Critique – Concert – Praskova Praskovaa https://praskovaa.com Les voix précieuses Thu, 22 May 2025 15:59:17 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 https://i0.wp.com/praskovaa.com/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Logo.png?fit=32%2C32&ssl=1 Critique – Concert – Praskova Praskovaa https://praskovaa.com 32 32 210560557 Philharmonique de Radio France, direction Myung-Whun Chung, piano Seong-Jin Cho, Philharmonie de Paris. https://praskovaa.com/2019/02/01/philharmonique-de-radio-france-direction-myung-whun-chung-piano-seong-jin-cho-philharmonie-de-paris/ Fri, 01 Feb 2019 18:27:17 +0000 https://praskovaa.com/?p=619

Myung-Whun Chung, le tao du bonheur 

La Philharmonie de Paris reçoit le Philharmonique de Radio France pour un concert prestigieux dédié à Tchaïkovski. Ce programme trouve son originalité en présence d’un trio d’artistes coréens en symbiose. Des têtes d’affiche audacieuses, pour honorer le compositeur avec l’ancien directeur musical de l’orchestre, Myung-Whun Chung, le jeune concertiste en vue Seong-Jin Cho, et la violoniste super-soliste, Ji-Yoon Park, nouvelle recrue de la phalange.

effet, cette programmation dont la hardiesse débutait par le concerto de piano N°1 en si bémol mineur op.23 de Tchaïkovski, ne m’a pas semblé judicieuse quant au choix de son exécutant. Malgré une prestation prometteuse par le prodige de vingt-quatre printemps Seong-Jin Cho, idole montante du clavier à la technique irréprochable, il n’en reste pas moins que le choix de cette pièce demeure une rude épreuve. Une œuvre écrasante, en dépit de l’engagement absolu de cet artiste angélique, talentueux, élégant .

Affrontant inévitablement le choc du premier mouvement, Seong-Jin se voit dans l’obligation de surévaluer son intensité sonore, jusqu’à décoller de son séant afin d’habiter le joug des traits, et celui d’un legato maestoso insuffisant.. Cet effort musculaire intensif immédiat, entraîne un état d’incertitude, quant à l’énergie nécessaire à fournir pour achever ce mouvement magistral, sans se tarir. Parvenant avec brio à optimiser son labeur, il convient d’être ébahie par cette démonstration impeccable, oscillant entre élans d’agressivité et délices sonores. C’est plutôt au second mouvement dans un tempo lent, que cet artiste se révèle dans sa simplicité et son approche sensorielle. Plus à sa dimension, il nous envoûte par un stratagème d’intonations fluides et perlées. Le doigt vite au fond de la touche, il imprime sa signature, distribuant les sons avec délicatesse et sensualité. Cependant, l’esthétique romantique allargando de ce passage, sonne de plus en plus impressionniste. Une perception suave, mais trop éloignée de la pâte romantique attendue propre à ce répertoire. C’est à fortiori, lors du dernier mouvement, arraché avec un certain panache et beaucoup de courage, que Seong-Jim parvient encore à éblouir l’assistance. Soutenu par la cadence échevelée de l’orchestre sans effets de rubato, il est royalement porté par la direction sobre et cadrée de Chung, qui à mon sens à compris le problème. Ce chef s’adapte parfaitement au jeu, et aux capacités actuelles du jeune soliste. Un travail remarquable certes, mais une montagne sacrée à gravir, l’obligeant à se surévaluer et à bousculer une nature faite, à coup sûr, pour d’autres univers musicaux mieux appropriés : Debussy, Ravel, etc. C’est à ce propos, lors d’un bis épuré offert au public, que la perception de cette volonté illimitée s’est effacée au profit d’une respiration libérée, souple, dans une atmosphère fluide et détendue; celle de son émotion pure afin de nous ravir.

Seong-Jin Cho - Pianiste, Philharmonie de Paris. Direction Myung-Whun Chung | © Brescia e Amisano

 Seong- Jin Cho – Pianiste

Après l’entracte, l’entrée du chef charismatique Myung-Whun Chung est vraiment différente. L’orchestre au complet est attentif. La perception spirituelle qui se dégage du climat ambiant, est proche de celui d’une grande messe. Les instrumentistes accoutumés aux exigences et aux qualités incroyables de leur directeur musical, paraissent en apnée de ce qui va suivre. Le public bourdonne comme une ruche. La tension augmente jusqu’à un silence pesant. La Pathétique, chef d’œuvre tant attendu pour un moment de bonheur musical à vivre. Avec ce chef-ci, ou ce chef-là, il y a  tant de différences musicales possibles qui peuvent éclore de cette musique formidable. Un voyage éternel vers l’inconnu, avec la prémonition latente de ce moment ; la version d’untel, ou d’untel…

D’un pas élancé, Chung se dirige vers l’estrade et empoigne l’égrégore du lieu. Il se redresse le visage éclairé d’un investissement cérébral intense, et émerge d’une méditation profonde. Sans partition, dans un sourire énigmatique, il semble s’émouvoir, se connecter à l’œuvre, à sa mémoire, à son tempo, à un flux sonore perceptible afin d’étendre son emprise sur l’espace. Lorsqu’il lève sa baguette il est proche de l’hypnose. Il semble d’ailleurs qu’il déverse sa puissance, à travers sa sérénité mentale, son savoir. Sa version de la Pathétique vibre tel le couronnement mystique d’une longue carrière. Un immense Monsieur dans sa maturité, qui magnifie le déferlement sonore de sa  phalange. Chung nous propulse dans l’univers de sa pensée, un monde aérien et ordonné fait de clarté.

Sa proposition est intériorisée, emprunte de beauté et de dignité. Dans l’élan de l’écriture, il s’émeut autour d’une gestuelle proche d’une danse ancestrale, stable, sans débordements. Une énergie inépuisable émane de lui. Un premier mouvement fulgurant, un second en dentelle. Le troisième s’étire dans une valse à cinq temps. Tel un écho, il s’enroule autour d’un tempo modéré mais grisant. Ce choix féerique légèrement embrumé, donne l’impression d’être perçue d’une pièce éloignée, ou d’un souvenir lointain. Le dernier mouvement se déplie alors d’archets en archets, dans un flux ascendant poignant qui s’évapore. Il s’égrène comme des spasmes de vie, retombant gravement à l’appel du gong, pour s’engouffrer vers l’inéluctable. Les instrumentistes galvanisés par cette harmonie fulgurante, semblent répandre le flot de leur âme, pour générer cette musique sublime. Ils s’accrochent à cet ermite majestueux, ce chef formidable dont la lanterne flamboyante éclaire l’osmose énergétique de l’ensemble. Nous sommes dans un temple sacré, pour une version mystique de la Pathétique, le public est subjugué, en méditation…

 

Praskova Praskovaa

 

Orchestre Philharmonique de Radio France

Myung-Whun Chung, direction
Seong -Jin Cho, piano
Ji-Yoon Park, violon solo

Philharmonie de Paris
Vendredi 1er février 2019 à 20h30

Programme

Piotr Ilyitch Tchaikovski

Concerto pour piano et orchestre n°1 en si bémol mineur, op 23

 Allegro non troppo e molto maestoso – Allegro con spirito

Andantino simplice – Prestissimo –

Tempo I – Allegro con fuoco

Symphonie n°6 en si mineur, op 74  » Pathétique »

1. Adagio – Allegro non troppo

2. Allegro con grazia

3. Molto – vivace

4. Adagio lamentoso

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Staatskapelle de Dresde, direction Christian Thielemann, piano Lars Vogt, Théâtre des Champs-Élysées https://praskovaa.com/2014/03/21/staatskapelle-de-dresde-direction-christian-thielemann-piano-lars-vogt-theatre-des-champs-elysees/ Fri, 21 Mar 2014 14:47:13 +0000 https://praskovaa.com/?p=552

Thielemann, l’étoffe des héros

 

Dans le cadre des orchestres étrangers invités au Théâtre des Champs-Élysées, la Staatskapelle de Dresde investit les lieux avec « Des héros et des dieux ». Cette formation, fondée en 1548, propose un concert pour les puristes dans la grande tradition du manifeste pangermaniste sous l’autorité quasi mystique du chef berlinois Christian Thielemann.

