, je reste prudent avec cela, je ne m’y aventure pas. Même si j’adore Bach, je préfère l’écouter plutôt que de le diriger. L’instinct qui me guide n’est pas suffisant pour ce répertoire, n’ayant pas les connaissances suffisantes. Quand je pense par exemple à la Passion selon saint Matthieu, une œuvre renversante, je pourrai peut-être l’aborder un jour, ce sera un vrai challenge. Émotionnellement, instinctivement oui, mais pour l’instant, je préfère m’abstenir. Et puis, quand c’est le bon moment vous essayez !

Praskova – Après la France avez-vous d’autres projets à l’étranger ?

Andris Poga – Oui, en Allemagne, d’autres concerts se profilent en octobre 2015 avec le magnifique orchestre de Hambourg que je n’ai pas encore dirigé, et l’orchestre admirable de Leipzig en mars 2016. Pour un jeune chef, c’est un véritable rêve bien que j’essaye de rester les pieds sur terre ! Lorsque vous travaillez avec ce type de phalanges, il n’est pas suffisant de connaître l’œuvre, vous devez apporter quelque chose d’autre. Une idée, pas neuve bien sûre, car on ne peut jamais dire qu’on apporte quelque chose de neuf quand on dirige du Dvorak par exemple. On doit y apporter sa vision, c’est essentiel, quelque chose de personnel, c’est exactement ça ! Si vous prenez une partition vous ne dites jamais « Ce n’est pas du Beethoven, c’est du moi ! ». C’est idiot et prétentieux car vous dépendez aussi de l’orchestre. Si l’on prend des orchestres de catégorie A comme ceux de Paris, Munich, Leipzig, Berlin Dresde, Vienne…, vous devez leur apporter quelque chose de consistant, de riche. S’ils ne sont pas d’accord, ou qu’ils ne comprennent pas votre version., alors, ça devient très dangereux, car ils ne sont pas des machines mais des êtres humains avec lesquels il faut argumenter. La difficulté arrive, lorsque vous devez parlementer avec des individus de ce niveau, il ne faut pas se tromper de répertoire ! Ce message s’adresse surtout aux jeunes chefs qui reçoivent beaucoup de propositions, car il est préférable de ne pas tout accepter si l’on ne se sent pas à la hauteur. En prenant tout et n’importe quoi, on se fait vite une mauvaise réputation !

Praskova – Maestro, avez–vous un rêve ?

Andris Poga – Je ne sais pas, c’est si loin. J’ai déjà accompli des choses que je ne pouvais pas imaginer faire, même si ce n’était qu’un rêve. Mais, je ne peux pas rêver, c’est dangereux de rêver ! Je dois me concentrer et être conscient de tout ce qui arrive. Cette saison était très chargée, mais celle de 2015/2016 l’est encore plus. Je dois préparer du répertoire, travailler avec différents orchestres de mentalités différentes, et me rendre dans différents endroits. Tout ça, est au présent, l’avenir aussi, mais il me tarde de connaître le Touquet ! ¶   

 

Praskova Praskovaa

Touquet , paris plage

 

Orchestre Symphonique National de Lettonie

Direction musicale : Andris Poga
Pianiste : Evelyne Berezovsky
Programme : Glinka, Rachmaninov, Tchaïkovski
Palais des congrès • Place de l’Hermitage • 62520 Le Touquet-Paris-Plage
Réservations : Office de Tourisme
Tel : 03 21 06 72 00
Bureau du festival à partir du 4 juillet
Tel : 03 21 05 14 29
Lundi 17 août 2015 à 20h30
De 10 € à 40€                                                                         
www.letouquet.com

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Dans la loge de… Florian Zeller, auteur de « la Vérité », Théâtre Montparnasse, Paris. https://praskovaa.com/2011/04/05/dans-la-loge-de-florian-zeller-auteur-de-la-verite-theatre-montparnasse-a-paris/ Tue, 05 Apr 2011 13:41:04 +0000 https://praskovaa.com/?p=319

« Je ne devrais pas donner d’interview »

 

Florian Zeller n’est pas en promotion, il a le vent en poupe. Écrivain et dramaturge prodigues, il est dans l’air du temps ! Ce personnage romanesque fréquente les théâtres privés, les plateaux télé, la gente parisienne et draine un public d’inconditionnels. Il vient d’enchaîner deux pièces avec succès : « la Mère » (qui ne m’a malheureusement pas convaincue), et « La Vérité ».

Avec son allure aérienne en baskets chics, le cheveu d’or broussailleux, enveloppé dans un polo pied-de-poule gris-noir, la mine ombrageuse, c’est au Théâtre Montparnasse que nous nous rencontrons pour un bout de conversation tonique…

Praskova – Déjà professeur à Sciences-Po à l’âge de 22 ans, comment a débuté cette passion pour l’écriture.

Florian Zeller – Je n’ai pas de souvenirs littéraires forts. Alors que j’étais enfant, j’étais dans une famille où il n’y avait pas de livres. C’est plutôt à l’adolescence que j’ai eu mon premier geste d’écriture : ma première pièce, Il faudra bien lui dire non, mais c’était très mauvais.

Praskova – Après un passage remarqué en littérature (la Fascination du pire, prix Interallié 2004, et Julien Parme en 2006), vous vous consacrez soudain à la dramaturgie. Pourquoi ?