Plus un petit fauteuil rouge de libre dans la belle salle boisée du théâtre des Champs ! C’est un concert prestigieux sous la houlette de Christian Thielemann et de sa vénérable phalange, qu’il dirige depuis 2012. On a d’ailleurs en mémoire l’ovation qu’ils avaient reçue dans ce même lieu l’an passé, lors d’un concert inoubliable pour le bicentenaire de la mort de Richard Wagner. Il faut se dire que l’orchestre de la Staatskapelle – l’un des plus anciens à créer nombre d’opéras de Weber, Strauss ou Wagner…, parfois même sous leur direction – a eu à sa tête un défilé de célébrités musicales : Fritz Busch, Karl Böhm, Giuseppe Sinopoli et plus près de nous Myung-whun Chung, Daniel Harding, Georges Prêtre, Vladimir Jurowski. Parallèlement, il faut savoir que Thielemann a ses adeptes. Chef invité à Bayreuth et conseiller musical du même festival depuis 2010, il est le nouveau directeur du Festival de Pâques à Salzbourg, entre autres, considéré comme un des plus grands spécialistes du répertoire romantique allemand. Une salle chauffée à blanc, un public international, et pour l’anecdote, la présence bienveillante de deux alter ego du maestro dans la salle : Philippe Jordan, directeur musical de l’Opéra de Paris depuis 2007, nouveau directeur musical de l’Orchestre symphonique de Vienne, et Daniel Gatti, chef de l’Orchestre national de France, dirigeant de l’Opéra de Zurich depuis 2009. Oui, du beau monde…

Vingt heures : Orpheus de Liszt (1854). Un son incroyablement aérien mais d’une densité abyssale envahit l’espace et vous prend à la gorge. La transparence chromatique des cordes, telle une longue plainte sans vibrato forcené, diffuse des ombres éthérées, celles des enfers. Elle est entrecoupée d’interventions subtiles et cotonneuses des vents et des cuivres, bien que rien ne rompe l’enchantement de cette atmosphère divine soutenant un chant de harpes célestes. Clin d’œil certain au maître Wagner ayant surnommé l’orchestre « la harpe merveilleuse ». À peine dix minutes pour ce prologue, dont le charme désuet sert d’amuse-bouche à cette soirée qui s’articule autour du mythe d’Orphée.

Le Concerto pour piano nº 4 de Beethoven qui suit est certainement le plus beau des cinq, très inventif. Il est conçu comme une fantaisie pour piano et une symphonie pour orchestre. Lars Vogt (soliste), germanique également, héros du clavier et ancien héros des stades avec une carrière de footballeur professionnel à son actif, nous livre une version vigoureuse et enlevée de l’œuvre. Très physique dans son jeu, il délivre une technique puissante grâce à des doigts d’acier qui percutent les touches comme des marteaux de cristal. Sa lecture consciencieuse du texte donne à sa version de beaux clairs-obscurs propres au « Sturm und Drang » (« Tempête et élan »). Thielemann, en symbiose avec l’artiste, développe une direction solide habitée par une énergie virile sans écarts exacerbés de pathos ou de vibrato pesant. La vivacité des attaques, la clarté de l’émission orchestrale porte le chant pianistique dans un élan jubilatoire malgré l’agressivité impérieuse de certains traits à la main droite. Du vrai Beethoven, épuré, dans le respect absolu de la tradition. Le premier et le dernier mouvement ainsi que les deux cadences jonglent avec cette fluidité des éléments mélodiques et rythmiques et se combinent avec des effets brusques en sforzando. Cette interprétation, dans la lignée des pièces conçues pour pianoforte, ménage ainsi ses effets de couleurs, et offre à l’auditeur une succession d’émotions incandescentes propres aux états d’âmes romantiques sans y ajouter de liquide sirupeux. Pour le second mouvement analogue à l’écriture d’un opéra, la ligne mélodique du clavier, tel un aria de bel canto, délivre la longue prière d’Orphée. Peu de délicatesse pour Vogt, mais l’orchestre, lui, fait des merveilles ponctuant le chant d’accords à la manière d’un récitatif bref et concis. Bien que l’on retrouve cette forme d’euphorie suave dans l’atermoiement d’Orphée propre au modèle de Gluck, là encore aucun excès de rubato, ça avance. Comment ne pas songer à cet instant précis, avec un parfum de nostalgie, à l’élégance enchanteresse de Willem Kempf dans ce second mouvement…

Magnifique savoir-faire

C’est probablement pour le dernier volet de ce concert que Thielemann déploie son magnifique savoir-faire en exprimant toute l’essence de son talent à travers la potentialité de sa formation. La longue tradition straussienne de cet orchestre qui a créé un grand nombre d’opéras et d’œuvres de Richard Strauss en fait l’instrument idéal. Le poème symphonique de Richard Strauss Une vie de héros, le dernier aux accords autobiographiques, rassemble l’ensemble des thèmes musicaux de chacun des personnages mythiques du compositeur, que ce soit Don Quichotte, Zarathoustra, Don Juan, voire Orphée. Une célébration qui correspond bien à la renommée du grand prêtre du groove romantique germanique. À travers son propre parcours, son engagement musical impressionnant et sa détermination rigoureuse et créative, le serviteur inspiré ressuscite l’âme straussienne. Thielemann, sans artifices supplémentaires sous une baguette ample et mesurée, déploie une gestuelle vive tel Cyrano maniant l’épée. Pourfendeur délicat et raffiné, offrant un tempo galvanisant toujours juste, le maestro opère sans partition.

Sous sa conduite sans faille, les instrumentistes au taquet livrent une ligne d’archets translucide et dense, dans le respect de la lecture harmonique de l’œuvre et de son orchestration. À cet égard, la musicalité de Yuki Manuela Janke, violon solo, est un délice. Concernant les pupitres, chaque trait instrumental est dessiné avec précision. Les tempi sont dynamiques et porteurs. Les cuivres graves ont des intonations précises et grondantes, les trompettes lumineuses claquent sans débordement. Cette perfection musicale provoque une véritable exaltation mystique de l’auditoire. Le grand maître Christian Thielemann, héros inspiré, s’accroche au ciel et défie les dieux devant un public bouche bée. Une leçon d’orchestre ! Un coup d’œil discret aux deux chefs présents en dit long ! 

 

           Praskova Praskovaa

Les Trois Coups

 Staatskapelle de Dresde

Direction : Christian Thielemann

Piano : Lars Vogt

– Franz Liszt (1811-1886)

Orpheus, poème symphonique

– Ludwig van Beethoven (1770-1827)

Concerto pour piano nº 4 en sol majeur op. 58

  1. Allegro moderato
  2. Andante con moto
  3. Rondo (vivace)

Entracte

– Richard Strauss (1864-1949)

Une vie de héros, poème symphonique, op. 40

Avec Yuki Manuela Janke violon solo

  1. Le héros
  2. Les adversaires du héros
  3. La compagne du héros
  4. Certitude de la victoire
  5. Le champ de bataille
  6. Fanfares de guerre
  7. Les œuvres de paix du héros
  8. Retrait du héros
  9. Renonciation

Théâtre des Champs-Élysées • 15, avenue Montaigne • 75008 Paris

Réservations : 01 49 52 50 24

http://www.theatrechampselysees.fr

Mercredi 12 mars 2014 à 20 heures

Durée : 1 h 40

De 85 € à 5 €

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Orchestre et chœur du Théâtre Mariinsky. Direction Valéry Gergiev. Piano, Boris Berezovsky. Théâtre des Champs-Élysées, Paris https://praskovaa.com/2012/03/25/valery-gergiev-boris-berezovsky-orchestre-et-choeur-du-theatre-mariinsky-theatre-des-champs-elysees/ Sun, 25 Mar 2012 13:43:07 +0000 https://praskovaa.com/?p=548

Stravinsky entre les mains bénies de Gergiev …

 

C’est une soirée de prestige au Théâtre des Champs-Élysées avec un programme Stravinsky précieux et rare nécessitant un plateau d’artistes d’exception. Qui d’autre que l’éminent chef russe Valéry Gergiev pour conduire et relever ce défi, accompagné des forces vives du Mariinsky* et de son compatriote pianiste Boris Berezovsky ?

En effet, on se demande toujours comment on arrive à réunir une telle distribution pour un concert qui ne va durer qu’une heure quinze ? Qui fait des efforts : agent, compagnie ou artiste sur son cachet ? Toujours est-il que les œuvres de Stravinsky jouées ce soir sont rarement données ensemble, voire jamais : Petrouchka, Capriccio et la Symphonie des Psaumes. Il ne faut pas oublier non plus que l’infatigable Gergiev, pour ce seul mois de mars, a prévu cinq apparitions en France, avec des programmes ahurissants tels que : Oedipus Rex et les Noces de Stravinsky toujours au T.C.E., la Symphonie n°12 de Chostakovitch et la n°5 de Mahler à Lyon et Toulouse, et un concert à Pleyel avec le Concert-gebouw d’Amsterdam (Dutilleux, Prokofiev, Sibelius). Cette quête vers la profusion et l’excellence ne va-t-elle pas épuisé la boulimie de cet artiste hors norme ?

C’est le ballet de Petrouchka qui ouvre le bal. Le chef foule la scène comme en état d’hypnose, saluant brièvement le public. Il s’ancre dans le sol comme pour s’imprégner de ses ondes telluriques. Dès les premiers accords, la battue est extrêmement vive et dynamique. Très présent, il accueille dans ses bras le souffle crépitant de sa phalange. Du bout des doigts, il tapote dans le vide un millier de notes invisibles. Il impulse et soude les rythmes intérieurs et syncopés propres au flot musical dentelé du compositeur. Malgré ce déroulement mélodique saccadé, la ligne d’archet du Mariinky est d’une admirable tenue. Ces gens-là n’ont point besoin de se mettre en route, ils sont déjà chauds. Cette remarque est valable pour les vents, les traits épars du piano ou de la harpe, qui offrent une variété de lignes mélodiques geysers.

Cette orchestration multiple et entrecoupée de silences s’enchaîne pourtant dans une vision ample d’une grande liberté. Il est à noter, à cet effet, la prestation remarquable du clairon tout au long de la composition. Gergiev enflamme l’atmosphère et décuple l’ardeur de ces instrumentistes, magnifiant ainsi la musique de Stravinsky. Il fait osciller son interprétation entre un raffinement propre au ballet et une musique plus populaire, plus percutante, où il puise avec élégance et ironie les thèmes empruntés au folklore. Chacun des instrumentistes semble se fondre dans ce creuset et produire sa ligne mélodique, tel un groupe qui ne serait constitué que de solistes. Cet ensemble témoigne d’une vitalité intemporelle, musclée mais émotionnelle, dans cette version. Le maestro est si concentré qu’il esquisse un début d’étourdissement lors des saluts.

Boris Berezovski jubile

Pour Capriccio, le piano est orienté face au public à l’intérieur de l’orchestre. Celui-ci est regroupé autour de lui, illustrant la volonté de considérer le clavier comme un des composants instrumentaux du groupe. Sans pupitre, cela permet de voir le visage de Boris Berezovski qui s’émeut et sourit aux difficultés inhérentes à la partition. Le soliste s’amuse, mieux : il jubile. Mais, y a-t-il une difficulté quelconque ici pour ce pianiste ? En tout cas, l’écriture martelée de la pièce traite l’instrument presque à la manière d’un xylophone. Elle comporte peu de grandes phrases légato, mais donne la sensation d’une course-poursuite légère et percussive, dans une ivresse rythmique de bulles qui claquent au milieu d’un malstrom d’or en fusion. Une seule énergie explose dans cette alliance de talents : chef, soliste, orchestre ne font qu’un. La reprise en bis sera encore plus spectaculaire dans sa fougue créatrice.

Après l’entracte, pour la Symphonie des Psaumes. Sept violoncelles et contrebasses sont placés en front de scène sans aucuns autres archets, ni clarinettes. Sont collés juste derrière, vents et percussions et le chœur du Mariinsky avec cette volonté immuable de fondre l’ensemble pour obtenir une unité sonore et musicale. L’ensemble crée une antinomie, entre l’appareil Symphonique d’ordre profane et le chuchotement incantatoire du Psaume d’ordre sacré. Le déploiement s’articule à partir d’une palette de couleurs pianissimo en forme de prière continue. Un début complexe à gérer pour le pupitre de sopranes, qui sonne un peu bas. Cependant, la cohérence émotionnelle de ce chœur mixte est pourtant vite rétablie lorsque la masse vocale se décuple, puis s’apaise, psalmodiant le texte avec ferveur. Le travail remarquable accompli par ces choristes coupe le souffle. C’est au-delà de ce murmure céleste que Gergiev puise sa force magnétique, afin d’accomplir sa longue marche mystique vers le ciel.

Praskova Praskovaa

Les Trois Coups

 

* Le Théâtre Mariinsky est une compagnie d’opéra, de ballet et de concerts résidant à Saint-Pétersbourg (Russie), ainsi qu’une salle de spectacle.

 

Orchestre et Chœur du Théâtre Mariinsky

Direction musicale: Valéry Gergiev

Piano: Boris Berezovsky

Igor Stavinsky (1882-1971)

Petrouchka, scènes burlesques en quatre tableaux (35 minutes)

Tableau 1 : La foire du mardi gras (Introduction, La cabine du charlatan, Danse russe.)

Tableau 2 : Chez Petrouchka

Tableau 3 : Chez le Maure

Chez le Maure

Danse de la ballerine

Valse de la ballerine et du Maure

Tableau 4 : La foire du mardi gras (La nuit – Danse des Nourrices – Le Paysan

et son ours dansant – Le joyeux négociant et deux bohémiennes – Danse des personnalités et de leurs suivants – Les Artistes de théâtre – Le combat entre

le Maure et Petrouchka – Mort de Petrouchka – Vision du fantôme de Petrouchka)

Entracte

Capriccio pour piano et orchestre (environ 20 minutes)

  1. Presto
  2. Andante rapsodico
  3. Allegro cappriccioso ma tempo giusto

Symphonie des psaumes, pour chœur et orchestre (environ 20 minutes)

  1. Premier mouvement (Psaume 39, versets 13 et 14)
  2. Deuxième mouvement (Psaume 40, versets2, 3 et 4)
  3. Troisième mouvement (Psaume 150)

Théâtre des Champs-Elysées• 15 Avenue Montaigne. 75008 Paris

Réservations : 01 49 52 50 50

http://www.theatrechampselysees.fr

8 mars 2012 à 20 heures

Durée : 1 h20

5 € – 85 €

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548
Nikolai Lugansky, récital. Opéra-Théâtre d’Avignon. https://praskovaa.com/2012/02/23/nikolai-lugansky-recital-opera-theatre-davignon/ Thu, 23 Feb 2012 14:39:06 +0000 https://praskovaa.com/?p=545

Lugansky, un rêve étourdissant

 

Alors qu’un froid sibérien balaye les rues de « l’Altera Roma », l’Opéra d’Avignon accueille pour la troisième fois depuis 1998 lors de son premier concert en France, le prince russe du clavier Nikolaï Lugansky. Sa venue dans la Cité des papes pour un récital sans musique russe, avec un déficit d’âme dirait-on, est un peu décevante. Pourtant, c’est autour de Liszt, dont il est un des grands spécialistes mondiaux, que s’articule ce concert où la virtuosité technique transcende la réalité émotionnelle.

Dans une salle comble et comme figée, l’élégant Nikolaï aux cheveux clairs s’élance sur scène d’un pas décidé. Son allure longiligne désincarnée se profile sur un rideau de soie bleu nuit, irréelle comme l’apparition d’un ange. Au centre de la vision, l’éclat sombre du Steinway, dans un halo de lumière devenue violine, se matérialise soudain au contact de la première note qui s’en échappe comme le froissement d’une étoffe précieuse.