Florian Zeller – Ce n’est pas une désertion à proprement dit de l’écriture romanesque. Je prépare à cet effet un livre qui sortira probablement en septembre, la jouissance. Mes livres anciens appartiennent déjà à une préhistoire qui n’a plus de rapport avec rêveries, ou mes préoccupations d’aujourd’hui.

Ce que j’aime dans le théâtre, c’est être derrière. Cela me convient davantage, car il est possible de ne pas apparaître. L’écran des acteurs, celui de la disparition, permet de ne pas avoir à faire acte d’existence. Au contraire, la publication et la promotion littéraire me sont désagréables, elles abîment le désir d’écrire, l’écriture et la sérénité. Quand on sort un livre, on appartient aux autres pendant un certain temps. C’est une agitation astreignante. De toute manière, je n’ai pas réussi à échapper à cela par manque de légèreté. D’ailleurs je ne suis pas en promotion, je ne devrais pas donner d’interview !

Praskova – Après une pièce grave, la Mère, vous composez un vaudeville effervescent, la Vérité. A propos de légèreté, quel est votre sentiment sur ce type de pièce, et la légèreté des êtres en général ?

Florian Zeller – A propos de la Vérité, vaudeville est un mot que j’aime bien, il entraîne une grande exigence dans l’écriture. Il faut séduire les gens sans être pris au sérieux et, en même temps, il faut toucher le public à l’endroit le plus fort. Concernant la légèreté de l’être, je pense que c’est une question de tempérament ou de chimie, en quelque sorte de structure psychique et pas tellement de volonté, ni de combat. Il y a des gens qui sont disposés pour la joie et la légèreté. J’ai un ami qui est comme ça, et je vois bien à quel moment il est moins présent. Finalement, je constate à quel point c’est une capacité supérieure de pouvoir déserter tout ça, ou une lacune parfois.

Praskova – Bien que cela soit omniprésent dans votre univers, vous portez un regard décalé, amer et mélancolique, sur la sexualité amoureuse. Qu’en est-il vraiment de votre cœur et de ce rapport intime à la chair ?

Florian Zeller – C’est une réalité intermittente, donc contradictoire. C’est vrai, on m’a reproché cette froideur que je dégage dans mes romans, mais qui reflète la contradiction du désir. Je crois à la liberté, mais aussi à la contrariété. Mon rapport à la chair est libre mais contradictoire. Dans la prédominance d’un fonctionnement mental, cette froideur est le produit de la liberté et de la contrariété. Cela n’a rien à voir, bien sûr, et c’est juste un parallèle. Mais le vrai truc, c’est que j’ai une aversion pour les interviews, cela me rend de mauvaise humeur car je suis paranoïaque. Je n’ai pas envie d’apparaître, que l’on parle de moi, car cela me déplait qu’on écrive sur moi. Je vous ai dit oui, mais…  « Voulez-vous une tasse de thé ? ». Vous voyez je suis dans le retrait.

Praskova – Vos textes sont clairs, rien d’emphatique : des phrases courtes métaphoriques qui foisonnent d’éléments indicibles. Quel regard portez-vous sur votre plume ?

Florian Zeller. — En fait, ce qui me plaît c’est de travailler un matériau commun comme la phrase dénudée, sans prétention à être ou à être applaudi. En cherchant dans les coulisses de l’anodin, en des moments où se cherche et se joue l’être. C’est d’ailleurs très délicat de parler de son écriture ou de soi à quelqu’un qui pose une question sans nuances. Vous voyez, il y a des moments où je travaille, où je suis là, et des moments où je suis ailleurs. J’ai décidé de me laisser cette possibilité-là, même si cela passe parfois pour de l’impolitesse. Finalement, j’aime assez les bouteilles à la mer, on est là ou pas …

Praskova – Avez-vous des projets de cinéma, de mise en scène ?

Florian Zeller – Bien que je sois très cinéphile, non ! Je n’aimerais pas écrire ou coécrire un scénario, pour que quelqu’un d’autre le réalise à ma place. C’est un peu semblable avec la mise en scène, mais cela dépend des histoires, des êtres et des relations bien sûr. Pour la Mère, je suis parti avec Martial Di Fonzo Bo, car ce jeune argentin est un des plus grands metteurs en scène de notre génération. Vous savez la pièce que vous… Martial est très Lié à Catherine Hiegel, ils avaient travaillé ensemble à la comédie française. J’avais envie de le regarder faire ce garçon, en m’octroyant ce luxe pour m’enrichir de ses origines, de son histoire et me nourrir de lui comme on dévore la vie des autres.

Pour la Vérité, c’est Arditti qui a pensé à Patrice Kerbrat, ayant eu avec lui un contact productif sur Art de Jasmina Reza. Voulant retenter l’aventure, et comme j’étais content que ce soit Arditti, je l’ai laissé choisir. En mise en scène, je peux être présent, insupportable, ou très distant comme là avec Arditti dans la vérité où je me suis éloigné dans une sorte de légèreté supplémentaire. Il est vrai que le processus par lequel un spectacle apparaît, est une épopée passionnante, intense. Par contre, il est difficile de le vivre quand on n’a pas les moyens d’intervenir, ou quand on assiste aux choses qui se perdent, ou se dégradent. C’est particulièrement éprouvant. En même temps, c’est un processus formidable pour le metteur en scène et l’acteur, de participer à la mise en œuvre d’un spectacle par l’envers du décor, et par la préhistoire du montage. Ce sont des moments de vie très puissants, les répétitions étant un condensé supérieur de la vie.

Praskova – Pourquoi vous produisez vous uniquement dans des théâtres privés ?

Florian Zeller – Pour monter des pièces, c’est assez difficile de transgresser la frontière entre les théâtres publics et privés, qui sont des territoires séparés. Ce n’est pas comme dans la musique, plus internationale, car en théâtre les gens circulent moins. Il y a un côté périlleux à s’aventurer chez l’autre pour des raisons stupides, telles que les intérêts des uns et des autres, le goût du public, le snobisme parfois. Le prix des places est plus élevé dans le privé, mais les acteurs sont mieux payés. Ils frayent aussi avec la notoriété, et les spectateurs des théâtres publics n’aiment pas cela. Catherine Hiegel, par exemple, n’avait jamais travaillé dans le privé avant de jouer la Mère. Je sais que vous l’adorez…

P. P – « Ho, vous êtes sûre que vous n’êtes pas rancunier »

F. Z – « Si, très !»

Praskova – Pourriez-vous faire de moi une figure littéraire en quelques phrases ?

Florian Zeller – Vous prenez le risque d’être violentée !

Eh bien, je vous observe… Ce que je trouve absolument étonnant chez vous, c’est la conjonction d’un volcanisme excessif conjointement a une certaine sagesse qui vous donne la possibilité d’être sereine et sans animosité. C’est très incontrôlable. Bizarrement, vous êtes au bon endroit pour laisser passer les choses et les êtres sans vous formaliser. Vous arrivez même à vous mettre au rythme des autres tout en restant « borderline ». Il y a de la tempérance chez vous et en même temps une connexion avec le déraisonnable qui semble vous échapper. Bien que vous rassuriez, vous pouvez aussi faire peur, vous êtes dans la contradiction. Comme tout à l’heure, par exemple, où vous m’avez été très désagréable à propos de votre sentiment sur la mère. Vous allez très loin ! Les gens comme vous impriment une forme de surdité. Vous m’avez dit que je suis trop jeune pour écrire sur les femmes.

P.P – « Non ! Je n’ai pas dit sur les femmes ; J’ai dit sur les mères ! »

Florian Zeller – Bon, je ne suis pas susceptible, mais vous auriez pu dire… Je n’ai pas aimé le spectacle et ce n’est pas grave ! Ce qui m’énerve, c’est qu’il n’y a pas de frontières entre vous et le reste du monde. En fait vous avez l’impression de voir, mais vous ne voyez pas vos angles morts. D’ailleurs c’est vous qui n’avez pas su voir le spectacle, ce n’est pas le spectacle qui n’a pas existé !

Praskova – Bon, bon, un livre à lire absolument ?

Florian Zeller – Il y a plein de livres, mais il y a un livre sur lequel je reviens souvent : C’est l’Odyssée, d’Homère. J’adore la poésie méditerranéenne et le tragique solaire, je trouve que ça nourrit beaucoup. J’adore l’histoire de ce héros nostalgique. C’est le plus grand de tous, car il veut juste rentrer chez lui. J’aime particulièrement le chant V où Ulysse est pris en otage par Calypso, déesse de la sensualité, de l’amour. En échange de la vie éternelle, elle lui propose de rester auprès d’elle. Pourtant, il ne se passe pas un jour sans qu’il ne regarde la mer, l’horizon et qu’il ne pense à sa femme Pénélope et à repartir au pays d’Ithaque. Il préfère le retour à l’aventure, le connu à l’inconnu. C’est la tragédie de l’homme nostalgique.

Praskova – Auriez-vous une phrase qui vous porte ?

Florian Zeller. Oui, j’en ai une de ce matin elle ne me porte pas très loin, mais elle porte quelque chose de fort : « Le courage n’est pas l’inverse de la peur, mais son prolongement victorieux », c’est tellement vrai : on n’est pas courageux parce que l’on n’a pas peur, mais en l’éprouvant on la domine et on la vainc. Alors, pour cette interview puis-je vous faire confiance ?

Vous voyez, je suis dans la rétention et ce n’est pas la liberté, je pense que vous n’avez pas fabriqué la distorsion de la parole entre nous et ma vérité n’est pas là, c’est de votre faute vous avez rompu la confiance ! (Sourires mutuels).

 

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Les Trois Coups

 

La Vérité, de Florian Zeller

Mise en scène : Patrice Kerbrat

Avec Pierre Aditti, Fanny Cottençon, Patrice Kerbrat, Christiane Millet.

Décor : Édouard Laug

Lumières : Laurent Béal

Son : Michel Winogradoff

Théâtre Montparnasse – 31, rue de la Gaîté – 75014 Paris

Du mardi au samedi à 21 heures, matinées samedi à 18 heures et dimanche à     15 h 30

Location 28 jours à l’avance au 01 43 22 77 74

Prix des places 52 € – 48 € – 35 € – 18 €

http://www.theatremontparnasse.com

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Dans la loge de… Estéban Perroy. Fondateur de l’École Française d’improvisation théâtrale (E.F.I.T.), Paris. https://praskovaa.com/2010/10/25/dans-la-loge-de-esteban-perroy-fondateur-de-lecole-francaise-dimprovisation-theatrale-e-f-i-t-a-paris/ Mon, 25 Oct 2010 12:43:01 +0000 https://praskovaa.com/?p=302

« Notre devoir d’incandescence »

 

Après un début d’année hilarant avec le spectacle d’improvisation « Colors » au Théâtre du Gymnase, j’ai pu rencontrer son leader charismatique Estéban Perroy. En 1998, celui-ci fonde l’École Française d’improvisation théâtrale (E.F.I.T.), dont il est le gestionnaire actuel, codirigée avec Franck Porquiet. L’école installée à Paris compte plus de 300 membres. Elle est l’une des principales écoles francophones d’improvisation. Comédien puissant, charmeur inclassable ce personnage tumultueux y cumule les fonctions de formateur, scénographe et producteur. Il fait irruption au bar du Gymnase dans une tornade de bonne humeur.