C’est un programme intimiste pour cette première partie. Les Variations sur un thème de Schumann opus 9 de Brahms est un modèle d’intériorité lyrique concentrée. Ce petit bijou musical sonne un peu comme une mise en bouche délicate et savoureuse. Dans ce répertoire plus harmonique que mélodique où la technique doit être transparente, la puissance musculaire du pianiste semble un peu bridée et ses doigts légèrement guindés. La machine Lugansky s’échauffe, se pose, se maîtrise. L’artiste creuse en lui cette énergie profonde et sensuelle qui magnifie les métamorphoses de la ligne mélodique initiale. Il fait transparaître le triolisme émotionnel qui unissait Brahms au vieux maître et à son épouse Clara. Une sérénité douce sans pathos se dégage de son interprétation, mais cette écriture simplifiée, trop au centre de l’échelle sonore, ne semble pas suffire à de telles mains. L’action vibratoire n’atteint pas sa pleine potentialité sur l’auditoire qui reste coi : rétif, blasé, perplexe, ou congelé ?

Les quatre œuvres qui suivent sont de Chopin. Dès le premier trait de la Barcarolle en fa dièse mineur opus 60, Lugansky semble se détendre à travers l’élan gracieux et lumineux de la pièce. L’écriture mélodieuse de Chopin lui convient mieux. Que ce soit dans la ligne musicale plus continue, ou dans l’élaboration d’accords précieux, une énergie éblouissante émerge de ses mains dans un flot inépuisable. Les deux Nocturnes opus 27 qui suivent se déploient alors dans une sérénité troublante où la poésie de la nuit envoûte notre esprit. L’ampleur du toucher, exprimant le chant tourmenté et rompu du second Nocturne, s’exhale dans une douceur extrême, d’une manière si dense que l’on a l’impression d’entendre la vibration d’un orchestre entre les notes. Dans la Quatrième ballade, en fa mineur opus 52, l’artiste nous entraîne immédiatement dans un jeu volcanique, exacerbé où s’expriment de fortes oppositions émotionnelles et thématiques dans un déchirement romantique progressif. Il parvient à nous envelopper dans son cercle énergétique en élargissant peu à peu son aura vibratoire par un approfondissement du son, utilisant un relâchement musculaire lourd, puissant, et tonique. Cette œuvre romantique reste un des moments forts de ce récital où le public semble également se réchauffer.

Une vitalité expressive extrême

La seconde partie consacrée à Liszt a arrêté le temps, chaque pièce étant entrecoupée par le bourdonnement d’extase de la salle. Commençant par la Vallée d’Obermann, qui est une longue pièce expressive tirée d’une trilogie intitulée les Années de pèlerinage, le concertiste entre en communion avec un de ses compositeurs fétiches. La fantaisie s’étire dans une écriture pianistique éloquente et variée qui offre une dimension pathétique à l’œuvre. On y retrouve les grands thèmes du romantisme éclairé de Rousseau ou de Goethe en forme de quête intérieure vers la paix. Lugansky puise dans ces pages sombres une vitalité expressive extrême, exaltant entre ses doigts les gouffres de l’âme humaine, jusqu’au chant jubilatoire d’une libération intérieure. À travers une pression suave et robuste dotée d’un legato continu, il ne relâche jamais le clavier. En même temps, il fabrique une couleur d’attaque ascendante et dynamique, dans un clair-obscur propre au son tourmenté de l’œuvre. L’acuité de sa narration artistique nous propulse dans son propre voyage intérieur. Spozalizzio est une pièce courte italianisante légère et virevoltante qui rompt un peu l’enchantement émotionnel précédent, tout en préparant l’écriture pianistique déliée des pièces qui suivent. Dans les Jeux d’eau de la villa d’Este, on retiendra surtout un moment de fraîcheur extrême et d’extase éthérée. L’accent donné au relief incroyable de cette interprétation donne l’impression constante que deux pianos se répondent en canon et se mêlent dans une énergie insolente. Main droite et main gauche débridées volent sur les touches qui éclaboussent l’auditoire de perles cristallines capricieuses.

C’est à ce moment de la soirée que le concertiste déploie son meilleur potentiel technique pour nous livrer deux Études d’exécution transcendante, la nº 12 en si bémol dite « Chasse-neige » et la nº 10 en fa mineur. La difficulté extrême de ces pièces est d’en tirer une exécution souple, raffinée, légère, rapide dans une puissance articulatoire rythmique et harmonique ferme et dramatique. Une forme d’aberration où Nikolaï Lugansky excelle, là-même où son talent s’épanouit. Après ces feux d’artifice jubilatoires, l’artiste nous prodigue encore un peu de sa générosité avec trois bis galvanisants. Un concert où le mythe Lugansky a transcendé la réalité ! 

Praskova Praskovaa

 

France-culture

Nikolaï Lugansky, récital

Première partie

Johannes Brahms/Robert Schumann

Variations sur un thème de Schumann, opus 9

Frédéric Chopin

Barcarolle en fa dièse mineur, opus 60

Nocturnes, opus 27

Ballade nº 4 en fa mineur, opus 52

Franz Liszt

Vallée d’Obermann, en mi mineur

Sposalizio

Jeux d’eau de la villa d’Este

Étude d’exécution transcendante nº 12 en si bémol, dite « Chasse-neige »

Étude d’exécution transcendante nº 10, en fa mineur

Sous l’égide de la Société de musique de chambre d’Avignon

Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse • 1, rue Racine • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 81 40

http://www.orchestre-avignon.com/

http://www.operatheatredavignon.fr

Durée: 1 h 30

35 € – 10 €

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« Femme fatale », de Britney Spears, Aréna de Montpellier https://praskovaa.com/2011/10/22/femme-fatale-de-britney-spears-arena-de-montpellier/ Sat, 22 Oct 2011 13:34:30 +0000 https://praskovaa.com/?p=542

Illusion fatale…

 

C’est une septième tournée pour la chanteuse américaine Britney Spears qui vient promouvoir en France son septième album « Femme fatale ». Cela a débuté en juin 2011 à Sacramento et offre trois dates exceptionnelles chez nous à Amnéville, Paris et Montpellier. Ce concert en deux parties dans la salle magnifique de L’Aréna de Montpellier annonce bien des surprises.

En première partie, Destiné et Paris frôlent l’hystérie sur de la pop assourdissante. Non attendues par le public, ce sont deux jeunes sosies, version miniature de la star, venues tout droit d’un rêve américain décadent. L’artiste qui les précède Joe Jonas a un style inimitable. Il est connu pour son groupe les Jonas Brothers et ses films pour adolescentes en quête de carrière fulgurante à la manière d’un Justin Timberlake. Ce soir-là, il fait de son mieux pour distraire les spectateurs qui restent complètement dubitatifs. La salle entière finit par s’impatienter surtout devant la diffusion de publicités de parfum qui passent en boucle sur des écrans géants en attente de la diva.

En seconde partie, l’apparition de Britney Spears, poursuivie par une bande de policiers sur un rythme endiablé, arrive à point nommé sur Hold It Against Me. Soudainement, l’action démarre avec une scène d’évasion de prison. La star, sexy, et à la gestuelle habile (surtout sur l’écran !) interprète Up n’Down, 3, et Piece of Me, tout en jouant au jeu du chat et de la souris. Le scénario repose sur l’idée qu’un fan désaxé, épris de l’artiste, la harcèle et la poursuit. Ce personnage déplaisant surgit à l’improviste durant tout le show et nous rappelle les inconvénients que procure parfois la notoriété. Le tout est en anglais pour un public essentiellement francophone et dans un vacarme infernal.

En troisième partie, sur Big Fat Bass et Ho I roll, Britney apparaît rajeunie. En tenue girly-ado, elle se dandine bien sagement sur des musiques plus « djeun’s » de facture électronique. Pendant qu’elle s’agite, les danseurs gesticulent dans une débauche de couleurs. La chanson suivante Lace and Lather est un show érotique entre Britney et un membre du public. Celui-ci est attaché par des menottes à une barre de fer, excité par cette femme sûre d’elle, qui n’hésite pas à faire monter la température. Changement d’atmosphère avec If U Seek Amy dans une version « old style », à la manière de Marilyn Monroe : le summum du glamour !

Pour le volet nº 4, on découvre un décor aux couleurs de l’Égypte baigné dans une lumière d’or, la reine Britney est devenue Cléopâtre sur son tube Gimme More alors qu’elle n’était que strip-teaseuse dans le clip d’origine. On voyage encore, avec un Orient ensablé pour Boys et la participation de la chanteuse Sabi. S’ensuivra une chanson d’amour avec Don’t Let Me Be the Last Know, avec la belle juchée sur une balançoire. Même dans la reprise d’un ancien titre, Baby One More Time, elle apparaît en motarde, très loin de l’innocence de ses débuts. Ce titre s’enchaîne d’ailleurs sur des images et une chorégraphie sadomaso assez perturbante ainsi que sur Trouble of Me, avec force de jetés de cheveux au ralenti sur I’m A Slave for You. Tout est donc mis en œuvre pour que l’héroïne soit une séductrice et une tentatrice diabolique. L’ensemble est assez torride, il faut bien le dire, bien que toutes ces transformations entraînent un déséquilibre dans le déroulement du show et sa compréhension.

Le final, Till the World End, n’est pas mieux : on voit s’envoler la diva avec des ailes d’ange, sans aucun salut, ni aucun rappel ; une fin radicale et navrante.

Au bout du compte, on a assisté à un show à l’américaine très pro avec des costumes superbes, une troupe de danseurs aguerris triés sur le volet. On reste dubitatif sur ce tour du monde des fantasmes de femmes fatales qui n’ont rien à voir avec les chansons. La performance vocale de l’artiste, si tant est qu’on puisse en juger avec une seule chanson – l’essentiel du show est constitué de bandes sonores préenregistrées – reste… Sa motivation artistique semble absente. On reste sur sa faim devant une prestation où règne l’apparence. Britney Spears est une pro, mais elle n’est plus une femme fatale. Il ne lui reste peut-être plus que son image. 

Grâce Du Possible

Les Trois Coups

                                                                     

Femme fatale, de Britney Spears

Concert en trois parties :

– Destiné et Paris

– Joe Jonas

– Britney Spears

Le Harceleur : Christophe Marin

Costumes : Zaldy Goco

Aréna Park Suites • 34000 Montpellier

Réservations : 08 99 02 91 88

http://www.ps-arena.com/

Le 21 octobre 2011 à 20 heures

Durée : 2 h 40

65,30 €  – 76,30 €

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La Légende de sainte-Élisabeth La Légende de sainte-Élisabeth » Oratorio de Franz Liszt. Direction Alain Altinoglu, Opéra d’Avignon. https://praskovaa.com/2011/01/15/la-legende-de-sainte-elisabeth-oratorio-de-franz-liszt-direction-alain-altinoglu-opera-davignon/ Sat, 15 Jan 2011 14:29:28 +0000 https://praskovaa.com/?p=538

La légende de saint Altinoglu

 

C’est à l’occasion du bicentenaire de Franz Liszt, que l’Orchestre d’Avignon Provence mené tambour battant par son délégué général, Philippe Grison affiche « La Légende de sainte Élisabeth » de Franz Liszt. Une partition complexe, peu jouée, qui nécessite une collaboration artistique délicate et audacieuse pour un effectif important : le chœur de l’Opéra d’Avignon, le chœur régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, la maîtrise du théâtre, huit solistes et ce bel orchestre en pleine évolution qui sont rassemblés ainsi sous la baguette prestigieuse d’Alain Altinoglu.

Composé sur un livret d’Otto Roquette, dédié au duc Louis II de Bavière, cet Oratorio de Liszt, moins connu que son Christus retrace la légende de sainte Élisabeth, patronne de la Hongrie. Cette longue pièce en deux actes, dont six tableaux, a été présentée ici sans coupures, occasion inespérée de l’entendre en entier. Mais était-ce bien raisonnable ? En effet, son écriture dans la grande tradition des fresques historico-romantiques du XIXe lui confère un aspect emphatique, notamment dans la première partie qui s’enlise, et dure et dure… Le texte se déploie dans un souffle épique surchargé et désuet, faisant figure également de pâle brouillon sur le plan de l’Orchestration. Sait-on que Liszt s’en débarrassait aisément auprès de ses élèves ?

Rendons donc rendre grâce au talent du chef. Sa vivacité et sa précision gestuelle galvanisante pour l’ensemble du plateau, voire du public, a permis en effet d’homogénéiser une composition aussi hétéroclite, et de capter durablement l’attention de tous. C’est un exploit réside car il imprime une vibration continue à cette pâte sonore aussi alambiquée soit-elle, alliant la transparence mystique de l’écriture du plain-chant luthérien à un enchevêtrement polyphonique vocal et instrumental de sons épars. Pour exalter la nature, les sentiments, le patriotisme, la dévotion, etc., tout y passe ! Des traits bucoliques des flûtes au leitmotiv languissant du violoncelle solo, des chœurs allégoriques et célestes aux propos – curieusement confus –  de solistes venant ponctuer cet écheveau de sons et d’histoire. Tout cet embrouillamini fait figure de remplissage, et ne parvient pas à donner à cette première partie l’éclat sonore escompté.

Cet univers de bravoure et de mysticisme

En trois tableaux, les enfants héroïques – Pauline Nachmann (Élisabeth) et Augustin Mathieu (Ludwig) – font une prestation express, où ils défendent leurs rôles avec ferveur. Le solide Marc Barrard (Ludwig adulte) est sobre, sans affect, avec quelques dérapages d’intonations. C’est un rôle qui aurait pu être certainement attribué au jeune Chul Jun-Kim réduit à un passage éclair, mais souple et chatoyant dans le rôle d’Hermann. On notera par ailleurs, les interventions honorables de la masse chorale cherchant à se fondre dans cet univers de bravoure et de mysticisme, qui se bonifie au cours de la représentation par de belles envolées lyriques enfantines cristallines et articulées de la maîtrise.

Dès le début de la seconde partie, l’orchestration et la ligne de chant s’épanouissent enfin. Elles se libère soudain musicalement au cœur du drame, et nous offrent une impression de clarté, un dynamisme, une palette de couleurs et d’effets orchestraux revitalisants. L’entrée fracassante de la soliste Nora Gubisch, en Comtesse Sophie, donne le ton. Dotée d’une technique de projection performante, elle impose son lyrisme dans une rondeur veloutée et puissante, avec des aigus resplendissants. Son jeu n’est pas en reste. Drapée dans sa dignité farouche, tragédienne même lorsqu’elle quitte la scène de devant, elle donne ainsi à cette œuvre une dimension opératique. Liszt, qui ne voulait pas faire de mise en scène sur cette partition, aurait-il aimé ? Oui, cette artiste est éclatante !

Dans le rôle-titre, l’Élisabeth de Christina Dietzsch, pourvue d’un physique altier avantageux, sied parfaitement au rôle. Son timbre lumineux, très wagnérien (Une Elsa en devenir), donne à sa prestation de l’élégance et de la musicalité. Il est néanmoins dommage, que son émission un peu trop restreinte et couverte ne lui permette pas d’épanouir techniquement ses aigus. Son chant du cygne dans une couleur ascendante presque désincarnée, reste un moment fort de cette réalisation. La qualité attractive des trois dernières scènes réside aussi dans l’alternance ingénieuse de chœurs, et de passages symphoniques brillants. L’orchestration à connotation berliozienne, notamment dans « l’Orage », offre la part du lion à la phalange d’Avignon et à la centaine de choristes sous-hypnoses qui se déchaînent sous la baguette houleuse d’Altinoglu.