Praskova – Christophe Tournier, spécialiste de l’improvisation théâtrale a écrit : « La vie est une lente impro… », Pouvez-vous éclaircir ce paradoxe selon lequel l’improvisation n’a rien d’une évidence et qu’elle nécessite d’acquérir des techniques ? N’est-ce pas contraire au principe de spontanéité qui doit présider en improvisation ?

Esteban Perroy – Avant de se lâcher dans une expression artistique, il faut maitriser certaines techniques que nous enseignons à nos élèves. En improvisation, il y a cinq données fondamentales : L’écoute active de l’autre, la crédibilisation, la construction, l’incarnation authentique des personnages et la vérité des émotions. A partir de là, on va donner à nos élèves le savoir-faire en termes d’architecture et les méthodes pour pouvoir user de ces matériaux. Ceci afin de construire leur propre maison à partir de leurs matériaux à eux : leur sensibilité, leur éducation, leur rapport à l’autre, leurs envies, leurs peurs, leurs rêves, leur culture, leurs désirs, leur corps, leur sexualité etc. Toutes ces choses-là vont être le résultat de leur improvisation, à travers leur propre sensibilité, émotivité et spontanéité.

| © Esteban Perroy

Praskova – Quel est le fonctionnement de cette école et les disciplines qui y sont enseignées ?

Estéban Perroy – On enseigne l’improvisation théâtrale de manière générale à tous les niveaux. D’une part elle regroupe des amateurs de toutes situations professionnelles qui viennent pour le plaisir et y trouvent une satisfaction intellectuelle, physique, ludique et spirituelle. D’autre part, nous avons trois ateliers réservés aux professionnels du théâtre, de la comédie ou de professions annexes. Nous ne sommes pas du tout une école pour match d’improvisation, type de spectacle qui a développé en France l’improvisation dans les années 1980. Nous n’enseignons pas la commedia dell’arte, ni le one man show, ni le burlesque, ni le sketches ou le cabaret. On est vraiment dans l’improvisation dans ce qu’elle a de plus large et d’absolu. Ce n’est pas le fait d’avoir une grande gueule, d’être plus fort que l’autre en termes de répondant, d’avoir la répartie facile, d’être exubérant ou d’être plus puissant que l’autre. C’est au contraire l’enseignement d’un art où l’on va construire des histoires en temps réel et envoyer des émotions vers un public. Cela nécessite une concentration particulière, car il ne faut pas oublier que l’autre à en lui le prolongement de vos propres limites en termes d’imaginaire, de construction de personnages, d’histoires racontées, d’énergie physique, mentale, etc. Vient ensuite la construction, dont le pilier central est la crédibilisation, avec la volonté d’enrichir le propos de l’autre en incluant la vérité de son propos initial. Cela veut dire que l’autre a toujours raison même si je ne suis pas d’accord. Et, moi je vais encore plus loin que lui en avançant dans le même sens. Bien entendu, il reste tout le travail commun au théâtre classique : la justesse dans l’incarnation des personnages, l’authenticité dans les émotions et la création de personnages sincères et concrets qui peuvent être totalement loufoques, mais qui dans leur panache seront crédibles.

Praskova – Quel type de public est touché par ces spectacles d’improvisation ?

Estéban Perroy – Depuis quelques années l’improvisation se développe. La cible du public était plutôt sur des 15 – 40 ans urbains venant des sphères estudiantines, des professions libérales ou intellectuelles supérieurs. Heureusement, on assiste peu à peu à une vulgarisation de cet art au sens noble du terme. Il intéresse de plus en plus le grand public, c’est pour cela qu’on essaie dans nos spectacles d’être le moins élitiste possible. En ouvrant notre champ d’impact, on mélange l’improvisation à la musique, parfois à la danse et à la performance scénique, en expérimentant l’ensemble dans une exigence de qualité. Il ne faut surtout pas confondre un spectacle d’improvisation avec un simple sketch, ce qui fait beaucoup de tort à l’improvisation quand elle est pratiquée de manière trop « amateur », en spectacle professionnel j’entends… Évidemment, c’est merveilleux toutes ces ligues d’amateurs, et ces groupes de jeunes improvisateurs qui proposent des spectacles toutes catégories. La discipline en est renforcée, et cela étend l’esprit de l’improvisation et sa notoriété. Mais, quand on a des prétentions professionnelles en termes de rendu et de spectacle, il est nécessaire de présenter un concept, une soirée avec une exigence minimale en matière de qualité d’expérience des comédiens. Cela, dans un vrai cadre qui va faire qu’on assiste à un vrai spectacle théâtral, d’envergure.

Colors, le spectacle d’improvisation | © Esteban Perroy 

Praskova –  Quel part de marché occupe cet art en plein développement ?

Estéban Perroy – Justement, on a vu se multiplier depuis quelques années des groupuscules d’improvisation, et on a assisté à un morcellement incroyable de la proposition artistique en termes de représentations d’improvisation à Paris ; au contraire, moins en en Province, car les ligues se sont soudées pour pouvoir exister, ayant un public moins nombreux. Par ailleurs, il y a eu prolifération de ces spectacles gratuits sur les sites Internet. Situés dans des péniches, dans des bars avec des surprises formidables, mais parfois avec des spectacles douloureux qui desservent l’image de l’improvisation et ne l’aide en aucun cas à acquérir des lettres de noblesse.

Praskova – Comment votre spécialité est-elle perçue par les cercles élitistes du théâtre classique ?

Estéban Perroy – C’est effectivement ce que je viens d’exprimer. On a parfois de la part de ces cercles élitistes une considération mitigée de notre particularité, voire même de sous-art qui est lié, je ne le conteste pas, à un certain laisser-aller, ou un amateurisme trop souvent constaté. On ne peut donc les en blâmer. La seule chose qu’on peut faire pour défendre notre art, c’est d’amener l’improvisation dans des théâtres prestigieux, tel le Casino de Paris, ou le Gymnase, et de proposer des spectacles dont le prix est le même que ceux qu’on va voir à la Madeleine ou aux Variétés. Ce n’est pas parce que l’improvisation est un art spontané, qu’il ne doit pas être cadré. A l’intérieur d’une structure maitrisée, quoi de plus extatique que de surprendre, dans des cessions en direct, d’une manière inattendue, mais cela en étant à l’intérieur d’une proposition artistique précise.

Praskova – Quels sont vos projets pour cette l’école ?

Estéban Perroy – Aujourd’hui, on travaille de plus en plus avec le monde de l’entreprise. On pense qu’il y a une nécessité croissante à mettre en place des formations où l’on remet l’individu au cœur du système et non l’inverse. Par ailleurs, on continue de développer nos spectacles. Cette année, on joue tous les dimanches au théâtre du gymnase avec Colors, qui par chance a des retours professionnels positifs et commence à fonctionner grâce à notre détermination. Chaque semaine, nous invitons un comédien confirmé et reconnu, tel Laurent Gamelon, Alain Bouzigues, Bérénice Béjot etc. Cela nous permet de poursuivre notre travail de crédibilisation dans notre proposition artistique. D’autres spectacles, comportant des défis d’improvisation, sont prévus dans de grandes salles avec des musiciens et quelques projets télé en prime.

Praskova – Une citation qui vous porte ?

Estéban Perroy – Avant hier j’ai rencontré un comédien, Franck de Lapersonne, on a beaucoup échangé sur notre métier, et il m’a dit une phrase qui résonnait en moi depuis des années, je le cite : « je crois que notre devoir est celui d’incandescence. » J’assume aujourd’hui que nous avons un devoir d’incandescence ! 

 

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Les Trois Coups

 

École d’improvisation théâtrale française É.F.I.T.

Contact : 0685353582

http://www.improvisation.org

COLORS 

Un spectacle conçu et produit par Esteban Perroy et Franck Porquiet

Avec une sélection de comédiens issus de l’École française d’improvisation théâtrale et chaque semaine un invité de renom

Théâtre du Gymnase • 38, boulevard Bonne-Nouvelle • 75010 Paris

01 42 46 79 79

http://www.theatredugymnase.com/contact.html

Métro : Bonne-Nouvelle

Tous les dimanches à 20 h 45

22 € | 18 €

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Dans la loge de … Vadim Repin, à l’occasion de son concert salle Pleyel à Paris les 13 et 14 octobre 2010. https://praskovaa.com/2010/10/10/dans-la-loge-de-vadim-repin-a-loccasion-de-son-concert-salle-pleyel-a-paris-les-13-et-14-octobre-2010-entretien-dorigine-en-anglais/ Sun, 10 Oct 2010 13:29:53 +0000 https://praskovaa.com/?p=315

Repin, l’Archet des nuées

 

C’est à l’occasion de la rentrée musicale parisienne du violoniste Vadim Repin à la Salle Pleyel, les 13 et 14 octobre 2010, avec l’orchestre de Paris sous la direction de Paavo Järvi, que j’ai pu rencontrer ce soliste fascinant. Artiste sans frontières, il sillonne la planète pour nous offrir son talent. Avec autorité et audace, il nous fascine par son agilité et nous bouleverse par ses interprétations singulières et chatoyantes. Elancé, souriant, à l’écoute, au regard laser, si dense qu’il paraît interne.

Praskova – Quels sont vos règles de vie pour avoir autant d’énergie et cette foi constante dans votre travail ?

Vadim Repin – La vie en elle-même me régénère, le rêve, le sport comme la course à pied, le tennis et le ski que j’adore, m’apporte cette fluidité physique qui m’est nécessaire. J’adore la vitesse et je skie à la manière d’un aigle ! La musique aussi est une source d’inspiration continuelle. Premièrement, je ne joue que les pièces que j’adore et assez peu de musique baroque. Bach, bien entendu, c’est essentiel pour la technique, primordial pour l’âme. Les créations et autres œuvres, je les joue une ou deux fois en concert et après…

Praskova – Comment organisez-vous votre pratique ?