Praskova Praskovaa

Les Trois Coups

 

La Légende de sainte Élisabeth, de Franz Liszt

Dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Franz Liszt

Oratorio de Franz Liszt, éditions musicales Peters

Première audition en Avignon

Direction musicale : Alain Altinoglu

Orchestre d’Avignon-Provence :

Délégué général : Philippe Grison

Direction de la maîtrise : Florence Goyon-Pogemberg

Direction des Chœurs : Michel Piquemal, Aurore Marchand

Etudes musicales : Sylvain Souret

Élisabeth : Christina Dietzsch

Comtesse Sophie : Nora Gubisch

Élisabeth enfant : Pauline Nachmann

Ludwig enfant : Augustin Mathieu

Ludwig: Marc Barrard

Hermann: Chul Jun-Kim

Frédérik II : Jean-Marie Delpas

Le Sénéchal – Un magnat hongrois : Olivier Heyte

Régie surtitrage : Sabine Sendra

Coréalisation : Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse,

Orchestre d’Avignon-Provence, Musique Sacrée en Avignon

Opéra d’Avignon • 1 rue Racine. 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 8140

http://www.orchestre-avignon.com/

http://www.operatheatredavignon.fr

Samedi 15 janvier 2011 à 20 h 30

Durée : 2 h 30

35€ | 10 €

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Orchestre du théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg. Direction Valéry Gergiev. Intégrale des symphonies de Piotr Ilitch Tchaikovski, Salle Pleyel, Paris. https://praskovaa.com/2010/01/31/valery-gergiev-dirige-lorchestre-du-theatre-mariinsky-de-saint-petersbourg-integrale-des-symphonies-de-piotr-ilitch-tchaikovski-salle-pleyel-a-paris/ Sun, 31 Jan 2010 14:21:59 +0000 https://praskovaa.com/?p=534

Valery le terrible !

 

Pour l’ouverture officielle des festivités France-Russie 2010, où plus de 350 manifestations diverses sont prévues entre les deux pays, la salle Pleyel reçoit le très charismatique Valéry Gergiev et l’orchestre du Mariinsky.

Après avoir réalisé les intégrales de Chostakovitch, Prokofiev, Beethoven, Mahler, le maître s’attaque cette fois-ci aux six symphonies de Tchaïkovski. C’est en visionnant l’évolution de l’écriture du compositeur et en prêtant une attention particulière aux trois premières pièces trop peu jouées, que Gergiev aborde ce cycle en espérant en tirer la substantifique moelle. Dans un souci d’interprétation visant l’excellence, il imprime à chacune un style. Et l’humeur galvanisante de sa direction sur sa phalange parfaitement domptée !

Ce dernier concert débute par la troisième symphonie. Peu entendue, chaleureuse, composée dans des conditions idéales pendant l’été 1875, elle n’a pas marqué outre mesure le compositeur, ni défrayé la chronique. Son originalité réside plutôt dans sa structure rappelant celle des suites orchestrales ou des ballets. Une marche funèbre prémonitoire l’amorce, mais les deux scherzos donnent à l’ensemble une vivacité tonique et un optimisme frivole entraînant. L’esprit de la danse domine ! Ici, la musique vole, on ne fait pas cas des notes, mais plutôt de l’élan sonore. Aucune perte d’énergie de la part du chef et encore moins des musiciens. La texture est dense, légère, sans à-coups dans un bourdonnement continu de cordes ou dans un mouvement ample et soutenu.

Gergiev reste sobre, il ne sur dirige pas cette musique somme toute enjouée et classique. Il instaure une pulsation rythmique adéquate et des couleurs appropriées dans une économie de gestuelle spectaculaire, insufflant ce qu’il faut quand nécessaire. Il impose sans s’émouvoir une virtuosité sonore par une direction manuelle du bout des doigts, décrochant chaque note d’un clavier imaginaire. Cette démonstration magnifique s’achève sans effets spéciaux particuliers, mais dans une affluence vibratoire éclatante, où l’orchestre électrisé nous offre toute la richesse énergétique de sa palette émotionnelle.

En seconde partie un des sommets du répertoire russe : la sixième Symphonie dite « Pathétique ». Celle-ci fut présentée le 23 octobre 1893, et elle est, de Tchaïkovski lui-même « la meilleure et la plus sincère ». Elle s’achève d’ailleurs sur un Adagio lamentoso prémonitoire puisque le compositeur disparaîtra neuf jours plus tard. La difficulté dans cette pièce aux enregistrements multiples, c’est d’arriver à la dépoussiérer. C’est précisément ce que Gergiev va nous proposer. La lente introduction s’épanouit immédiatement dans une coloration sombre des cordes basses, et diffuse une mélopée envoûtante au basson solo. Le maestro fait de son développement un dialogue aéré où flûtes, clarinettes, bassons se chamaillent sur une ruche foisonnante de cordes, jusqu’au retour solennel des cuivres en unisson aux pizzicati, tel un cortège funèbre. Le scherzo et le trio dans une forme valsé à 5/4 est lugubre à souhait, égrené par les violoncelles dans l’aigu dans une lumineuse intonation. Les coups de timbales cinglantes s’enchaînent avec maestria sur une pédale de qui envahit la formation en grondant, comme une menace sous-jacente. Le troisième mouvement est triomphant.

Gergiev confirme ici son talent en laissant éclater l’orchestration chatoyante de l’orchestre. Il imprime à la marche une forme concentrée, tout en offrant une liberté interne aux instrumentistes. Le bavardage des vents et des cordes en triolets peut donc se déployer, Gergiev acculant ses artistes à une extrême virtuosité dans le trio final, jusqu’aux accords fortissimo martelés par les cuivres. Ce joug imposé est d’un effet sans pareil. C’est certainement dans le dernier mouvement que le maître donne toute la puissance créatrice de son interprétation. Il puise une énergie irréelle au sein de son orchestre. Le thème principal des cordes, ascendant, est un chef-d’œuvre absolu d’écriture. Arpégé en tierces et quintes successives, il se présente sous forme d’écheveau. Gergiev l’élève lentement comme une inspiration extrême, élargie au maximum dans son tempo, et mourant dans l’expiration habitée du silence qui lui succède. Le détachement en suspensions harmoniques du gong pianississimo qui suit alors est bouleversant d’intensité. Le son d’orchestre est poignant, apportant à l’œuvre une qualité dramatique peu égalée. La salle restera en apnée, n’osant rompre ce deuil pressenti et la concentration magistrale du maître, Valéry Gergiev ! 

 

Praskova Praskovaa

Les Trois Coups

 

Intégrale des symphonies, de Piotr Ilitch Tchaïkovski

Direction : Valéry Gergiev

Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg

Programme 29 janvier à 20 heures

  • Symphonie n°3
  • Entracte
  • Symphonie n°6 « Pathétique »

Manifestation organisée dans le cadre de l’Année France-Russie 2010

Salle Peyel • 252, rue du faubourg Saint-Honoré • 75008 Paris

Réservations : 01 42 56 13 13

www.sallepleyel.fr

Lundi 25, mardi 26 et Vendredi 29 janvier 2010 à 20 heures

Durée : 1 h 50

1O € – 55 € – 130 €

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Philharmonique de Saint-Pétersbourg. Direction Youri Temirkanov. Violon, Sergej Krylov. Théâtre des Champs-Élysées, Paris. https://praskovaa.com/2009/11/27/orchestre-philharmonique-de-saint-petersbourg-direction-youri-temirkanov-violon-sergej-krylov-theatre-des-champs-elysees-a-paris/ Fri, 27 Nov 2009 14:17:12 +0000 https://praskovaa.com/?p=531

Humeur Slave ! Fougue et dilettantisme

 

C’est à l’occasion du centenaire des ballets russes, que le Théâtre des Champs-Élysées reçoit, pour trois soirées prestigieuses, le Philharmonique de Saint-Pétersbourg et son illustre chef Yuri Temirkanov.

Personnalité emblématique internationale, figure incontournable du monde musical russe, ce dernier dirige le Philharmonique, qui est la plus ancienne formation du pays depuis 1988. Déployant son talent et son savoir faire à travers le monde, cet ambassadeur incontesté de l’âme slave perpétue avec sa phalange la grande tradition musicale et sonore du « son russe » : notamment dans le principe du pupitre des cordes.

Un correspondant de la presse musicale moscovite est dans la salle, à mes côtés. C’est dire l’importance du concert… L’orchestre s’installe, 110 musiciens s’approprient l’espace en formation russe : tous les instruments sont au même niveau, avec les violoncelles au centre des pupitres de cordes. Le premier trait du concerto de violon en ré majeur de Tchaïkovski semblable à une coda, se déploie comme un long plaidoyer autobiographique, exprimant l’inutilité d’un acte de convenance, le mariage, et une homosexualité déchue. L’acoustique du lieu est magique : l’adoption récente d’un décor de scène en bois offre une résonnance douce et pleine du son d’orchestre. Le piano dense mais discret du tutti, diffuse une pulsion souterraine palpitante des cordes, comme une pédale harmonique qui permet au soliste de se poser pour prendre sa place de leader. Le violon de Sergej Krylov est un Stradivarius de Cremone de 1734, il a une sonorité moins puissante, légèrement voilée, mais la technique de cet artiste est stupéfiante, emprunte d’une synergie rythmique haletante : celle des mouvements de l’âme slave. Le chef se prête admirablement à cet exercice de style qui laisse le soliste prendre l’avantage. Les deux hommes œuvrent dans une symbiose musicale complice parfaite.