Vadim Repin – Parfois, c’est le mauvais côté de ce métier, mais je travaille environ cinq heures par jour techniquement parlant. Lorsque je suis en déplacement, je prends un jour de liberté, mais je dois y retourner absolument le lendemain. Vous savez, j’ai un fils de 4 ans, il fait du football, c’est si dur la musique, vous essayez d’être le meilleur, c’est un défi permanent. A ce propos, lorsque je suis allé au concours Reine- Elisabeth, c’était pour gagner. Je ne pouvais imaginer autre chose que de remporter le prix à l’unanimité. C’était dans l’esprit de l’éducation soviétique, je n’avais pas d’autre choix et de toute manière, j’étais porté par les miens. C’est une forme de jeu politique, vous ne le faites pas pour vous mais pour le pays, et il faut dire que cela correspondait aussi à ma force de caractère. Je faisais l’impossible, j’étais concentré au maximum m’exerçant neuf heures par jour, j’en oubliais la vie pendant plusieurs mois. Je suis orthodoxe et je pense donc qu’il n’ya rien par chance, seulement des connexions. « Ce qui arrivera sera le mieux ! » C’est de moi.

Praskova – Sur quel instrument jouez-vous ?

Vadim Repin – J’ai changé mon Stradivarius Ruby 1708 contre un Guarnérius Del Gesù von Szerdahely 1736, c’est plus réel dans le toucher, bien que ce soit un violon céleste. Le son est plus concentré, il permet de jouer différemment, avec plus de précision et de concentration, d’une manière pleine et concrète plus personnelle. La sonorité est supérieure à celle du Stradivarius, qui est plus terrestre et nécessite beaucoup de soutien.

Praskova – Concernant votre agenda et vos choix artistiques ?

Vadim Repin – Je joue avant tout pour le plaisir musical, quelquefois le prestige et parfois l’amitié. Si les trois conditions sont réunies, c’est parfait. Mon agent propose, et je choisis ce qu’il ya de plus attractif. Je donne aussi un choix de programme qui correspond à l’importance du public où au lieu de la performance. Bien entendu, je propose plusieurs pièces, mais finalement, c’est souvent la pièce du moment que je préfère interpréter. D’ailleurs, si je la joue à l’instant, c’est qu’elle est ma préférée. Par ailleurs, tout dépend des opportunités et de mon programme annuel. Par exemple, avec Kent Nagano j’ai enregistré le Concerto n°2 de Prokofiev il y a 20 ans, et je vais enregistrer le n°1 dans deux ans. J’adore aussi le répertoire français : Debussy et Ravel, qui est en symbiose avec la peinture française. Néanmoins, le morceau qui me porte le plus est le Concerto de Brahms, une œuvre romantique et bouleversante. Je ne m’en lasse jamais, et chaque jour je trouve de nouvelles choses à l’intérieur.

Praskova – A propos de la France ?

Vadim Repin – Oui, je fais de nombreux concerts en France, à Paris Pleyel en octobre pour cette rentrée, mais aussi Montpellier cet été avec Radio France ou avant ça, en Avignon avec un Orchestre plus modeste. Cette soirée-là d’ailleurs fut très conviviale, car il n’est pas important finalement que l’orchestre soit grand ou petit. Nous faisons de la musique ensemble et, au moment du concert, nous essayons de partager et d’offrir le meilleur de nous-mêmes. Pour citer, entre autres, le chef Alexander Vakoulski, il possède une inspiration personnelle et professionnelle très adéquate. Au moment du concert que nous avons fait ensemble, nous avons partagé nos vues et ça a été une expérience enrichissante.

Praskova – Quels sont les grands artistes qui vous émeuvent ?

Vadim Repin – En réalité beaucoup d’artistes m’impressionnent, mais c’est Heifetz qui est mon roi de cœur. Il prend votre âme et vous habite. J’espère lui ressembler, certains le disent ! Il est intense, et avec lui en tête, vous ne pouvez jamais vous relâcher.

Praskova – Quels sont les grands orchestres et les chefs que vous appréciez ?

Vadim Repin – J’aime les phalanges de Berlin, Vienne, Boston car leur son d’orchestre est fantastique et cela reste primordial. Mais, j’aime aussi m’intégrer dans n’importe quelle formation faisant corps avec sa pâte instrumentale. Tout est bon pour s’entraîner, progresser, trouver l’intensité des couleurs et leur dénouement, d’un simple piano aux ensembles divers. Concernant les chefs, j’adore Muti, ou ce jeune chef Yamada qui confirme la règle, mais il y a toujours des exceptions. J’étais tellement excité de travailler avec lui cette année. J’aime aussi Gergiev, nous nous comprenons. Il aime faire des projets complets. Vous pouvez enregistrer avec l’orchestre et rester dans l’humeur et le style d’un même compositeur ou d’œuvres comparables, et cela me semble important. Parfois, comme pour les victoires de la musique classique en France, à Montpellier en Février 2010, nous n’avons répété qu’une demi-heure. C’était peu pour attaquer le second mouvement du Concerto de Brahms, mais il faut s’adapter. Il ya aussi Barenboim, je n’ai jamais joué avec lui, mais il est unique car il sait faire les deux : jouer du piano merveilleusement et diriger à talent égal, c’est assez rare ; Il est fantastique.

Praskova – Quel serait le diner idéal ?

Vadim Repin – Tous les diners sont parfaits, mais vraiment Oscar Wilde, … Schérazade, bien sûr…

Praskova – Une phrase qui vous porte ?

Vadim Repin – « De vivre c’est bon, mais de vivre bien, c’est mieux ! » ¶  

 

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Les Trois Coups

 

 

Concerts de l’Orchestre de Paris

Paavo Järvi, direction

Vadim Repin, violon

  • Paul Dukas, l’Apprenti sorcier
  • Camille Saint-Saëns, Concerto pour violon n°3
  • Serguei Rachmaninov, Symphonie n°2

Salle Pleyel – 252, rue du Faubourg Saint-honoré – 75008 Paris

Les 13 et 14 octobre à 20 heures

Tarifs 85 € – 10 €

www.sallepleyel.fr

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Dans la loge de … René Koering, surintendant de la musique à l’Opéra et l’Orchestre national de Montpellier-Languedoc-Roussillon https://praskovaa.com/2010/06/16/dans-la-loge-de-rene-koering-surintendant-de-la-musique-a-lopera-et-lorchestre-national-de-montpellier-languedoc-roussillon-2/ Wed, 16 Jun 2010 13:06:46 +0000 https://praskovaa.com/?p=309

René Koering, le visionnaire gestionnaire

 

 

C’est à l’occasion du changement de direction à la vie musicale montpelliéraine en 2012 que j’ai souhaité rencontrer René Koering.

Depuis 1985, le surintendant de la musique gère l’Orchestre, les deux Opéras de la ville et le Festival de Radio-France. Charismatique, doté de tous les talents, il est tour à tour compositeur, metteur en scène, gestionnaire, producteur et programmateur de génie. Il fascine son monde et communique une autre idée de la musique. Alternant de nouveaux répertoires et la tradition, il enrichit le patrimoine musical d’une pointe de facétie et d’anticonformisme. Il est une figure inévitable de notre monde musical français.

Digne, excentrique, avant-gardiste, sobre et talentueux, d’une curiosité insatiable, c’est un homme d’action, un bâtisseur. Devançant les idées, innovant sans cesse, il mène une quête perpétuelle : celle d’offrir au plus grand nombre la possibilité de pénétrer le monde trop élitiste de la musique classique et de l’opéra. Rien ne saurait corrompre son goût de partage et son amour pour la musique. Il a fait de Montpellier une place musicale forte et un rendez-vous estival évènementiel qui draine un large public d’aficionados.

Praskova – Monsieur Koering, quel a été votre premier choc musical et quel genre d’enfant musicien étiez-vous ?

René Koering – Le premier choc était ma mère jouant du piano. Au collège, élevé chez les jésuites, je voulais me distinguer des autres, car j’étais timide et ne participais pas aux rencontres de football. Du coup, les autres enfants se moquaient de moi. J’ai donc trouvé un système pour avoir une vie plus personnelle, plus attrayante : jouer du piano. Pour me démarquer un peu plus, je jouais aussi de l’orgue à l’église, ce qui me permettait d’être avec des adultes. Après, j’ai voulu être peintre, mais ma peinture n’était pas extraordinaire, je suis donc resté musicien.

Praskova – Dans quelles circonstances avez-vous quitté Radio-France, et quelle a été votre motivation pour avoir accepté ce poste-là ?

René Koering – Je n’ai pas eu le choix. J’étais venu en 1985 pour diriger le Festival de Radio-France. En 1990, Georges Frêche m’a dit que la situation devenait difficile et qu’il fallait que je vienne l’aider. Je n’avais qu’à déplacer mes bureaux de Paris et m’installer ici pour faire fonctionner l’orchestre. Qu’allais-je lui répondre ? De toute manière, le travail ne me fait pas peur, c’est la seule chose que j’aime faire dans la vie. Je ne prends pas de vacances : pour quoi faire ? Par la suite, il m’a demandé de m’occuper de l’opéra, j’ai accepté. Je l’ai fait, mais maintenant je veux passer à autre chose, j’en ai assez.

Praskova – Êtes-vous las de votre labeur, ou est-ce le climat incertain avec votre successeur Jean-Paul Scarpitta qui vous pèse ?

René Koering – J’ai nommé mon successeur, mais je me suis trompé. Il est vrai que je me suis marié 4 fois, donc je suis un peu naïf. Cela étant, j’aimerais mettre à la tête de l’Orchestre de Montpellier quelqu’un qui ne confond pas un cor anglais avec un cor des Alpes. Quoi qu’il en soit, je pars le 1e janvier 2012, car j’ai un autre contrat à honorer. Même si ce n’est pas mon successeur qui me succède, je m’en vais. Je garderai juste le Festival de Radio-France. Je ne resterai pas non plus conseiller artistique. Soit on est là, soit-on ne l’est pas ! Mon successeur fera mon travail, aidé par Marco Perrez Ramirez à la programmation. Pour l’anecdote, lorsque j’ai quitté Radio France, on m’a demandé de nommer mon successeur. Mon adjoint était formidable, je l’ai proposé : il a tenu sept mois. Comme vous voyez, je n’ai aucun talent pour choisir mes successeurs…

Praskova – Envisagez-vous de changer de directeur musical ?

René Koering – Ce n’est pas à l’ordre du jour, le contrat de Lawrence Foster prend fin en 2013. Friedman Layer parti, je ne voulais pas donner l’orchestre à un jeune comme Alain Altinoglu, qui fait une carrière magnifique à l’étranger, et c’est très bien pour lui. Alexander Vakoulski est un chef à part, de très grande qualité. Il dirige à merveille certaines œuvres, mais il n’y a pas que le talent qui compte pour diriger un orchestre. On ouvre la porte à quantité d’autres choses. Diriger un orchestre, ce n’est pas autre chose que faire de la politique. Je parle de politique musicale, car on entre alors dans un circuit privilégié, avec des produits, des solistes, des contacts et des contrats que l’on n’aurait pas sans cela.

Praskova – Après le concours Svetlanov de chefs d’orchestre, on constate que l’Orchestre créé par vous-même est à son plus haut niveau. Quel est votre regard sur son évolution et sur l’avenir des chefs lauréats ?