Le second mouvement entre pudeur et dépression, égrène aux bois plusieurs accords descendants à la justesse très approximative. La plainte déchirante qui s’ensuit achève d’émerveiller nos sens, et l’on s’accroche à chaque note juste avant de basculer dans le vide du désespoir. Suit un allegro vivacissimo, où la force de vie reprend ses droits. Dans une explosion de couleurs, de rythmes syncopés et de virtuosité, l’orchestre s’embrase, et le soliste l’éclabousse de son agilité. Son aplomb est d’une efficacité confondante. La légèreté de ces pizzicati, et ces enchaînements dans les ruptures de tempo se propagent en un seul souffle. Dans une sonorité brillante, enlevée, Sergej Krylov dialogue avec les autres musiciens, partage sa jubilation tandis que la mèche de son archet vole autour de lui, ponctuant sa joie et la nôtre. La présentation magnifique d’une énergie dans le respect de l’œuvre.

L’enchaînement avec le Sacre du Printemps nous plonge dans un état mystique profond : le rituel païen de la Sainte Russie débute. Ce ballet où amour et sexualité y folâtrent revêt une esthétique orchestrale et rythmique complexe. On y trouve des accords pesants aux cordes qui activent la libido et éveille les pulsions. Temirkanov, connu pour le cisèlement de ces phrasés et sa motricité rythmique implacable, donne parfois à ses interprétations cette tension insoutenable qui devrait convenir à cet ouvrage. Dans sa propre conception du son russe, on trouve les contrebasses comme socle du son jusqu’aux violons en conception sonore pyramidale, allégeant la sensation parfois trop compacte des orchestres soviétiques. Malheureusement le maestro a un peu trop confiance dans sa phalange. Ce soir-là, il n’est ni présent ni absent. Rivé sur sa partition, ce qui parait incroyable, il laisse jouer l’orchestre dans une respiration ample et sauvage. Cela donnera une œuvre désordonnée manquant de précision avec des traits qui se courent après, des départs manqués, et des soufflants un peu bas. Le son se propage dans une volupté profonde et une exubérance technique qui masquent les détails. Cette maîtrise bancale aux couleurs inépuisables nous entraîne malgré tout dans l’ivresse des harmonies de Stravinsky et de ces jeux de timbres incroyables : bois et cuivres, percussions très présentes, et un timbalier un peu faiblard ! Dommage que cette partition nécessitât une direction plus précise, voire une gestuelle parfaite. Monsieur Temirkanov, qui mène son monde habituellement sans baguette, aurait peut-être dû utiliser lors de ce concert, comme son génial homologue Valéry Gergiev, un cure-dent pour diriger !

C’est certainement pour se faire pardonner d’un certain dilettantisme que le concert s’achève sur deux bis de l’orchestre, par cœur, dans un panache irréprochable. La grande tradition du son russe au sommet de son art, dans une force de vie, d’ivresse et d’énergie inépuisable. Enthousiasmant.

Praskova Praskovaa

Les Trois Coups

Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg

Direction : Youri Temirkanov

Violon : Sergej Krylov,violon

Cycle ballet russe

Tchaïkovski : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35

Stravinsky : le Sacre du Printemps

Théâtre des Champs-Elysées. 15 Avenue Montaigne. 75008 Paris

Réservation : 01 49 52 50 50

Vendredi 27 novembre 2009 à 20 heures

85 € à 5€

http://www.theatrechampselysees.fr/index.php

Diffusé en direct sur France Musique

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London Symphony Orchestra. Direction Valéry Gergiev. Debussy « la mer » – Chostakovitch « Symphonie n° 8 ». Salle Pleyel, Paris. https://praskovaa.com/2009/11/27/valery-gergiev-dirige-le-london-symphony-orchestra-dans-la-mer-de-debussy-et-la-symphonie-n-8-de-chostakovitch-salle-pleyel-paris/ Fri, 27 Nov 2009 14:02:03 +0000 https://praskovaa.com/?p=522

Diabolique Gergiev

Vingt-deux degrés, une couleur automnale chatoyante, un déjeuner en terrasse. C’est un temps qui ne donne pas très envie d’aller s’enfermer dans une salle de concert en milieu d’après-midi. En effet, le programme qui attend le London Symphony Orchestra et son chef principal Valéry Gergiev n’est pas de tout repos. Le prodigieux maestro, qui cumule actuellement les fonctions de directeur artistique et général du théâtre Mariinsky, est également fondateur et directeur de nombreux festivals. Il tourne à plus de 220 prestations par an, une vie infernale qui ne paraît pas entamer son énergie, ses convictions musicales, et son immense talent de Chef. C’est donc le concert dont je rêve !

Pleyel. Depuis sa rénovation en 2006, cet endroit est devenu un espace culturel de grande modernité avec une zone de jeu totalement reconfigurée et automatisée pouvant recevoir tous les types de formations. Cet auditorium mythique est pourvu de 1913 sièges, d’une excellente visibilité et d’un confort certain, et peut accueillir aussi du public en arrière-scène. En outre, l’ensemble offre une esthétique et une acoustique exceptionnelles attirant, depuis sa réouverture, les plus Grands : chefs, orchestres internationaux et solistes divers. Peu à peu, ce lieu de culture incontournable s’est offert une place de leader dans le paysage musical français et international.

Seize heures- La salle est pratiquement pleine, un public d’habitués s’y presse. La programmation semble drainer des jeunes, fait assez rare, et pas mal de connaisseurs. L’installation de l’orchestre légère et ordonnée, n’occasionne aucune agitation perceptible de ces Anglais-çi, « so British » ! Même l’accord du la ne dégénère pas en cacophonie dévastatrice. Tout est calme avant, surnaturel quand « Il » paraît !

 La direction de Gergiev est une véritable prouesse

La mer « de » Gergiev. Les contrastes de nature et de culture sont féconds, mais Debussy aurait-il aimé cette version là ? Sur le plan technique, la direction de Gergiev est une véritable prouesse. Dans une interprétation parfaite il semble surpasser son maître Karajan, tout en renouvelant l’esthétique auditive de l’œuvre. L’ouvrage qu’il dirige est l’un des plus difficiles de par sa structure éparse faite de touches successives et de ces éclats vibratoires comparables à un miroir brisé. Sa structure harmonique, ses échelles sonores multiples, ses gammes par ton, sont la signature du formant auditif du compositeur et de son originalité.  Mais Debussy maîtrise avant une écriture au fluide continu et aux rythmes colorés. Ces derniers allient les jeux de timbre les plus subtils à la sollicitation sans répit des vents et des percussions qui se fondent en une palette orchestrale infinie et génèrent cette couleur miroitante propre à l’œuvre impressionniste.

Gergiev signe ici sa version. L’invitation au voyage débute par un long silence incantatoire, d’où émerge le bruissement sourd et fluide de l’onde. Le chef ossète se concentre sur le frémissement interne de cette mer intérieure qui l’habite. Il ne nous livre pas les trois esquisses dans une simple forme visuelle évocatrice, mais dans un enchaînement médiumnique quasi continu, en une seule humeur musicale. Il inonde l’orchestre de son état d’âme, du bout des doigts en pianotant dans l’espace. Cette gestuelle vibratoire, qui gronde du fond de ses entrailles, est ancrée dans une respiration profonde et tellurique. Elle anime l’ensemble telle une onde marine.

La présence du soliste invité Anton Barakhovsky, premier violon, est immédiatement perceptible par sa sonorité légato extrêmement dense. Par ailleurs, la fusion sombre des bois donne au caractère de cette interprétation un sentiment différent de la conception habituelle de l’œuvre, conforme à la tradition française, qui en est son contraire. Sans baguette, ce qui semblerait être une gageure pour diriger Debussy, Gergiev est déroutant, génial. Il modèle sa pâte orchestrale comme de l’écume, grisante dans sa légèreté et limpide dans l’exécution de son foisonnement. Il pousse ainsi son inspiration souterraine jusqu’à l’exaltation de son moi intérieur, la vague triomphante de son esprit. Il y entraîne le London Symphony Orchestra, qui le suit dans la jubilation. Le public est tétanisé.

Symphonie grandiose et brutale

Après le raffinement et la sensualité extrême de Debussy, peut-on trouver programme plus dissemblable que l’ajout de cette Symphonie nº 8 de Chostakovitch, grandiose et brutale. Peu importe à Valéry Gergiev, qui se plonge corps et âme dans la seconde partie du concert, en ménageant tout de même ses effets. Dite « Stalingrad », cette symphonie est la favorite du compositeur. Elle a été composée pendant les années de guerre à Moscou, et se décompose en cinq mouvements.

 Ce long opus musical au parfum tragique déchirant est illuminé par la perfection de sa réalisation et le rendu éclatant de l’opacité de son harmonie. Dés les premières mesures de l’adagio, le maitre russe instaure par un légato de cordes lancinant, pesant et ininterrompu, le chromatisme ascendant étouffant de la douleur. Il impose aussitôt cette atmosphère de désolation à partir de la cellule musicale initiale, faite de noires pointées traînantes qui traverse l’œuvre de bout en bout. Rompu à ce répertoire où il demeure l’une des figures de références stylistiques, il atteint progressivement une forme de sauvagerie extrême dans sa direction. La violence ultime des sons, la brusquerie des attaques et du martellement des timbales, la stridence des cuivres, l’agressivité sous-jacente du piccolo et la sonorité renversante des bois atteignent une forme de paroxysme insoutenable. Laissant ainsi aux différents « tutti » du LSO le loisir de se montrer en pleine puissance technique.

On regrettera seulement l’effacement des cordes graves et le léger retrait du quatuor, moins bien dessiné dans ce maelström. Ce qui sonne pompeux chez certains devient glorieux, épique et poétique chez Valéry Gergiev. Interminables, les dernières mesures s’achèveront dans une douceur dolente hypnotiques et expireront dans un long silence magnétique. De bout en bout, ce diable de Gergiev aura accompli son sortilège en galvanisant son public et son orchestre au cœur de son aura charismatique !  ¶                            

 

  Praskova Praskovaa

Les Trois Coups

 

La Mer, trois esquisses symphoniques, de Claude Debussy

  1. De l’aube à midi sur la mer
  2. Jeux de vagues

III. Dialogue du vent et de la mer

Symphonie nº 8, de Dmitri Chostakovitch

I – Adagio – Allegro non troppo

II – Alegretto

III – Allegro non troppo

IV – Largo – V. Alegretto

London Symphony Orchestra

Valéry Gergiev, direction

Salle Pleyel • 252, rue du Faubourg-Saint-Honoré • 75008 Paris

Renseignements-réservations : 01 42 56 13 13

http://www.sallepleyel.fr/

Dimanche 27 septembre 2009 à 16 heures

Concert enregistré par France Musique

Photos : © Fred Toulet

Concert enregistré par France Musique

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Orchestre Simon-Bolivar du Venezuela, Philharmonique de Radio France. Direction Gustavo Dudamel. Salle Pleyel, Paris. https://praskovaa.com/2009/10/25/orchestre-simon-bolivar-du-venezuela-philharmonique-de-radio-france-direction-gustavo-dudamel-santa-cruz-de-pacairigua-de-castellanos-daphnis-et-chloe/ Sun, 25 Oct 2009 14:11:52 +0000 https://praskovaa.com/?p=527

Fantastique Dudamel

 

L’arrivée tant attendue du jeune chef de 28 ans Gustavo Dudamel, qui vient d’être nommé à la tête du Philharmonique de Los Angeles, a déclenché un état de siège à la billetterie. La médiatisation exacerbée de ce talent singulier, qui arrive en France avec son Orchestre Simon-Bolivar de 205 musiciens âgés de 12 à 26 ans, sollicite les néophytes passionnés d’intégration, et le milieu musical français quelque peu réactionnaire. En effet, le résultat de l’enseignement prodigué à ces jeunes venant des favelas est stupéfiant.

Dudamel apparaît dans un mouvement de boucles brunes souples encadrant un visage épanoui d’enfant cocasse. Malgré cela, le jeune chef en impose : sans partition, il s’approprie ce soir son orchestre et celui de Radio France.

Ravel ouvre le bal avec Daphnis et Chloé interprété par le philharmonique de Radio France. La première partie dans une battue quasi extatique développe son immense crescendo venant des graves abyssaux aux aigus étincelants. Cette houle dense que Dudamel impose par l’amplitude sereine de sa gestuelle déconcerte par sa force intérieure. Dans une sobriété étonnante le chef anime la masse orchestrale dans une palette sonore substantielle où irradie chaque couleur individuelle. La version surprenante qu’il nous livre dans la seconde partie outrepasse la qualité sonore de l’orchestration ravélienne, au profit d’un emballement rythmique beaucoup trop voyant. Mais quelle mouche a piqué le maestro ? Le tempo infernal qu’il inflige aux amours champêtres de Daphnis et Chloé pousse les instrumentistes dans leur retranchements techniques et entraîne le son d’orchestre au bord de la faillite. Dudamel jubile…En guise de ballet, il danse et lévite : l’univers ravélien se révèle soudainement latinisé. Daphnis va mourir d’épuisement… Très décevant !

Le Philharmonique est rapidement remplacé par l’Orchestre Simon-Bolivar composé de 2005 jeunes muchachos aux teint mat, cheveux ébène, débarquent sur scène l’air réjoui. Un contraste étonnant avec l’Orchestre traditionnel qui vient de quitter le plateau.

  « Santa Cruz de Pacairigua », de Castellanos | © Bryan Reinhart

La Suite symphonique de Castellanos, parfaitement adaptée à la formation, va permettre au chef de montrer toutes les qualités instinctives et techniques de ces gringos à travers la variété rythmique et le langage orchestral rigoureux de cette pièce. L’orchestre déploie plusieurs atmosphères sonores, de la valse vénézuélienne enfiévrée à une procession religieuse. On y perçoit le cœur battant de ces jeunes musiciens et leur enthousiasme pour cette musique, qui est une bouffée d’air pur.

Après l’entracte, le défi de réunir dans la Symphonie fantastique de Berlioz deux forces opposées, culture et génération confondues, offre la symbiose de ces deux orchestres de 300 musiciens entre tradition et instinct. La version stupéfiante que nous offre Dudamel, avec notamment 12 contrebasses, donne une vision renouvelée de l’ouvrage. L’application extrême à mener, maîtriser, et dompter l’ensemble l’oblige à se surpasser devant un public ébahi. Le contenu thématique, harmonique et rythmique est proposé dans une clarté d’émission incroyable et une précision presque pédagogique, dépassant même l’écriture à travers le souffle volcanique du maestro. Sa direction est d’une distinction sans pareille jusqu’à la jubilation du sabbat. Quant à ses mimiques, elles reflètent tous les élans romantiques de la passion, celle d’un seul orchestre qui se transcende pour un chef hors du commun.

Après avoir porté à un tel niveau cette prestation, que pouvait-on attendre de plus ? Un peu de légèreté peut-être… Ce concert très sérieux s’achève alors sur l’hymne de joie habituel de l’orchestre vénézuélien : le mambo tonitruant et coloré qui fait danser les contrebasses. Étonnant, ce petit côté féria à Pleyel !           

 

Praskova Praskovaa

Les Trois Coups

 

Daphnis et Chloé suite nº 2, de Maurice Ravel

Santa Cruz de Pacairigua, de Evencios Castellanos

Symphonie fantastique, d’Hector Berlioz

Orchestre Philharmonique de Radio France et Orchestre Simon-Bolivar des jeunes du Venezuela

Direction : Gustavo Dudamel

Salle Pleyel le 23 octobre à 20 heures

www.sallepleyel.fr

Coproductions Salle Pleyel / Radio France

160 € à 10 €

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