René Koering – Tout le monde respecte cet orchestre, nous avons fait 47 disques. Malgré cela, si Claudio Abbado voulait le diriger, il ne pourrait le faire. Je m’explique : il y a un système de marketing qui fait qu’un chef signe avec 5 orchestres et il n’en dirige pas 6. S’il vient diriger à Montpellier, sa côte tombe, et 15 autres orchestres aussi bons que le nôtre vont exiger de lui qu’ils viennent les diriger. Donc, la situation est délicate, et c’est exactement comme si on disait :  » Je vais faire venir Karajan, en oubliant qu’il est mort. ».

A propos des jeunes chefs (voir Le Combat des Chefs) que nous avons entendus, je pense que le gagnant Andris Poga réussira. Tout est musicien en lui, ces mains sont musicales, l’orchestre, même énervé, comprend tout ce qu’il veut. Alstaedt est très capable, il peut tout aborder. Hindoyan bénéficie de la vogue vénézuélienne avec le phénomène Dudamel. Il est dans l’air du temps.

René Koering | © Marc Ginot et Opéra de Montpellier

René Koering | © Opéra de Montpellier

Praskova – Votre œuvre est éditée aux éditions Salabert et la composition est une partie importante de votre carrière, avez-vous encore des projets d’écriture ?

René Koering – Oui, bien sûr, j’écris un opéra pour Monte-Carlo pour l’année prochaine, et j’ai beaucoup de commandes en attente. Je suis insupportable, car si je n’écris pas dans l’urgence, je n’écris pas. L’inspiration n’est pas un problème, je suis comme Rossini, je mets en route et ça vient. Mais je suis fainéant, même s’il n’y a qu’un moyen pour me faire écrire une partition : c’est de me payer. Tous ceux qui me connaissent le savent. Il n’y a vraiment qu’une seule façon de m’obliger, et puis … j’ai une passion pour les voitures.

Praskova – Préférez-vous que l’on vous admire en tant que gestionnaire ou en tant que créateur ?

René Koering –  J’ai beaucoup appris avec Boulez, il m’a appris à gérer. A partir du moment où j’ai un but, qu’est-ce que je fais ? La gestion est un problème intellectuel, elle permet de ne pas regarder l’œuvre comme un illuminé mais comme une chose à gérer. Comme ce ne sont pas les droits d’auteur qui me faisaient vivre en 1960, j’enseignais l’acoustique pendant deux ans à l’École des beaux-arts. Malheureusement, j’ai horreur d’enseigner. A vrai dire, je préférais faire de la radio, et c’est ainsi que je suis rentré à Radio-France. Voyant le travail que j’accomplissais, on m’a vite proposé de devenir directeur. En fait, je me suis attelé à ce travail parce que cela me permettait de vivre selon mon goût. Je pouvais écrire aussi et en toute sérénité, sans mettre ma famille en péril. Je veux que l’on comprenne bien que les deux choses sont importantes pour moi : mon travail et ma place dans la création.

Praskova – Donc, concernant la création ?

René Koering – Je suis infiniment prudent, et j’ai des connaissances extrêmement importantes. Par ailleurs, je suis doté d’une mémoire phénoménale bien que je ne fasse aucun effort. J’écris sur table au crayon noir, la couleur du noir est essentielle, ainsi que le grain du papier et l’espacement entre les lignes, sinon je suis bloqué. De toute façon, l’artiste n’est pas fait pour réussir. De tous les artistes qui ont vécu, on ne connait qu’une infime partie. Un artiste ne peut se définir par son succès même si beaucoup d’entre eux flattent le public pour l’obtenir. Mozart disait :  » J’écris deux sortes de musique, celle pour les amateurs, celle pour les connaisseurs « . En tant qu’artiste, je n’ai pas à me préoccuper du résultat. L’œuvre est là, je suis content que cela se termine, et cela me libère. La preuve : je n’ai qu’un manuscrit de moi ; les autres, je les offre à mes amis. Je vais rarement aux répétitions de mes ouvrages, parfois à la générale. Et, franchement, je n’ai pas l’intention d’aller jusqu’à Salzbourg pour écouter une de mes œuvres, que je connais déjà par cœur.

Praskova – Vous avez aussi la réputation d’être un bon chef cuisinier. Quel serait pour vous le dîner idéal ?

René Koering –  C’est vrai en partie : je fais la cuisine deux fois par jour. Vous savez, j’ai invité l’orchestre à dîner, 120 personnes J’ai même fait le service avec mes deux aides. J’avais très envie de faire la cuisine pour eux. Ils étaient sidérés, ils m’ont même demandé si j’avais quelque chose à leur annoncer ou à leur demander. Je leur ai préparé : un foie gras, un agneau au four de trente-six heures, un veau au four de douze heures et une tatin. J’ai l’intention de le refaire pour le Festival, j’aime faire plaisir.

Praskova – Auriez-vous une phrase qui vous porte ?

René Koering –  » J’ai connu toutes les déchéances, y compris le succès » (Cioran).

 

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Les Trois Coups

 

 

 

René Koering

Surintendant de l’Opéra et l’Orchestre de Montpellier – Languedoc – Roussillon

CS 89024* 34967 Montpellier cedex2

11 boulevard Victor Hugo * 34000 Montpellier
Tel : 04 67 60

http://www.orchestre-montpellier.com/
Photo : @ Marc Ginot et Opéra de Montpellier

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